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Industrie extractive – Les trente cinq licenciés de Kraoma repris

La  production  a  repris à  Brieville.

Un recadrage sec et sans appel. Le Premier ministre Christian Ntsay enjoint Nirina Rakotomanantsoa, directeur général de Kraoma SA, à reprendre les trente cinq employés qu’il a révoqués.

Un rappel à l’ordre qui sonne comme un véritable désaveu. Christian Ntsay, chef de gouvernement qui assure l’intérim au ministère des Mines et des ressources stratégiques, par une note officielle, a ordonné à Nirina Rakotomanantsoa, directeur général de Kraoma SA, de réintégrer sur le champ les trente cinq salariés qu’il a mis à la porte, sans préavis. Sous prétexte « qu’ils auraient endommagé des équipements de la société à l’usine d’exploitation du chrome d’Andria­mena ». « Une accusation fallacieuse et sans fondement » répondent les incriminés. Très affectés par ces actes de vandalisme et de pillages.

Depuis plusieurs mois, des employés privés de leurs salaires sont en grève. Mais le directeur général a rétorqué que « puisque vous ne travaillez plus, vous ne méritez pas de toucher vos salaires ». Les contestataires ont manifesté dans la rue, sur l’axe-présidentiel, pour faire entendre leurs revendications.

Cette crise sociale larvée a déjà pris des tournures conflictuelles ouvertes. Il fut un moment où Nirina Rakotomanantsoa a été bousculé par des grévistes au site d’exploitation du chrome d’Andriamena. Il a fallu l’intervention énergique des éléments des forces de l’ordre pour l’extirper de cette foule vindicative et en colère. Depuis cet incident, il n’a plus mis les pieds là-bas, selon des témoignages reçus sur place. Un jour, comme pour se venger de cette humiliation filmée par des caméras de télévisions, il a fait irruption dans une salle de réunion où se tenait une conférence de presse des syndicalistes. Pour proférer des menaces de licenciement à ceux osent le contester dans ses fonctions. « Qu’il soit délégué du personnel ou simple agent » a-t-il pesté. Il a joint l’acte à la parole.

Cette décision sans concession, imposée avec fermeté et sans état d’âme par Christian Ntsay, va dans le sens de l’apaisement social et crée un climat, sinon un environnement favorable dans la recherche de solution pour sauver la Kraoma SA de l’abîme de la faillite programmée. Même si les deux hommes travaillaient ensemble durant la courte Transition de 2018 à la primature. L’un était le conseiller de l’autre.

Il reste maintenant à Christian Ntsay de trouver la bonne alchimie. C’est la seule solution pour détendre cette atmosphère lourde et pesante. Les « absouts » ont affirmé leur volonté de travailler de concert avec les responsables ministériels. Quelques repères et des pistes de réflexions pour trouver l’issue de secours.

De la prospérité à la dérive

La Kraoma était le fleuron de l’industrie extractive de Madagascar. Avec un capital 100% Malagasy, elle s’en sortait très bien avec des extractions cumulées en minerai brut de chrome avoisinant les 7 millions de tonnes et à la fin de l’année 2009. Le volume des exportations passe de 85.000 à 140 000 tonnes. Le chiffre d’affaires de 16 à 54 milliards d’ariary. Le bénéfice net de 5 à 16 milliards d’ariary. Le nombre de personnel permanent augmente de 100 à 200 personnes c’est-à-dire un employé avait procuré, en moyenne, 292 millions d’ariary tout ceci avait généré la conformabilité de la trésorerie globale. Avec un actif net quintuplé de 11 à 58 milliards d’ariary.

Mais à cause des mauvais choix stratégiques sur le processus de production, abandon de certains indices, et par l’ adoption des termes « malus et bonus » après le résultat d’analyses des produits exportés, qui a été dicté et édicté par la teneur de chrome dans une tonne de produit finis arrivée dans le port de destination, rocheux ou concentré. Ce qui a causé des dommages collatéraux pour Kraoma. Le malus a pris de l’ampleur. Les écarts entre le prix normal de vente et le prix préférentiel accordé au partenaire stratégique, encore amplifiés par les malus, s’élevaient en moyenne à 20 USD, qui ont entraîné des déficits financiers colossaux à la Kraoma SA.

Pour combler un tel fossé, pas moins de 45 milliards d’ariary de dettes, il a été question de trouver des partenaires « spécialistes en la matière ». Les autorités de l’époque ont alors conclu un accord aux contours flous avec les Russes de Ferrum Mining. Des relations incestueuses qui ont donné naissance à la Kraoma Mining Sa, sous forme de joint-venture. Au départ, les Russes devaient détenir 80% du capital de cette collaboration. Mais cette proportion a été ramenée à 70/30 toujours en faveur des Russes. Le tout stipulé dans le fameux « contrat d’amodiation ». Avec un apport de 16 millions de dollars des Russes sous forme d’équipement.

Contre toute attente, les Russes, malgré ces clauses de contrat plus qu’avantageuses, ont plié bagages en juin 2019. Depuis, les difficultés s’accumulaient comme les salaires non-payés. Le ministre de tutelle sortant Fidiniavo Ravokatra insiste que « par la mauvaise gouvernance, Kraoma SA accuse une perte d’exploitation de 39 mil­liards d’ariary et 55 autres de dettes ». Sans avancer une esquisse de solutions. Mais des cadres de l’entreprise ont des propositions concrètes sous forme de schéma. Il est, peut-être temps, d’y jeter un coup d’œil. En filigrane, une exploitation rationnelle de la filière or. Du gisement de Betsiaka où Kraoma SA possède une licence d’exploitation.

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