Notes du passé

La conquête d’Antananarivo par les Merina

Le Rova d’Antananarivo, remarquable par le Palais de Manjakamiadana, est visible à cinq lieues à la ronde.   

Il y a plus ou moins un millénaire que des navigateurs malayo-polynésiens sont accidentellement jetés, semble-t-il, sur les côtes de Madagascar. Ces Merina ou Hova –« le terme exact est Merina, Hova, mot assez usuel, ne désigne qu’une fraction, mais une caste importante, parmi les Merina », précisent les auteurs des Origines légendaires de la Cité, Antananarivo, 1952- font souche dans la Grande ile et vont engendrer la race des chefs qui étendrait sa domination sur les Hautes-terres.
« Sur ces terres aux contrastes saisissants, âpres et parfois riantes, sèches et marécageuses à la fois », ils choisissent, dit-on, pour leur premier établissement, le petit pays d’Anerinerina. On les retrouve plus tard à Ampandrana, puis à Imerimanjaka. Puis dans une marche circulaire de conquêtes tout autour du futur emplacement d’Antananarivo, « on les
vit fonder successivement des postes fortifiés sur des buttes» qui portent les noms d’Alasora, Ilafy, Ambohidrabiby, Ambohi­dratrimo et Ambohimanga, leur avant-dernière station. Elles formeront avec d’autres monts, les Douze collines sacrées dominant ces plateaux.

Une enceinte de palissades, de pise ou de blocs superposés souvent doublée de fossés, constitue le Rova, le village féodal. Des portes de bois ou de granit devant lesquelles on roule une énorme pierre circulaire, donnent accès à ces refuges gardés par des vigiles. « Étrangers au pays, envahisseurs décidés, mais conquérants peu nombreux, les Merina avaient à lutter contre les premiers possesseurs du sol, les Vazimba. Et pour se défendre contre leurs représailles que la légende dépeint terrifiantes, les nouveaux venus établissaient sur les crêtes des campements faciles à préserver. »
C’est pourquoi le même mot vohitra désigne à la fois le mont et le village. Et avec la même obstination, ils transforment en rizières les marécages voisins, alors que les Vazimba se contentent de collecte, de chasse et de pêche comme mode de subsistance.

La plus haute des Douze collines des Hautes-terres centrales (1 468 mètres) est Analamanga, dont la position est d’autant plus forte qu’un abrupt d’une centaine de mètres rend son versant ouest inaccessible. Toujours d’après les auteurs des Origines légendaires de la Cité, Analamanga avec le ravin d’Ambatomborodamba (la roche où le lamba se déchire) justifie le choix des roitelets merina de cette forteresse naturelle pour citadelle-capitale.
« On comprend mieux la singulière attraction que ce mont Analamanga, que l’on aperçoit à cinq lieues à la ronde, avait exercé pendant deux siècles sur les Merina, de même que s’expliquent les luttes parfois acharnées qui se livrèrent pour sa possession. »

La tradition attribue la fondation d’Antananarivo à Andrianjaka, seigneur d’Alasora, que les historiens font régner de 1610 à 1630. Les Tantara ny Andriana eto Madagascar, histoire orale des seigneurs de l’Imerina recueillis par le R. P. Callet, rapportent qu’en ce temps-là, Andrianjaka va vers le Sud pour prendre les Vazimba d’Analamanga.
Il campe avec ses hommes à Ambohitsiroa et prononce, selon la même légende, les paroles mémorables « nous ne pouvons être deux ». Ceci, pour annoncer sa volonté d’être le maitre sans partage de la conquête entreprise.
« Et lorsque les Vazimba virent la fumée des multiples feux, ils s’enfuirent découragés… » Cela fait, le prince pense coloniser le haut de la ville. Alors il établit là mille hommes comme colons. « Donc c’est ici Antananarivo (la Cité des Mille), dit Andrianjaka… »

On parle d’origines légendaires, issues des Lovantsofina (héritage des oreilles) car le premier Vazaha blanc qui visite l’Imerina semble avoir été le Français Mayeur, en 1777. Il est ainsi le premier étranger à avoir révélé officiellement l’existence de la cité et de la civilisation merina.
« Les Européens qui fréquentent les côtes de Madagascar auront de la peine à croire qu’au centre de l’ile, à trente lieues de la mer, dans un pays jusqu’à présent inconnu qu’entourent des peuplades brutes et sauvages, il y a plus de lumière, plus d’industrie, une police plus active que sur les côtes. Aucune peuplade de Madagascar n’a autant d’intelligence naturelle, ni autant d’aptitude au travail… Les Hova tissent avec art des étoffes de coton; ils travaillent le fer avec habileté, fondant le minerai qui est abondant dans le centre de l’ile, forgent des haches, des bêches, des couteaux… »

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