Notes du passé

Les débuts de l’unification de la Grande île

Le grand monarque Andrianampoinimerina est représenté ainsi.

Le lovantsofina, l’héritage des oreilles, fournit, semble-t-il, quelques renseignements sur le passé d’Antananarivo, antérieur à 1777, année du début de la visite du Français Mayeur dans les Hautes-terres centrales. Il indique que le prince Andrianjaka, premier souverain merina d’Antananarivo, règne de 1610 à 1630. Les travaux d’assèchement des marais du sud de la cité qu’il entame, en vue de les transformer en rizières, font que le
peuplement s’intensifie dans Antananarivo. La cité prend alors consistance d’un centre politique et économique.

Selon les auteurs des Origines légendaires de la Cité, Antananarivo, (1952), près d’un siècle de paix relative lui aurait assuré une primauté définitive si le royaume n’est pas divisé au début du XVIIIe siècle, entre les quatre fils d’Andriamasinavalona. « La rupture de l’unité enleva à Antananarivo son rôle de premier plan dans toute l’ile, mais elle devait le retrouver quatre vingt dix ans plus tard. »

À Madagascar, « tout a pour origine Tananarive, tout s’est fait dans Tananarive dont le caractère original et transcendant n’est que la marque du Destin. Car on chercherait en vain une application quelconque à sa situation, à son rôle, à son histoire… Il est vrai, cependant, que beaucoup de sang fut répandu pour arriver à ce résultat ».
En 1787, la principauté d’Ambohimanga échoit à un jeune homme d’une vingtaine d’années, Imboasalama, le chien vigoureux, nom prophylactique contre le mauvais sort.

« Force prédications l’annonçaient comme un grand roi. » Et sachant qu’il porte « la bénédiction heureuse de ses ancêtres», Andrianampoini­merina, le seigneur au cœur de l’Imerina, entreprend d’imposer son autorité en vue d’unifier l’Imerina, renouant avec la tradition d’unité et de grandeur du royaume merina léguée par l’ancêtre Andrianjaka à ses successeurs.

« Le Rova royal est au milieu de Tananarive, Tananarive est au milieu de l’Imerina, il faut que l’Imerina devienne le milieu d’un royaume immense qui n’aurait de limite que la mer. » La restauration de la monarchie date de la prise d’Antananarivo, dont la deuxième fondation par Andrianampoinimerina marque la fin des luttes intestines avec le rétablissement de l’unité sur les Hauts-plateaux. Là, « les groupes ethniques et clans furent soumis et les fiefs annexés, et la guerre fut portée en pays étrangers », plus près du littoral.

Andrianampoinimerina peut rassembler sous son autorité les terres de l’Imerina sans être, à aucun moment, troublé par l’intervention des Européens trop occupés par la série sanglante de conflits dans leurs pays qui ne s’achèvent qu’en 1815. Ainsi, le grand monarque n’entretiendra que de lointains rapports commerciaux avec ceux d’entre eux qui demeurent sur les côtes malgaches: il leur vend des esclaves, leur commande des fusils, mais leur interdit l’accès de sa capitale. « Cette interdiction absolue sous son règne et ne souffrira plus tard qu’un très petit nombre d’exceptions, devait durer cinquante ans après sa mort. »

Au début du XIXe siècle, les Merina conforment leur vie aux traditions ancestrales demeurées immuables. Certes, ils savent l’usage des armes à feu, mais «ce ne sont entre leurs mains qu’objets de curiosité». Les auteurs des «Origines légendaires de la Cité, Antanana­rivo » avancent même qu’ils ignorent ou ne veulent pas se servir des briques, de la scie, des aiguilles, du savon, des roues et des voitures. Et s’ils sont habiles au travail du fer, les instruments pour le bois et la pierre leur font défaut, tout comme l’écriture. Toutefois, en moins d’un siècle et grâce à leur extraordinaire faculté d’adaptation, ils vont être initiés aux techniques occidentales.

Quand Andrianampoinimerina tourne le dos en 1810, Antananarivo compte peut-être quinze mille habitants. La cité n’occupe qu’une surface très restreinte sur le sommet de la colline. Néanmoins, déjà les hauts dignitaires du royaume et les chefs de l’aristocratie terrienne y font édifier des cases proches du Rova royal et s’y installent avec leur clientèle de parents, de familles, d’esclaves. Mayeur remarque qu’il « n’y a pas d’arbres, les
montagnes sont nues et arides, les bois les plus proches sont à deux journées de marche ».

Radama, son fils et successeur, devient en 1810, roi absolu. Il dispose sans contrôle des hommes et des choses. Il est « le dieu visible qui se déclare maitre de la terre et du ciel ». Toutefois son autocratie doit, « dans toutes les circonstances d’une exceptionnelle gravité », s’en référer publiquement au peuple assemblé, « Père et Mère du souverain régnant ». C’est pourquoi il s’adresse à lui pour justifier sa volonté d’ouvrir les portes d’Antananarivo aux Vazaha blancs.

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