Chronique

Patrimoine : Manjakamiadana à la croisée des chemins

Deux superbes ouvrages en quadrichromie ont, à ce jour, été consacrés à la reconstruction du Palais de la Reine. Le premier, sous-titré « Au carrefour de la technologie, de la passion, et de l’Histoire », est de la Société Colas. Le second, intitulé « Manjakamiadana, un futur retrouvé », est de l’Association Fanarenana ny Rova qui travaillait avec l’ancien Comité National du Patrimoine. Tom Andriamanoro qui était leur responsable rédactionnel a, à ces occasions, émis des réflexions et projections qui sont plus que jamais d’actualité.

Comment rester soi-même tout en devenant autre ? Il appartient au musée que redeviendra Manjakamiadana de réussir son élargissement, non seulement dans l’espace ethnologique et culturel mais aussi dans le cours du temps, et de rompre avec les idées sclérosantes d’un autre âge. Comme l’a souligné le regretté Michel Rabariharivelo, architecte : « Chaque temps nouveau apportera aussi son lot à inscrire dans les mémoires. Le présent est le passé du futur, c’est là un immuable enchainement, un cycle qui n’aura pas de fin. C’est pourquoi j’imagine déjà un musée tourné non seulement vers ce qui a été, mais aussi vers ce qui sera ». La restauration de l’intérieur, communément appelé « le Palais en bois », par opposition au pourtour en pierre, est plus que jamais à l’ordre du jour puisqu’une échéance a déjà été fixée et elle est irrévocable : le 26 Juin 2020.

Quelles sont les étapes à franchir avant d’y parvenir ? L’intérieur du Palais aujourd’hui ressuscité devra se doter de l’équipement et du profil définitifs dont le revêtiront les secondes œuvres encore en instance, pour ne citer que :

  • la construction des parois et des cloisons en bois de qualité tels que le nato, le merana, le palissandre, ou le sohihy,
  • les canalisations électriques et de plomberie,
  • les dispositifs de sécurité,
  • les équipements aux normes des Établissements Recevant du Public (ERP) aux fins d’obtention de la certification, de l’agrément des assureurs, et de l’autorisation d’ouverture,
  • la bonne accessibilité de tous les niveaux de l’édifice, y compris aux personnes handicapées ou âgées,
  • le revêtement horizontal (parquets, escaliers, coursives, plafonds…) et vertical, le tout en matériaux haut de gamme du pays,
  • la lustrerie et les appareillages divers,
  • la décoration et les signalétiques …

Une ouverture d’ordre technologique a été osée et réussie pour la réfection aux normes internationales du Palais de pierre. Elle doit se poursuivre dans les agencements et les équipements intérieurs car l’erreur, celle qui déprécierait et dénaturerait l’ensemble de l’ouvrage, serait de recourir à des solutions de facilité faussement avantageuses. La sécurité quasi-inexistante avant l’incendie doit désormais être portée à son meilleur niveau. Elle va des normes sur les circuits de visite au système de dispersion automatique de poudre anti-feu à même de ne pas détériorer les objets exposés, en passant par les caméras de surveillance, les signaux d’alarme, les détecteurs de fumée. Ce ne sera pas non plus une hérésie d’envisager un réseau d’éclairage en fibre optique, comme dans presque tous les grands musées du monde, un peu onéreux à l’installation mais pas à l’exploitation.

Pôle culturel
Concernant les vestiges archéologiques, le Pr Rafolo Andrianaivoarivony a suggéré qu’on en laisse certains à leur place mais que leurs parties les plus représentatives puissent être visualisées grâce à l’installation de plaques de verre et de projecteurs. Cela se fait ailleurs, pour ne citer que le Louvre médiéval.

Un des défis majeurs du Manjakamiadana restauré, en attendant d’être celui de tout le Rova, concerne aussi son animation, pour qu’il ne soit pas qu’une nature morte. Il doit être un pôle culturel de tout premier ordre, avoir son centre de documentation équipé des meilleures commodités d’utilisation, et exploitant toutes les ressources de la haute technologie.

Côté Beaux-arts et pour pallier les pertes générées par le sinistre, Manjakamiadana se doit d’optimiser une dynamique de coopération non seulement sur le plan national mais également avec l’extérieur grâce aux échanges et initiatives bilatérales. Revendiquer le rapatriement de notre patrimoine éparpillé un peu partout dans le monde serait irréaliste. Pratiquement tous les pays du Sud partagent la même frustration et se consolent du fait que là où ils sont, ces objets bénéficient des meilleures conditions de conservation et de notoriété, et qu’ils y demeurent référenciés selon leur provenance. Il ne faut néanmoins pas mésestimer le fait qu’à Madagascar même, des particuliers, des familles, des associations possèdent de précieux témoignages de notre Histoire qui ne retrouveront leur vraie valeur qu’exposés dans l’environnement prestigieux d’un musée comme Manjakamiadana. Ce genre de donation est courant dans d’autres pays, pourquoi ne serait-il pas envisageable chez nous?

Certains soirs, des manifestations culturelles alliant la féérie du son à celle de la lumière peuvent être organisées dans la cour d’honneur, avec pour décor la belle façade du Palais, ses arcades, ses chapiteaux. On y revivra les œuvres d’un grand compositeur de la Cour, Ratany, retrouvées dans des archives aux…États-Unis ou, pourquoi pas ? celles d’Andriamanantena Razafinkarefo, un neveu de Ranavalona III, devenu un des plus grands jazzmen américains de la première moitié du 20ème siècle sous le nom d’Andy Razaf. Les hymnes royaux pourront de nouveau y résonner et l’on apprendra non sans un petit sourire que leur appellation officielle de « Sidikina » était en fait une adaptation phonétique très approximative de l’anglais [God] Save The Queen…

Les murs sont parfois un carcan dont l’art aime s’échapper, pour ne citer que ces représentations programmées dans des arènes, dans les ruines d’un château, ou au pied des Pyramides…

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  • On pourrait prendre pour exemple Le Musée de la Photo Madagascar qui a su très bien allié l’authenticité passée et les supports moderne pour confèrer une visite agréable, interessante et passionnante aux visiteurs.