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Notes du passé

Une mosaïque de races pour faire un seul peuple

Cinquante six ans d’indépendance recouvrée pour la Grande ile. Un demi-siècle de vie entre parenthèses. Et une longue
histoire ignorée de nombreuses générations.
Madagascar est habitée par dix huit tribus, dit-on, puis ethnies ou groupes ethniques, pour en arriver aux peuples tout simplement. Dans tous les cas, l’ensemble constitue une seule nation, la Nation malgache. Il s’agit, selon l’académicien Régis Rajemisa-Raolison (« Diction­naire géographique et historique de Madagascar»), des Merina, Sakalava, Betsileo, Betsimisaraka, Antemoro, Tsimihety, Bara, Sihanaka, Bezano­zano, Antankarana, Tanala, Antesaka, Antefasy, Antanosy, Antandroy, Mahafaly, Antemanam­bondro et Antambahoaka.
Assez variées, ces populations forment un seul peuple, le peuple malgache. Son unité ne fait aucun doute si l’on considère leurs croyances, leurs coutumes et surtout leur langue qui, malgré quelques modifications provinciales, semble partout provenir d’une même souche. Toutefois, pas plus qu’ailleurs, il n’y a pas de race pure à Madagascar.
Historiens, géographes et philologues s’accordent à soutenir l’hypothèse d’un fond de population d’origine indonésienne, considérée comme habitants autochtones de l’ile. « Ils avaient nom Ravanga au Nord, Vazimba au Centre et Karimbola au Sud.»
Sur ce fond, se seraient superposées à des époques diverses, des vagues successives d’immigrants : Sémites à Sainte-Marie et sur la côte Nord-est, Malais au Centre, Africains un peu partout, mais surtout à l’Ouest, Indiens également à l’Ouest et au Sud-est, Européens au Sud-ouest et à l’Est. « Du jour où chacun de ces divers groupes d’immigrants a formé une population, plus ou moins homogène, par alliance avec les habitants autochtones au milieu desquels il vécut, date pour chaque tribu son entrée dans l’histoire. »
Entre les XIIe et XIVe siècles, des colons arabes font souche dans le Sud-est et forment les Antemoro, les Antambahoaka et les Antema­nambondro.
Au XVe siècle, des Indiens venus de Gujerat s’installent aussi dans le Sud-est. Certains s’y fixent, d’autres prennent du large vers l’Ouest, tels
les Antefasy, les Antesaka et les Sakalava. Ces derniers fondent un royaume dans le Fiherenana, le royaume du Menabe, à partir d’Andriandahi­fotsy, dont l’un des fils pousse plus
au Nord. Il soumet les autochtones de la région et les Antalaotra (Arabes venus du Mozambique et immigrants
comoriens). Il fonde le royaume du Boina (Boeny).
Vers la moitié du XVIe siècle, les Malais qui, un siècle auparavant, abordent sur la côte Est, montent vers les Plateaux où ils se heurtent aux Vazimba.
Quant aux Betsileo, Sihanaka, Mahafaly, Antandroy, Bara, « ils
semblent être des autochtones à l’état plus ou moins pur, mais que des chefs, venus on ne sait d’ailleurs exactement d’où, réussissent à unifier, aussi le début de leur histoire est-il des plus nébuleux».
Les Betsimisaraka entrent en scène avec la grande bataille que se livrent ceux du Nord et ceux du Sud, c’est-à-dire ceux plus ou moins métissés, descendants de forbans et d’immigrants juifs, contre ceux qui se sont conservés.
Enfin, il semble que les Antankarana, les Tsimihety et les Bezanozano soient des métissages de diverses races. Il n’en est pas de même des Makoa, noirs importés d’Afrique par les Arabes et les Indiens, et qui ne peuvent jamais former une population, mais s’infiltrent peu à peu dans celles déjà constituées, surtout à l’Ouest.
« Dans cette mosaïque de races et de tribus, deux surtout vont jouer des rôles prépondérants dans l’histoire de Madagascar, les Sakalava et les Hova.» Les premiers se développent à l’Ouest et au Nord-ouest. Leur royaume est prospère et puissant tant qu’ils sont unis. Ils voient l’apogée de leur histoire avec la reine Ravahiny (1780-1812). Après cette dernière, c’est le morcellement du royaume et partant, son affaiblissement. « D’ailleurs, les Hova viennent peu après les soumettre et quelques-uns de leurs roitelets vont s’abriter sous les couleurs françaises. »
Le royaume hova, plus exactement merina, contrairement à celui des Sakalava, trace une courbe sans cesse ascendante. Commencé avec Rafohy (1516), il se développe, grandit. Ralambo est le premier à s’annexer un nouveau territoire, son fils Andrianjaka bat définitivement les Vazimba et prend Antananarivo. Andriamasinavalona, sage et bon, se fait craindre et aimer des peuplades voisines, mais il a la faiblesse de partager son royaume entre ses quatre fils. Ce qui retarde pour longtemps le progrès en Imerina.
Ce n’est que cent ans plus tard, que le fils de l’arrière-petite-fille d’Andriamasinavalona, Andrianam­poinimerina, unifie à nouveau le royaume. « Habile, intelligent législateur et organisateur de génie », ce
dernier agrandit le royaume merina. Sa haute ambition de faire de la mer les limites de son royaume, est à demi réalisée puisqu’il conquiert les Sihanaka, les Bezanozano et les Betsileo.