Texto de Ravel

Adieu les canards, vive les canards

Les canards sont cuits ! Un pas de plus vers la fin des séjours de canards sauvages dans la « Ville des Mille ». Les super moments passés pour les contempler dans les eaux d’Ambodivona ne sont plus que de l’histoire ancienne. « Tana Water Front » devra bientôt trouver un autre nom car, visiblement, il ne reste plus rien du front d’eau d’où le centre commercial a tiré son nom. Le remblai a pris le dessus sans crier gare et sans que personne n’eut le temps de faire quoi que ce soit.

Pourtant, si nos mémoires sont bonnes, ces marécages sont inscrits sur la liste des plans d’eau non remblayables et non constructibles. Sauf si, entre-temps, comme les trottoirs qui sont devenus miraculeusement des échoppes, la place d’Antaninarenina qui a été vendue, le document « Plan Bleu, plan Vert » de la Commune urbaine d’Antananarivo est désormais caduc. Fort heureusement, à quelques mètres à vol d’oiseau, il y a encore le parc Tsarasaotra où ils pourront faire quelques brasses en toute tranquillité.

Les canards partis, à notre tour de nous faire canarder. Une seule trombe d’eau a mis Antananarivo en mode Venise. Il fallait simplement faire sortir les gondoles, les chapeaux à l’italienne, pousser la chansonnette et le tout aurait pu faire la version Halloween de la ville des amoureux. Des scènes idylliques pour ces canards qui ont sûrement plus d’une raison pour nous en vouloir. Nous avons détruit leurs habitats puis nous les avons carrément rayés de la carte et finalement voilà le résultat : nous sommes devenus des canards à leur place.

La seule différence est que, contrairement à ces volatiles, tous les Tananariviens ne savent pas nager. Le comble est que les palmipèdes sont partis ailleurs mais l’eau est restée. Elle a juste changé de place. Elle n’est plus à Ambodivona ni dans la plaine de Betsimitatatra ; elle n’est plus au Marais Masay ni dans ces anciennes rizières, elle est là où nous avons pris des photos effroyables, suite à la pluie torrentielle d’il y a quelques jours.

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » selon Lavoisier. Du moment que l’être humain ne comprend pas que c’est lui-même qui se tire une balle en plein cœur, nous irons de catastrophe en catastrophe. Nous malmenons la nature, le cycle de la vie nous le rend en plein visage. Les gens s’affolent, se demandent où est le Fanjakana, prient Dieu pour les épargner, demandent aux ancêtres de nous bénir. Mais il suffisait juste de prendre soin des canards car ils sont l’expression et les legs de la nature, des ancêtres, de Dieu. Seulement, nous les avons grillés sur l’hôtel du capitalisme et la recherche du profit. Maintenant, nous en payons le prix fort et nous n’en sommes qu’au début.

Il y a du pain sur la planche pour le nouveau Maire. Espérons que son approche pour le renouveau de la ville puisse prendre réellement en compte ce volet environnemental. Ce dernier ayant été toujours réduit à l’entretien des misérables mini jardins de la capitale. Sinon, il est temps de commander des kits canards : combinaisons de plongée, palmes et tubas pour chaque Tananarivien. Bon bain à tous!

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