Notes du passé

Un Général lié à la grande aventure coloniale française

Si les missionnaires catholiques français espèrent la reconnaissance du gouverneur général Joseph Gallieni, en défaveur de leurs homologues protestants, ils perdent vite leurs illusions. Comme le Général l’écrit à son ami Alfred Grandidier en 1904, « je parlais de l’influence française, de l’organisation de la vie économique dans un sens français, ils me répondaient religion et catholicisme ».

Politicien, Gallieni obéit à un projet précis intégré dans la politique coloniale de la Métropole, précise Pietro Lupo (Gallieni et la laïcisation de l’école à Madagascar, 1896-1904, revue Hier et Aujourd’hui, 1982). L’auteur de l’étude reprend un portrait dessiné par Gheusi (lire précédente Note). Le gouverneur général veut, en fait, assurer l’influence stratégique de la France dans l’océan Indien qui est l’enjeu principal de la rivalité franco-anglaise, et des Malgaches, « un peuple dévoué et fidèle à la France ». Déjà en 1883, un journal de l’Ile Maurice écrit qu’il est « de plus en plus évident que la guerre franco-malgache est moins lancée contre les Malgaches, mais davantage contre
l’influence anglaise à Madagascar et, de ce fait, contre l’influence britannique en général ».

Pietro Lupo confirme que les motivations réelles de l’expansion occidentale dans le monde, « se camoufleraient souvent derrière un langage philanthropique en appelant aux notions de civilisation (dans le sens actif) et de libération des peuples des régimes tyranniques traditionnels ».

Au Soudan, écrit-il, la mission principale de Gallieni a été d’éliminer l’entreprenant Samori et de limiter la pénétration anglaise qui, de la Sierra-Leone, a poussé vers les vallées du Niger, à l’intérieur du continent africain. Et en ce qui concerne l’Extrême-Orient, ajoute Pietro Lupo, la libération des régimes oppressifs et l’arrêt de l’expansion chinoise ont été les arguments majeurs développés par le parti colonial qui pousse à la conquête du Tonkin.

A Madagascar, précise Pietro Lupo, il s’agit d’abord pour lui d’éliminer « l’encombrante Angleterre » qui, depuis le début du XIXe siècle, contrecarre la France et « reste encore enracinée dans l’ile par son action socioreligieuse et culturelle. Ensuite, il doit rabaisser l’aristocratie et l’ancien pouvoir merina. « Appuyé par l’Angleterre, celui-ci s’était toujours élevé contre les droits historiques de la France. Le Général avait été trop lié à la grande aventure coloniale française pour ne pas sentir le poids international de sa nouvelle entreprise. » Mais Gallieni persiste dans celle-ci. « Mon programme : franciser Madagascar, saper l’influence anglaise et abaisser l’orgueil de la puissance hova. »

Sur le terrain, la réalisation d’un tel projet n’est pas facile. Selon Guillaume Grandidier, le Général explique ainsi sa stratégie : « J’agirai avec tous les ménagements possibles et je resterai dans la légalité et le droit, mais je froisserai certainement des intérêts, des convictions, des situations acquises et, si je devais tenir compte des récriminations, des plaintes qui seront formulées, il me faudrait rester dans une inertie dangereuse. » Cette attitude traduit la situation complexe qu’il rencontre dans la Grande ile en y abordant, en particulier dans le domaine de l’Enseignement.

À l’époque, les écoles se trouvent entre les mains des confessions chrétiennes et fournissent au régime monarchique les fonctionnaires, les interprètes et le personnel technique dont il a besoin à mesure que les structures de l’État se compliquent. C’est pourquoi la presque totalité des cadres administratifs est christianisée et se rattache surtout au protestantisme, devenu religion d’État.

Le Code des 305 articles promulgué en 1881, stipule le principe de l’école obligatoire et impose des sanctions aux parents qui refusent de faire instruire leurs enfants. Cette disposition ne peut être cependant généralisée, car même en Imerina, des régions périphériques sont dépourvues de bâtiments et d’instituteurs. Ce qui renforce la position des Missions.

Un mécanisme de contrôle étatique est mis en place par le même code : contrôle large mais se limitant à l’envoi d’inspecteurs masoivoho, et obligation pour les instituteurs de posséder une autorisation d’enseigner portant le cachet officiel. Pour accorder ces brevets, le ministre de l’Instruction publique suit les propositions des directions des diverses Églises. Les enseignants qui sont présentés pour l’obtention du brevet, sont alors formés dans des écoles normales qui appartiennent aux mêmes Missions.

Finalement, les inspecteurs qui, en principe, ne doivent que représenter le gouvernement, deviennent des instruments de propagande confessionnelle et sont souvent en rivalité entre eux. Gallieni les supprimera par
l’arrêté du 2 décembre 1897, en martelant «… ces agents, chargés de par la loi de 1881 de contrôler l’assiduité des élèves à l’école qu’ils surveillaient, n’étaient en réalité que des instruments de propagande confessionnelle. »

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