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Editorial

Mea culpa

Andry Rajoelina avait finalement raison. Tant on l’avait décrié lorsqu’il avait affirmé lors de la campagne électorale de 2018 que“ Madagascar ne pourra pas se développer même en 2060 tant qu’on dépend des bailleurs de fonds traditionnels”, tant aujourd’hui la déclaration de la Banque Mondiale lui donne entièrement raison. Dans sa présentation de Madagascar sur son site officiel, “ Madagascar- Vue d’ensemble”, la Banque Mondiale estime que le pays pourrait mettre plus de 70 ans pour atteindre le niveau de vie actuel du Rwanda. Une estimation qui rejoint presque parfaitement la conviction du président de la République. Une déclaration fracassante qui avait fait paniquer les bailleurs de fonds. Ainsi, sitôt nommé, le nouveau président de la Banque Mondiale David Malpas avait accouru à Iavoloha pour rassurer Andry Rajoelina. Depuis les relations sont au beau fixe. Les subventions de la Banque Mondiale pleuvaient des fois sans qu’on lui demande. Pas plus tard qu’il y a un mois à Washington, Andry Rajoelina et David Malpas se sont retrouvés pour la signature d’une convention d’un montant de 540 millions de dollars pour divers projets.

Dans cette vue d’ensemble, la Banque Mondiale évoque plusieurs lacunes et manquements des autorités malgaches pointées du doigt comme responsables de ce retard. Certes, un manque de volonté et de détermination, une corruption généralisée, sont pour une grande partie à l’origine de cette pauvreté indecrottable mais on ne peut pas dissocier les bailleurs de fonds dont la Banque Mondiale de ce fiasco. Depuis presque un demi-siècle, on a suivi a la letttre les recommandations, les conditionnalités des bailleurs de fonds sans qu’on arrive à des résultats probants. Toutes les thérapies imposées par les bailleurs de fonds à l’image de la dévaluation de la monnaie, les taxes sur les PPN… se sont soldées par un échec cuisant et un appauvrissement de la population. Depuis un demi siècle, les fonds reçus par Madagascar sous différentes formes devraient avoisiner quelques centaines de milliards de dollars mais cela n’a eu absolument aucun impact dans la vie de la population. Pourtant on entend toujours lors des missions des bailleurs de fonds, que les efforts consentis par Madagascar sont satisfaisants et que le décaissement de nouveaux fonds peut être facilité.

Rien en apparence ne permet de dire que l’argent des bailleurs de fonds a été utilisé à bon escient. Pas de réseau routier en bon état, pas de logements sociaux, pas de confort social ( eau , électricité), pas de sécurité, éducation et santé dans une situation précaire…

À côté, le bâtiment et la vente de voitures de luxes n’ont jamais été aussi prospères. À se demander si l’argent des bailleurs de fonds va ailleurs comme cela avait été déjà le cas il y a quelques années et comme cela a été le cas pour un fonds pour la campagne de vaccination.

On n’en serait pas là aujourd’hui si la Banque Mondiale avait fait l’audit de l’utilisation de son argent depuis cinquante ans. On aurait eu ainsi que 20 ans à rattraper pour être au niveau du Rwanda. Avec le genocide en moins.

1 commentaire

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  • Certes la BM est fautive de n’avoir pas vérifié l’affectation des fonds, ce qui ne devrait aucunement dédouaner certains propriétaires des appartements de voitures de luxe évoqués, logiquement. Ils se reconnaitront.
    Dans le principe, il appartiendrait en effet aux autorités compétentes de contrôler, en premier lieu.
    Le problème est vraiment la corruption, surtout quand celle-ci essaime dans les couches sociales les plus élevées, jusqu’à un point où les bénéficiaires la considèrent comme institutionnalisée, ce qui encourage sa généralisation dans les autres, au nom du « pourquoi pas moi ».
    Une conclusion s’impose, sans ménage interne, et malgré les audits éventuels des bailleurs, tous les éléments sont réunis pour que la pauvreté perdure, dans ce pays comme partout où le fléau de la corruption sévit et interdit tout développement pérenne.