Chronique

La charrette avant les…lois

Antananarivo, une découverte dont les multiples facettes ne se content pas sur les vidéos et les images sur internet. Capitale d’un pays plus grand que la France, 288 fois plus vaste que l’Île Maurice et 1 279 fois que les Seychelles, la ville des milles est juste innommable. Innommable ou inqualifiable si vous le voulez. En effet, on ne sait pas très bien si c’est une ville, un gros village ou une bourgade. Pour les urbanistes, classer une agglomération dans l’une des trois catégories susmentionnées doit se faire suivant des critères infrastructurelles et fonctionnelles précises.
Pourtant, Antananarivo est bel et bien classé ville, la plus grande ville et capitale de Madagascar. Dans la réalité, on se pose vraiment des questions sur la pertinence de ce classement.
À part très peu de capitales en Afrique, ce qu’on voit et ce qu’on vit à Tana est unique. On se demande s’il serait un jour possible de voir par exemple à Addis-Abeba un troupeau de zébus sa pavanant tranquillement sur des voies rapides. Ceux qui viennent pour la première fois à Tana sont souvent frappés par toutes ces rizières qui donnent à l’ensemble l’image d’un village perché sur les hauteurs et non celle d’une ville.
Mais le plus frappant reste le fait qu’en l’an 2019, dans la ville, on peut facilement tomber sur des charrettes à bœufs, des pousse-pousse, des charrettes à tractions humaines etc. Normalement, des règlements en vigueur auprès de la commune urbaine d’Antananarivo gèrent l’utilisation de ces moyens de transport dans la ville. Des horaires sont établis ainsi que le type de charge qu’ils peuvent transporter. Force est de constater que ces mesures ne sont appliquées que quand les poules auront des dents.
Comme les poules n’ont des dents que très peu de fois dans l’année, la ville est assaillie par les charrettes et les pousse-pousse. Du petit matin à tard dans la nuit en passant par les heures de pointe, elles font la loi. De plus en plus, des hordes de charrettes à traction humaine prennent en otages les rues avec des charges insensées. Avez-vous déjà vu une charrette chargée de centaines de sacs de ciment remplis de débris de briques et de terre dévalant les pentes des collines de la ville ? Du jamais vu qui devient des faits de plus en plus banals. Priez le ciel de ne pas être le conducteur de la voiture qui est devant eux car ils n’ont ni frein, ni assurance et encore moins les moyens pour vous indemniser en cas d’accident alors qu’ils dévalent les pentes à tombeau ouvert.
Antananarivo, la ville des hors-la-loi qui font la loi (au moins celle de la circulation). Les charrettes font ce qu’elles veulent. Malheur à celui qui klaxonne pour leur dire d’au moins se mettre sur le côté pour que les autres usagers puissent avancer normalement. Des femmes, des enfants s’y mettent avec les hommes pour transporter encore et toujours plus de charge.
Il est vrai que c’est triste que ces gens doivent faire un travail aussi dur pour gagner leur pain quotidien. Mais trop, c’est trop ! Un peu de normalité dans cette capitale ferait vraiment du bien à tous les usagers de la route donc à tout le monde. Puis, allons-nous encore attendre des drames causés par ces moyens de transport clandestins pour prendre des mesures ? Il faut aussi dire que depuis qu’ils peuvent tout faire à tout moment, on imagine que d’autres métiers comme celui des transporteurs, qui paient pourtant des taxes, en pâtissent.
Les charrettes ne sont même plus avant les bœufs, elles devancent désormais les lois.

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