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Notes du passé

La bourgeoisie merina bénéficiaire du régime colonial

La notion, le concept de l’Indépen­dance sont assez nuancés pour les nationalistes malgaches, et même leurs méthodes d’y arriver divergent. Soit ils veulent l’arracher par la force, soit en utilisant les structures coloniales pour prendre progressivement la place des administrateurs et responsables français, soit en se basant sur la Charte de San Francisco.
Les membres du Parti démocratique de Madagascar (PDM), eux, veulent recouvrer la souveraineté nationale en restaurant l’ancienne monarchie merina, « avec son cortège d’inégalités» (Lucile Rabearimanana, étude sur « Un grand journal d’opinion malgache, ny Fandrosoam-baovao », lire précédentes Notes). L’attitude des descendants de l’oligarchie merina, surtout avant la Seconde guerre mondiale, le laisse à penser : « Le contenu même de leurs organes de presse, montre bien qu’ils sont encore attachés à leurs anciens titres et privilèges.»
Officiellement toutefois, Ny Fandrosoam-baovao se défend avec énergie de telles assertions. Pour le PDM comme pour le Mouve­ment démocratique de la rénovation malgache (MDRM), l’indépendance réclamée ne signifie guère
« le renvoi des Français du pays, ni l’abandon de la civilisation française.» Ce qui, selon l’historienne, est réel car son organe de presse est « le porte-parole de couches sociales tananariviennes qui, en fin de compte, ont bénéficié de la colonisation française ».
C’est ce milieu de la bourgeoisie de la capitale qui fournit la majeure partie des cadres autochtones de l’Administration coloniale. Dès le XIXe siècle, grâce aux missions protestantes anglaises, elle reçoit une éducation et une formation intellectuelle à l’occidental. La politique coloniale de l’enseignement ne fait que confirmer cette avance acquise par les habitants d’Antananarivo, du fait que « jusqu’après la Seconde guerre mondiale, les lycéens du pays se trouvent dans la capitale ». C’est aussi là que s’établit, en 1945, un « embryon d’université ».
La région d’Antananarivo est aussi favorisée par rapport aux autres sur le plan des infrastructures économiques et sociales, voies de communication… « Les fonctionnaires merina, ces privilégiés de la société malgache dont le niveau et le mode de vie diffèrent sensiblement de ceux de la majeure partie des Malgaches, ne peuvent qu’être attachés à un pays, à une civilisation qui les favorisent. »
En fait, ils bénéficient de la présence française et même du régime colonial dans un autre domaine. Ils constituent des auxiliaires de la colonisation, non seulement en se faisant fonctionnaires, mais encore en tant que planteurs, collecteurs et commerçants. Un certain nombre des membres des couches sociales de la capitale, obtiennent également des concessions de terre dans les régions côtières dans les années 1920. Ils participent ainsi à la production agricole, surtout en vue de l’exportation.
Effectivement, disséminés dans tout le pays, ils sont intégrés dans le circuit du commerce de traite, collectant les produits d’exportation destinés aux grandes compagnies et vendant au détail les denrées de première nécessité pour les populations locales. Et « les rares Malgaches qui aient pu participer un tant soit peu à la direction des affaires politiques du pays, se recrutent aussi parmi cette bourgeoisie de la capitale ».
« À part le pasteur Ravelojaona, élu membre du Conseil supérieur de la France d’Outre-mer, en 1939, les deux notables indigènes siégeant au Conseil du gouvernement auprès du gouverneur général avant 1939, proviennent eux aussi de la classe évoluée malgache » (Guerin de Marteray, « Une colonie pendant la guerre ou les origines d’une révolte- Madagascar 1938-1947 », 1977).
Bref, le rôle joué par cette bourgeoisie de la capitale dans la vie politique et économique du pays est de taille. « Ce rôle lui confère des avantages substantiels et transforme jusqu’à sa manière de penser. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

1 commentaire

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  • Bonjour Mr Pela Ravalitera ! Dans toutes les colonies françaises, portugaises, britanniques ( aux Indes ) , les colonisateurs se sont appuyés sur des auxiliaires civils ou militaires ! Les réunionnais vinrent ici dans l’administration coloniale , pas seulement la bougeoisie merina , les indiens des comptoirs portugais allèrent au Mozambique et Angola et ainsi de suite !C’est un constat de fait que vous faites ! A l’orée de l’ indépendance, maints betsileo ont fait partie de l’armée coloniale !Formés à l’Ecole des officiers des troupes d’outre-mer ( EFORTOM ) de Fréjus, les betsileo ont été l’ossature de la future armée malgache ! Faut-il en rire ou en pleurer ? Alors merina et betsileo : l’administration coloniale les ont utilisés comme auxiliaires !…