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Chronique

S’esclaffer pour conjurer

La stabilité de la 1re République (1959-1972), nous l’avions qualifiée de «néocolonialisme». Son contre-pied de la «révolution socialiste» (1975-1991) a été dénoncé comme «errements idéologiques». La parenthèse inachevée des «Hery Velona» (1993-1996) était devenue le générique du ridicule en politique. Depuis, les émergentistes ont réussi à faire mieux, c’est-à-dire pire. La période 2002-2009, inaugurée par une autoproclamation, s’était achevée par un coup d’État, dessillant les yeux des plus crédules contre le mythe du Messie providentiel et de l’autodidacte omniscient.
En cinquante ans, Madagascar aura connu quatre périodes transitoires. La première (1972-1975) a vu un responsable militaire endosser le costume républicain, quitte à se corseter dans les contradictions internes du système. La Transition de 1991-1993 passe encore pour un modèle de gouvernance exemplaire, sans doute parce que le renoncement de celui qu’on désirait «providentiel» nimbe cette période d’une aura de nostalgie. Commencé dans le rictus d’un jeu de mots sur «Tsy Rahonana» (celui qu’on ne menace pas), l’épisode de l’empêchement présidentiel de 1996 se sera clos sur les ricanements de la passation, très républicaine, de 1997 : «Tsy hanao tahaka ilay njola mamangy havana, ka eny ambavahady dia efa mangarika» (nous n’allons pas faire comme le cousin qui louche et qui regarde de travers depuis le portail). Que dire de la caricature de mal-gouvernance inaugurée en 2009 sinon qu’elle est clairement le stade suprême du dévoiement inhérent à la démarche de type Place du 13 mai.
Sans doute que ceux qui vécurent les humiliations de l’administration coloniale et de ses supplétifs sénégalais, avaient besoin de croire qu’une République malgache (personne ne savait encore qu’elle portait le numéro Un) pouvait réussir. La déception allait être inversement proportionnelle aux espérances suscitées. Et un véritable dépit amoureux culmina dans le crime passionnel du 13 mai 1972.
Depuis, c’est dans l’humour grinçant que les Gasy se réfugient. Après l’amour, la peur, la haine, le mépris, restait la dérision. Et cet humour à la Prévert s’épanouit sur Facebook. Jamais, on n’aura autant bouffonné un Président de la République et ses courtisans.
Rire des malversations faute de pouvoir les punir. Se moquer des oukases à défaut de pouvoir s’y opposer. Caricaturer la grandiloquence parce qu’on sait que le ridicule ne tue pas. S’esclaffer, c’est conjurer. La période du Nouvel An incline à un optimisme presque obligatoire. Mais, c’est comme le Père Noël : à un moment, il est impossible d’y croire plus longtemps.

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