Notes du passé

L’Enseignement, principal terrain de luttes confessionnelles

«En avance sur la France dans l’affirmation de l’école obligatoire, le code malgache de 1881, n’enlevait aux confessions chrétiennes ni le monopole de l’Enseignement, ni l’initiative de fixer le contenu des programmes (Pietro Lupo, (Gallieni et la laïcisation de l’école à Madagascar, 1896-1904, revue Hier et Aujourd’hui, 1982).
L’article 282 du Code des 305 articles ne donne que quelques indications générales concernant le contenu de l’enseignement. Il stipule que le premier degré d’instruction que doivent acquérir les élèves, est la lecture, l’écriture appliquée et le calcul jusqu’à la règle de trois. Ceux qui auront ce degré d’instruction recevront du gouvernement un certificat attestant leurs connaissances et ils pourront quitter l’école. En fait, chaque mission fixe ses programmes et a ses propres manuels.

Ainsi, au moment donc où la France annexe la Grande ile, les missions religieuses jouissent d’une pleine liberté pour concevoir et organiser les écoles selon leurs propres projets. De plus, elles n’ont aucun établissement rival soutenu ou sous la responsabilité directe de l’État. La monarchie n’a ni les moyens financiers suffisants pour ouvrir ce genre d’établissement, ni une « idéologie particulière » pour élaborer une politique scolaire propre. La séparation entre Églises et État n’est pas conçue en termes de conflits culturels et politiques comme en France.

D’après Jacqueline Ravelo­manana dont le sujet de thèse de 3e cycle à Paris-Sorbonne en 1969 porte sur La politique scolaire coloniale vue à travers les programmes et les manuels scolaires de l’Enseigne­ment primaire (1896-1915), d’une façon générale, « cet Enseigne­ment étranger et confessionnel convenait aux souverains merina dans la mesure où ils le considéraient comme un des moyens d’affermir leur pouvoir et de défendre le royaume contre les attaques éventuelles des Européens (…) La reine cherche la sagesse chez toutes les nations quelles qu’elles soient ».

D’après Pietro Lupo, sur le plan de l’enseignement, l’attitude du gouvernement malgache s’inspire de sa « politique de balance» adoptée dans ses relations diplomatiques, c’est-à-dire neutraliser les Anglais par les Français et vice-versa. C’est pourquoi l’auteure peut écrire dans sa thèse que l’école est considérée comme un moyen de « défendre le royaume contre les attaques éventuelles des Européens… »

Les rivalités existent, en revanche, au niveau des relations interconfessionnelles. Elles éclatent de plus en plus fréquemment depuis que les catholiques se sont lancés aussi dans la course au prosélytisme religieux en 1861, soit une quarantaine d’années après les protestants. Pietro Lupo indique qu’à mesure que les domaines christianisés des deux groupes s’élargissent, les écoles se multiplient et deviennent souvent le cadre d’affrontement, à cause aussi des milieux socialement différents qui sont touchés. Ils sont pourtant conscients que les écoles constituent « un ressort de transformation interne des populations et de diffusion de la civilisation occidentale et chrétienne ».

C’est d’ailleurs sous ce visage que les deux groupes présentent leur œuvre dans la presse européenne, pour obtenir les aides financières indispensables à leur fonctionnement et à leur développement.

Mais l’école est surtout considérée comme « l’instrument privilégié pour la diffusion du christianisme », et catholiques et protestants sont d’accord sur une telle finalité que le gouvernement ne désapprouve pas. Souvent, c’est même à cause de cette identité de vues qu’éclatent, dans la réalisation de l’Enseignement, les discussions entre les deux groupes.

Dès sont arrivée à Mada­gascar, Gallieni le constate : « Cette question religieuse forme ici une très grosse
difficulté et je serai bien de l’avis de M. Rouanet que la meilleure solution serait l’expulsion de la Grande ile de tous les missionnaires et pasteurs, si l’on n’était forcé de constater que le christianisme constitue en somme un progrès qui n’est du reste que superficiel pour les Malgaches et que les missionnaires catholiques et protestants ont créé ici
des écoles égales et dont nous devons profiter. »

Deux ans plus tard, on lit dans son rapport de 1899 : « … Mettant à profit le désir inné de s’instruire qui se rencontre à un si haut degré chez les Malgaches et surtout chez les Hova, les diverses sociétés religieuses avaient fait de l’Enseignement le principal terrain de leurs luttes confessionnelles et politiques. » En 1903, l’inspecteur Picquié reprendra le même thème : « À côté de toutes leurs églises et dans leurs églises même, les Missions fondèrent des écoles avec l’intention bien arrêtée d’y moins enseigner la grammaire que la Bible ou l’Évangile, et de s’attacher presque exclusivement à la propagande religieuse. » Devant une telle situation, le ministre des Colonies et le général Gallieni, tout en proclamant leur neutralité religieuse, font appel à la collaboration des Églises.

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