Editorial

Voix des marchands

Jeudi à Mahamasina, une ambulance tente de se faufiler à travers les étals des marchands qui prennent toute la rue et la foule de consommateurs, sirène à l’appui. En vain. Impossible de passer pour rejoindre l’hôpital Joseph Raseta de Befelatanana pour ramener le malade à bord. Une situation juste surréaliste. La scène se passe dans l’indifférence totale aussi bien des automobilistes que des passants.

Chaque jeudi, le chemin se rétrécit davantage et le nombre de commerçants augmente à vue d’œil. D’un petit marché hebdomadaire avec des vendeurs de légumes et de fruits dans les années 70 à 90 occupant seulement une partie en face de l’École normale de Mahamasina, il occupe aujourd’hui tout le pourtour du stade, le jardin et toutes les rues devant l’entrée du stade. Les fripiers constituent la majorité des marchands. Une occupation qui permet un tant soit peu de résorber le chômage et d’habiller la majorité des Malgaches. Entre créer de l’emploi à travers les usines textiles et détaxer les friperies, le choix de l’État a été très vite fait. Et dire qu’il faut augmenter les recettes douanières.

Pour le moment l’effet immédiat est l’augmentation exponentielle des marchands qui obstruent la circulation au quotidien et surtout pendant le marché hebdomadaire qui va d’Andravoahangy à Ambodin’Isotry en passant par Mahamasina. C’est juste une désorganisation générale, une anarchie indicible qui règne. Il n’y a plus aucun respect ni pour les patients ni pour les parturientes de la maternité de Befelatanana dont l’accès est également devenu compliqué. L’enfer est le même à Andravoahangy le mercredi où les marchands se taillent la part du lion en occupant toute la rue dès la soirée du mardi. À Isotry c’est un labyrinthe sans issue auquel il faut s’attaquer s’il y a une commission impérative à faire.

Il faut le dire, ces marchés sont devenus complètement anachroniques et hors du temps. Il faut absolument les suspendre ou les déplacer ailleurs, en dehors de la ville ou sur une autre planète. Ils ne peuvent plus exister dans les conditions actuelles sans empiéter sur les autres usagers de la route ou les simples citoyens étant donné que tout est perturbé. Le terminus de plusieurs taxi-be sont déplacés et réduit le passage des voitures. L’accès aux établissements scolaires des environs se complique de même que le parking.

Il faut prendre une décision radicale si l’on veut que la ville ne descende encore plus bas. Les marchands n’ont qu’à rester là où ils sont les autres jours de la semaine à défaut de pouvoir trouver un endroit pour eux.
Les habitants de la Cité Jardin ont réussi à les déloger à coup de determination et de volonté. Il n’y a pas de raison à ce qu’on ne réussisse pas à étendre cette mesure sur tout le marché même si on sait que les rues et les trottoirs sont devenus le fonds de commerce de la mairie. Il ne faut pas ainsi trop compter sur la CUA pour penser aux usagers.Si elle le voulait, elle l’aurait fait depuis longtemps. Le fait est que tous les espaces vendables comme les trottoirs et les parkings font l’objet d’un commerce tous azimuts à l’image du marché d’Anosibe, objet d’une construction de nouveaux pavillons ou les arcades d’Analakely où un projet de nouvelles boutiques vient d’être rejeté par le conseil municipal.

Le problème va s’aggraver avec le report des communales qui donne à la mairie une marge de manœuvre pour ne rien faire. C’est d’autant plus vrai qu’avec les élections en ligne de mire, ce n’est pas le moment de se mettre à dos les marchands. Au contraire, mieux vaut subir la loi des marchands pour avoir la voix des marchands.

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