Chronique

BSK : mieux lire Besakana

Interview atypique. Accordeé par un vieux Monsieur sur le point de plier bagages. Le propos garde le saccadé de cette précipitation du départ. Christian Mantaux, durant les «travaux de 1954 à 1968» au Rova d’Antananarivo, fut le «responsable du suivi, de la qualité et de bonne fin». Christian Mantaux est «maître en charpenterie, génie militaire US, compagnon charpentier-escaliéteur de St-Jacques «coquillard» et secrétaire général de l’association malgache d’archéologie de 1968.
D’après Mantaux, «Ce palais (Manjakamiadana) avait été trop malmené, maltraité, en opposition avec l’histoire, par une ministre (de mes relations depuis 48/49) révolutionnaire, des chose impos­sibles avaient été réalisées dans ce Rova et surtout dans BSK. Les ancêtres en furent mécontents».
J’ai fait exprès, pour une meilleure «imagination» de certains enjeux, de publier les questions, même sans réponse. Et de consacrer les trois lettres «BSK» par lesquelles il désigne Besakana. Interview atypique.
• Question : À Anatirova, la «remise en état des tombeaux royaux», a-t-elle nécessité de les ouvrir ? Quels furent les travaux, respectivement sur le «Fasan-dRadama» et le «Fasan-dRasoherina» d’une part, et les Fitomiandalana d’autre part ?
– Christian Mantaux : Pas ouvert. Mais, possibilité d’effraction après incendie. Les restes sont sans doute brûlés à cause du charbon de bois sur lequel reposaient les corps.
• Question : À Anatirova: à propos des traces d’habitats découvertes dans les tranchées, est-il possible d’encore les retrouver (archéologie préventive) pour retracer symboliquement le Rova d’avant celui qu’on connait aujourd’hui ?
– (Mantaux) : Non, trop de travaux à la machine lors de la réfection par COLAS (22 pieux).
• Question : À Anatirova : le «vatomasina» d’Andrianjaka était-il toujours en place en 1954 ? L’a-t-on préservé depuis ? Pourquoi les archéo­logues n’ont pas demandé à étudier l’oiseau de bois trouvé en 1954 ? Des sondages archéologiques avaient-ils été entrepris dans le sol sacré de Besakana quand il a été question d’exhausser la case royale ?
– (Mantaux) Oui. En 1954, n’existait pas de secteur académique… C’était la colonie.
• Question : Quand vous dîtes que «Manjaka­miadana, ce lourd palais de pierre, ne sera toujours qu’un signe de puissance en contradiction avec le Vintana des ancêtres», quel fut le péché originel ? Comment interpréter la symbolique de l’incendie de 1995 ? Et, dans la perspective d’une restauration, peut-on corriger ce vintana ?
– (Mantaux) : Le péché originel de Manjaka­miadana, c’est que la pierre fut ordonnée par une reine qui pensait que faire l’église, ça lui permettrait de guérir (mensonge des priants anglais).
• Question : Qu’est devenue la canne d’Andrianampoinimerina après l’exhumation de 1897 ?
– (Mantaux) : Je ne sais pas. Ce n’est pas une canne, c’est un abacus semblable à tous les abacus.
• Question : Dans «Tradition et Habitat Bois», vous dites souvent «à ses dépens» : que s’est-il donc passé entre vous et le tandem Perrin (architecte de bâtiments anciens) et Dorian (architecte en monument historique) ?
– (Mantaux) : Les architectes voulaient faire vite, du moderne, béton et suppression de certains signes «sur BSK». J’ai refusé au nom des coquillards (NDLR : cf. Saint-Jacques de Compostelle). Ce qui sera accepté partiellement poteau conservé sur armature fer et béton en fondation non visible.
• Question : Le modèle, la matrice, de la construction en bois traditionnel est-il précisément Besakana dont certaines traditions disent qu’elle est l’invention d’Ambohidrabiby ? Les maisons d’avant Ralambo et Andrianjaka n’étaient-elles pas déjà ce carré long à la pente de toiture démesurée ?
– (Mantaux) : Non, c’est Ambohitrabiby qui est copie de BSK (pas GNOMON). Oui, pour le GNOMON. Possible Tehiroka Vazimba-Java.
• Question : Je place à dessein cette question concernant le kaméas de la maison dans la rubrique consacrée aux Antehiroka. Vous parliez de «dénomination des emplacements dérivée de l’arabe astrologique, mais l’ensemble de la configuration est d’une autre école plus ancienne dans le temps» : pouvez-vous être plus explicite ?
– (Mantaux) : Pour être plus explicite, il faudrait faire retour sur plusieurs sciences divinatoires, car certaines figures dans BSK
sont d’une autre science. Le karré chinois que l’empereur labourait à la nouvelle année, mélangé aux figures SB trop complexe pour être résumé (sciences du Nord, saisons et sols BSK).
• Question : Un autre Rova, Antehiroka, plus ancien que le Besakana d’Andrianjaka, pouvait-il avoir existé sur le même emplacement dont on sait que c’est un «tani-narenina» de plusieurs couches de remblais ?
– (Mantaux) : Les Tehiroka ne sont jamais montés à Analamanga, mais peut-être à travers les Fiavaratra. De toutes façons, je dis et redis, tant que BSK n’aura pas été refait dans son intégralité d’antan, le Rova ne sera qu’une coquille vide, même si Manjakamiadana est là, mais défiguré au plus haut point. Manjakamiadana est le symbole visible d’une chose qui demeure, même défigurée BSK est un symbole, même non rebâti, c’est l’âme de Manjakamiadana. Lisez mieux BSK qui en est le corps, mais invisible. Il faut lire mieux BSK.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter