Notes du passé

Ramitraho, un roi sakalava jaloux de son indépendance

Le Royaume sakalava du Menabe au temps d’Andriandahifotsy, vers 1670.

Radama Ier, ce, fils du grand roi Andrianampoinimerina, hérite des hautes ambitions de son père. Il passe tout son règne – qui ne dure que dix huit ans (1810-1828)- à continuer d’étendre le royaume merina. Avant même la cérémonie de son intronisation, il a à réprimer plusieurs révoltes chez les Bezanozano et chez les Betsileo d’Ambositra et de Fianarantsoa.Régis Rajemisa-Raolison (Dictionnaire historique et géographique de Madagascar, 1966) affirme qu’il le fait avec « une certaine sévérité car ces tribus avaient essayé de secouer le joug merina après la mort d’Andrianampoinimerina ». En 1820, fort du traité passé avec le gouverneur de Maurice, Robert T. Farquhar, il entreprend ses expéditions en commençant par celles du Menabe, qui durent jusqu’en 1822. Ramamba et Andrianikija sont ses principaux généraux lors de cette guerre.Ces expéditions aboutissent au mariage de Radama avec la princesse Rasalimo, fille du roi du Menabe, Ramitraho. Sixième roi des Sakalava du Menabe après Andriamanetri­arivo, ce dernier est d’ascendance merina. Il est, en effet, le fils du roi Miakala dit aussi Andriantsoarivo, descendant des Tantsaha d’Ambohijanaka dans les environs d’Antananarivo. Miakala se retire chez les Sakalava pour faire fortune « à une époque difficile à déterminer ».
Désigné par son père pour lui succéder en 1812, Ramitraho a d’abord à lutter contre ses deux frères, Olitasy et Kelisambay. Par la suite, il a à soutenir deux expéditions de conquête de Radama Ier, en 1820 et en 1821.La première est désastreuse pour l’armée de Radama, la seconde se termine par sa victoire sur Ramitraho, le 13 juin 1822, près du village de Mahabo. Ce succès est consacré par le mariage de Radama avec la princesse Rasalimo et par le traité aux termes duquel les Hova peuvent commercer librement dans tout le Menabe.
« Tenace autant que souple et rusé », Ramitraho ne se tient pas pour vaincu définitivement. D’après Régis Rajemisa-Raolison, il fait molester par les soldats sakalava, les colons merina envoyés par Radama dans le Menabe en 1825. Ce qui entraine une nouvelle expédition du roi merina la même année.
Voyant la supériorité de son armée, « Ramitraho saisit l’occasion d’une escarmouche où l’un de ses neveux est tué, pour rejeter toute la faute sur son parent et faire une nouveau geste de soumission au roi de Tananarive, auprès duquel il envoie un ambassadeur ».
Mais la rancœur de Ramitraho contre les Merina doit, de nouveau éclater, après la mort de Radama en 1828. Aussitôt, il s’allie avec son frère Kelisambay pour les attaquer. Tandis que celui-ci lynche les Merina plus au nord, ses sujets et lui se soulèvent en attaquant les occupants merina de la région, à la tête desquels se trouve Ramamba.La bataille est très chaude et c’est au cours de cette insurrection pour l’indépendance de son territoire que Ramitraho trouve la mort en 1834. Selon l’usage sakalava, on lui donne alors le nom d’Andriamahatantiarivo. Son successeur sur le trône est son fils Rainasa, « le dernier roi officiel connu du Menabe ». Toutefois, comme son père, celui-ci veut être un roi indépendant. Aussitôt sept mille soldats merina envahissent son pays et le prennent à Ambondrona.
Pour la petite histoire, Radama Ier prend comme épouse la princesse Rasalimo, sur les propositions des Sakalava, affirment certains historiens; sur sa propre initiative, soutiennent d’autres. Dans tous les cas, ce mariage met fin aux hostilités entre les deux peuples, merina et sakalava, du moins jusqu’en 1834.Le roi merina aime la princesse sakalava à l’égal, sinon plus, de ses autres épouses. Elle lui a d’ailleurs donné deux héritiers : un garçon, Rabobalahy, et une fille, Raketaka, qu’un parti veut mettre sur le trône à la mort de son père. Et c’est pour Rasalimo que Radama fait construire la Tranovola, la Maison d’Argent, dans l’enceinte même du Rova.

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