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Pr. Rafamantanantsoa Fontaine – « Le recours à la technologie résout le problème des universités »

Si le décideur n’est pas lui-même convaincu, il est difficile de convaincre le plus grand nombre.

Il administre l’université à partir d’un chalet. Il a réussi à initier à chaque fin de mois une rencontre entre chaque département où des échanges se font autour d’une partie de barbecue. Management atypique et plaidoyer sur la technologie en faveur de l’enseignement, c’est la marque de fabrique du professeur Rafamantanantsoa. Il a été réélu pour un second mandat à la tête de l’Université de Fianarantsoa. 

Si le décideur
n’est pas lui-même convaincu,
il est difficile de convaincre
le plus grand nombre.

• Vous avez obtenu un deuxième mandat à la tête de l’Université de Fianaran­tsoa. Comment a fait l’An­tan­droy que vous êtes pour convaincre les Betsileo ?
– (Sourire) Votre question est amusante mais il est vrai que cela aurait pu être une difficulté. Je dirais que j’ai étudié ici. J’ai étudié à l’École nationale d’informatique, ensuite j’ai enseigné à cette école, mes enfants sont nés à Fianarantsoa, ils ont grandi ici, donc je me sens appartenir à la grande famille fianaroise.

• Comment avez-vous séduits vos électeurs ?
– Que ce soit lors de mon premier mandat ou au cours de l’élection pour le deuxième mandat, j’ai pu permettre la mise en place effective du système LMD. Qu’on le veuille ou non, c’est un système qui requiert l’apport de la technologie. Et je me suis attelé, bien avant, au sein de l’université en tant que simple enseignant, à former, à mettre en valeur la technologie au service de l’enseignement. Après une formation des formateurs que j’ai acquise grâce à un projet de l’Usaid, j’ai fait découvrir l’internet aux enseignants. Je n’ai donc plus eu de mal à convaincre lorsque le système LMD a été mis en place.

• Des années après sa mise en place pourtant, il existe encore une résistance farouche vis-à-vis du système, que ce soit au niveau des étudiants que celui des enseignants. Est-ce parce que les technologies de l’information et de la communication ne sont pas encore maîtrisées selon vous ?
– Non, ce n’est pas cela. La question que l’on devrait plutôt poser est si les décideurs sont convaincus de la nécessité de l’utilisation de la technologie. Je crois que là se trouve mon avantage. Je suis un technicien. On n’a plus besoin de me convaincre. Si le décideur n’est pas lui-même convaincu, il est difficile de convaincre le plus grand nombre. Étant moi-même convaincu, il ne me restait plus qu’à mettre en place une stratégie pour persuader les enseignants réticents.

• Pourquoi ce système vous séduit autant ?
– Le système demande une nouvelle façon d’enseigner. Les deux tiers du travail requiert un travail personnel de l’étudiant, le reste revient au présentiel, c’est-à-dire à la présence dans les cours. Ce qui a permis à l’université de Fianarantsoa par exemple de se doter d’un centre de communication où les étudiants peuvent effectuer leur recherche grâce à du wifi, des ordinateurs et des tablettes mis à leur disposition gratuitement. Le système apporte l’innovation. Ne serait-ce que pour la communication, l’échange au quotidien, pourrait-on dire que le système LMD est une mauvaise chose ? Je dis donc que le système apporte du progrès.

• Et du changement aussi ?
– Sans le LMD, la mobilité n’aurait pas pu être possible. La semestrialisation a été le système mis en place depuis toujours. Avant, un étudiant pouvait être allé au bout de sa session sans obtenir de résultats. Aujourd’hui, il est possible de faire un grand écart entre deux niveaux. Et puis nous vivons dans la mondialisation. Le fait de ne pas appliquer ce système peut nous isoler. Les autres pays l’appliquent déjà. Il peut y avoir un problème d’équivalence.

• Une bibliothèque numérique a été également mise en place au sein de l’université, dans quel but ?
– Elle compte près de six mille ouvrages. Grâce à elle, des ouvrages que l’on ne peut trouver chez nous sont disponibles. Nous pouvons être au fait des dernières nouveautés. Des modules qui ne sont pas disponibles au pays peuvent être enseignés également grâce à ce système. Voilà ce qu’est la mondialisation. Nous pouvons avoir de la visibilité et de la reconnaissance internationale. Cependant, je le reconnais, il faut injecter des moyens. Et sur ce plan, nous sommes réellement à la traîne. L’État, le ministère doit réellement faire des efforts à ce niveau.

• Il y a aussi cette formation hybride adoptée au sein de l’université, pouvez-vous nous en dire plus ?
– Il s’agit de la combinaison entre la présence de l’étudiant dans les cours avec la formation en ligne. La plus grande partie du travail se fait en ligne. C’est une autre façon de résoudre les problèmes de capacité d’accueil. Les salles de cours sont moins sollicitées, les étudiants peuvent travailler en grande partie chez eux. La faculté de droit, le DEGS est en train d’appliquer cette formation, tout comme l’École nationale d’informatique. Tout se déroule parfaitement.

• Voilà donc votre conception de l’enseignement supérieur ?
– Absolument. Nous ne devons pas rater le coche. Nous devrions basculer progressivement sur cette voie car qu’on le veuille ou non, c’est à cela que ressemblera l’enseignement supérieur de demain. L’un de nos plus gros défauts, nous Malgaches, est que nous attendons que les bailleurs nous dictent ce que l’on doive faire. L’univer­sité de Fianarantsoa prend les devant.

• Vous évoquiez la question des moyens. L’univer­sité Andrainjato est le premier et doit être le seul à être entièrement connecté, à disposer de wifi gratuit. Où avez-vous trouvé l’argent ?
– L’université de Fiana­rantsoa bénéficie de l’e-renala, qui est un projet mis en place par l’État. Mais le campus dispose également d’une connexion haut débit
autonome offerte par une compagnie de télécommunication, convaincue par le sérieux de l’université. Il s’agit d’un échange de bon procédé. L’université offre à cette compagnie de la visibilité en contrepartie.

• Il n’y a pas que la connexion. Je vois également des infrastructures flambant neuves : le centre de communication, mais aussi cet espace où nous nous trouvons le parc e-@tiala qui peut servir aussi bien à la formation qu’au loisir. Encore une fois comment avez-vous fait ?
– Nous avons bénéficié de financement français pour certains équipements que vous voyez, comme les ordinateurs par exemple. Mais aussi, comme je l’explique souvent, chaque établissement apporte sa contribution.

• Vous êtes donc autonome vis-à vis de l’État ?
– Bien sûr que non, nous avons toujours besoin de l’aide de l’État, mais il est également vrai que nous ne nous contentons pas de cela uniquement. Nous frappons également à des portes pour nous permettre d’équiper l’université. Par exemple, le campus dispose aujourd’hui d’un camion de pompier. Ce n’est pas l’État qui nous l’a donné mais un de nos partenaires. Par ailleurs, nous faisons aussi ce que l’on appelle des travaux en régie. Bien avant moi, l’université avait des ingénieurs en bâtiment, d’anciens étudiants sont dans la construction. Nous avons fait appel à leur compétence. Ils nous ont offerts des prix nettement plus compétitifs par rapport à ceux proposés par des entrepreneurs.

• Réussir à impliquer chaque école et faculté dans la gestion de l’université requiert un leadership fort. Quelle est votre recette ?
– Je dirais qu’il faut être sociable. Je n’aime pas être loin des étudiants, du personnel, des enseignants. J’écoute. Moi je dis : let’s go et non go ! Lorsqu’il y a des choses à faire, je dois être présent. Cette façon de
faire m’a plutôt réussi.

• Vous n’avez pas peur de faire des jaloux ?
– Je ne sais pas … En tout cas j’aime relever les défis. J’ai la conscience tranquille. J’ai pu laisser une empreinte. Je ne serais plus président après trois ans puisque seuls deux mandats sont autorisés, mais cette université de Fianarantsoa m’a beaucoup donné. J’aurais apporté ma pierre à l’édifice.

• Est-ce qu’on vous demande des conseils ?
– Mes collègues, les présidents des autres universités de Madagascar le font. Les échanges ne doivent pas se faire uniquement avec l’extérieur mais aussi sur place, entre les universités malgaches. Nos relations sont bonnes.

• À quoi ressemblera l’Université de Fianarantsoa à la fin de votre mandat ?
– Elle sera forcément améliorée autrement je n’aurais rien fait (sourire). Mais je voudrais insister sur cette formation hybride. Je
compte la mettre en place dans toutes les facultés et les écoles en plus de celles qui l’adoptent déjà parce que je pense que c’est cela qui résoudra les problèmes des universités.

Propos recueillis par Rondro Ramamonjisoa

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