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Editorial

Bac…lés

A quoi bon avoir le bac? La question est pertinente dans la mesure où il y a encore quelques années le diplôme de baccalauréat était le sésame pour accéder aux études supérieures toutes filières confondues. Il n’y avait pas ni concours ni sélection de dossier. On pouvait s’inscrire dans la filière correspondante à la série qu’on a choisie.

Les problèmes ont commencé à la fin des années 70 où révolution oblige, le bac était à deux sessions et qu’on pouvait descendre jusqu’à 7/20 en délibération pour que le taux de réussite soit acceptable. Les universités commençaient à être débordées du moins à Antananarivo. La cité universitaire d’Ankatso 1 commençait à se détériorer sous le poids de la surpopulation.

Il a fallu construire les « préfa » en 1977 par l’entreprise italienne Gambozi Construzioni et décentraliser l’université. Mais la capacité des nouvelles constructions a été vite dépassée par le nombre d’étudiants qui augmentait de façon exponentielle.

Plus tard devant le nombre sans cesse croissant de nouveaux bacheliers et la réduction du budget de l’université devenue une portion congrue au fil des années, l’université a dû passer par les concours d’entrée dans chaque filière. L’université n’en est donc plus une puisque l’entrée se fait comme dans les grandes écoles ou les universités privées.

Sur une centaine de milliers de nouveaux bacheliers chaque année, seul le dixième peut rêver d’être inscrit à l’université après le concours d’entrée. Les autres, du moins ceux qui ont les moyens, vont tenter leur chance dans les instituts et universités privés. Ils ne sont pas beaucoup.

Les dernières constructions datent donc s’il y a quarante-cinq ans. Quelques bâtiments servant de logements d’étudiants ont été érigés pendant la transition sans être une solution à tous les problèmes.

C’est maintenant que l’État essaie de construire des universités d’un bout à l’autre du pays. Des districts en sont même pourvus aujourd’hui. C’est donc salutaire pour la génération future. Néanmoins, bâtir des murs est une chose, faire fonctionner l’université en est une autre. Quand on connaît dans quelles conditions se trouvent les universités existantes actuellement, on se demande comment les nouvelles universités vont pouvoir fonctionner. Avec quel personnel enseignant, avec quel personnel administratif et technique, avec quel budget? On connaît l’insuffisance du personnel enseignant dans les universités où d’illustres professeurs continuent de dispenser des cours à près de 80 ans, faute de relève. Eh oui, il faut être fou aujourd’hui pour rêver d’une carrière de professeur en particulier, d’enseignant en général. Les enseignants sont les fonctionnaires de l’État les plus maltraités actuellement. Pour le même nombre d’années d’études, voire moins, pour le même diplôme, voire moins , l’enseignant sera rémunéré dix fois moins qu’un inspecteur des douanes, un inspecteur des impôts ou un magistrat.

Le problème se fait cruellement sentir depuis le niveau primaire où « l’instit » par vocation a complètement disparu en raison d’un traitement misérable que l’État lui inflige.

On l’a remplacé par les fameux enseignants Fram qui n’ont ni la compétence ni la vocation. L’éducation est bâclée et le pays va droit au mur. Le taux de déperdition scolaire est ahurissant à en juger les statistiques publiées par l’UNICEF.

Avec ces bacheliers sacrifiés sur l’autel de l’université, on se demande quelle topographie la société arborera dans dix ans. On est en train d’abêtir davantage la population. Ce qui n’offre aucune chance à la démocratie et aux élections. Plus la population est ignare, plus les élections sont faciles à remporter. Un électorat peu instruit votera pour le candidat qui lui ressemble. Élémentaire mon cher Watson.

1 commentaire

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  • Bravo pour cet excellent papier et sa conclusion courageuse, avec une suggestion néanmoins, pour nuancer le propos ici, « un électorat peu instruit votera pour le candidat -qui feint- de lui ressembler.
    Ce ne sont pas les mêmes mondes et cela entretient le simulacre de démocratie que vous avez souligné. Danger.