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Editorial

Mention trop bien

Ils ont sauté au plafond. Ces parents de lycéens malgaches qui viennent de décrocher le diplôme de baccalauréat français avec mention. Leur joie, légitime certes, est partagée sur les réseaux sociaux. Mais entachée d’une pointe de « tricherie ». Pouvant dévalo­riser les mérites du cru 2020. Par la décision du ministre français de l’Éducation nationale, Jean Michel Blanquer. Qui a imposé que l’évaluation de chaque candidat se fera sur la base des simples contrôles continus, « interros » comme on les appelle. Pas même les redoutés devoirs surveillés, DS, plus difficiles à composer. Le traditionnel examen final n’a pas eu lieu. Cette disposition a été prise quand l’emprise de la Covid-19 sur l’hexagone était encore à son paroxysme.

À l’évidence, cette porte dérobée trouvée, pour éviter une année blanche et afin de respecter le calendrier scolaire à venir, a débouché sur une inégalité flagrante. Les sujets traités, d’un lycée à l’autre, n’étaient pas les mêmes pour tous. Et en plus, les correcteurs, réputés être intransigeants, ont fait preuve d’une indulgence, d’une mansuétude inhabituelles dans leurs systèmes de notation, a posteriori. Par exemple, si vous avez obtenu 9,1/20 sur une matière donnée, il a été arrondi à 10/20. Que du bonus !

Sans compter les séances de rachat pour les rares recalés. Les cancres de la classe, en somme. Car avec un taux de réussite de 91,8%, le bac français 2020 restera dans l’histoire comme le plus « aisé » à décrocher. Ce qui répond à l’esprit inculqué et incarné par François Mitterrand. Il souhaitait que les Français puissent au moins l’avoir. La sélection pour l’élitisme, selon ses vœux, se disputera par les concours d’entrée aux grandes écoles et autres prestigieuses universités.

Didier Ratsiraka a développé la même thèse. Avec quelques nuances qui lui étaient propres. Au début de la révolution socialiste, au milieu des années 70, il a insisté que chaque enfant malgache ait la même chance de poursuivre des études supérieures. Deux sessions du baccalauréat ont été organisées. La moyenne pour l’obtenir a été passée en-deçà du seuil usuel, 10/20. En outre, des profs militants Arema de première heure, donnaient des cours du soir gratuits. Où des « sujets-types » ont été abordés avec des réponses préfabriquées, pour reprendre une expression en vogue à l’époque.

Les résultats tangibles de cette démocratisation à outrance, un nivellement par le bas, ont été la saturation des cités universitaires. Le Service national obligatoire, d’un an, n’a pas endigué le flux des « migrations » vers le campus d’Ankatso. Des problèmes de logements non-résolus jusqu’à aujourd’hui. En plus, la perte de l’équivalence du baccalauréat malgache vis-à-vis des autres pays.

L’année dernière, la fuite « dans les idées » des responsables a contraint les autorités au recours à une session spéciale. Boudée par des candidats. Ils ont estimé que cela ne valait pas la peine. Aujourd’hui, à cause de la crise sanitaire, la tenue ou non du baccalauréat relève du domaine de l’incertitude.

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