Chronique de Vanf

Université «anaran-tsy very»

Lu sur Facebook, post de Andry Ravololonjatovo : «Un ancien de la Cité Universitaire, c’est comme un vétéran de guerre…Toute ta petite vie dans 4m2 : le coin cuisine avec ta dangereuse “résistance” rafistolée, la buanderie, la table de chevet, le lit en guise de chaise, les livres, les chaussures et les chaussettes sales sous le lit. Un petit cadenas pour verrouiller le tout quand tu t’en vas en cours. On s’en remet à Dieu pour assurer la garde. Les sanitaires pas sains du tout. Chaque petite ou grosse commission devient une mission commando…à cause des mines molles. Les préfabriqués des années 90, censés servir de logement provisoire, sont toujours là. Certains disent même que l’étoffe spongieuse jaune à l’intérieur des murs de préfas serait de l’amiante. Et tout cas, elle brûle très bien. Pendant la période de révision, on peut entendre le bruit des feuilles de cahier du voisin, à travers le frêle tissu de jiafotsy qui fait office de cloison. Et les rats… Si tu y as survécu, tu survivras à tout !»
Ça ne peut pas être un hasard. Dans la même journée, deux sujets sur la vétusté et le délabrement, bref la misère, de notre Université «anaran-tsy very», qui vivote de son vieux renom.

Plus tôt, j’avais visionné cette belle chorégraphie des étudiants de l’école Polytechnique de Vontovorona. Préfabriqués éventrés, chiottes dans un état de m… : on dirait le spectacle de quelques ruines post guerre civile. Alors, certes, les étudiants de là-bas s’étaient fait une triste réputation de fouteurs de bordel pour leurs voisins de Vontovorona et les usagers de la RN1 à Alakamisy, mais il doit y rester une majorité (silencieuse) de vrais étudiants. Alors, si ce clip devait interpeller les autorités sur une situation inacceptable pour «la plus renommée école d’ingénieurs du pays», autant le relayer pour la plus large diffusion.

Je fréquentais l’Université d’Antananarivo au début des années 1990. Lavabos et cuvettes des toilettes disparaissaient comme par enchantement et il avait fallu restreindre l’accès aux WC par la formalité de «demande de clé» auprès d’un bureau proche. Certains amphis étaient en voie de pillage organisé. Le toit de la Bibliothèque universitaire fuyait sur les derniers ouvrages généraux que n’avaient pas encore dérobés ceux qui les revendaient alors à Analakeky ou à l’escalier d’Ambondrona.

Et tout à l’heure, c’est donc l’élection du nouveau Président de l’Université d’Antananarivo. Dans le programme de Luc Hervé Samison, un condisciple du Collège des Jésuites, j’ai retrouvé notre devise de «Miorim-paka Hanasoa Olona» dans les points suivants :
Éthique professionnelle des enseignants et éthique comportementale des étudiants (axe 2, orientation 2) : Oui, être enseignant-chercheur impose d’apprendre à apprendre tous les jours, de se tenir à l’affût des innovations pédagogiques, d’actualiser sans cesse ses propres connaissances. Fils d’une enseignante, je sais que les Maîtres ne sont pas du tout considérés à leur juste mesure dans notre société marchande et pourtant, depuis les plus petites classes, jusqu’aux sommités universitaires, c’est bien entre leurs mains que nous confions la formation des cadres de la Nation. Quand l’image des profs cessera d’être réduite à celle d’un syndicat gréviste, sans doute également les étudiants oublieront d’être subventionnés pour apprendre, ce qui est encore la vocation première de ceux qui suivent des études.

Rehausser le rang de l’Université d’Antananarivo dans la classification de Shanghai (orientation 2.4) : Formé à l’école de l’égalité-uniformité républicaine, je découvris avec surprise le «Times Higher Education» une fois en Angleterre. Les pays anglo-saxons n’ont aucun srupule déplacé à classer les universités locales et internationales suivant un faisceau de critères d’excellence. La Sorbonne parisienne, phare tant convoité des élites francophones, ne figure pas dans le Top 200 du dernier classement de Shanghai dans la discipline du Droit (4 universités israéliennes dans ce classement dont une 35e place pour l’Université hébraïque de Jérusalem). L’IEP de Paris (autre totem francophone) se situe au-delà de la centième place du dernier classement de Shanghai dans la discipline des sciences politiques (6 universités israéliennes dans le Top 400, dont l’Université hébraïque de Jérusalem au 49ème rang). Intégrer le Top 500 des meilleures universités mondiales ne se fera pas l’opération du Saint-Esprit, mais fixer un sommet nous obligera à garder la tête haute.

Création de revue universitaire (axe 3, Orientation 3.3) : bien avant Internet, je travaillais (et plutôt bien) avec les Annales de l’Université (Droit, Lettres), les Cahiers du Centre d’Études des Coutumes, la Revue de Géographie, la revue «Tany malagasy/Terre malgache», la revue «Taloha», la revue «Omaly sy Anio»… Que sont-elles devenues ?
Université artisan et facilitateur de toute initiative de coopération internationale (axe 5) : Madagascar est une île, mais nous ne pouvons pas nous fermer à la mondialisation du savoir, des connaissances et des idées. Rejoindre le classement de Shanghai suppose une attractivité forte, une projection tout aussi dynamique, et une production scientifique locale aux standards internationaux.

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