Chronique

Chronique de VANF : Culture journalistique

Ceci est une vieille jeune chronique d’il y a trois ans, 13 octobre 2016. Ecrite dans un moment de nostalgie d’actes manqués. Avec les vieux numeros du «monde», patiemment fouilles et depoussieres dans les sous-sols de la bibliotheque universitaire d’ankatso (oui, ces lieux etaient librement accessibles en 1990), je me serai finalement beaucoup construit à la lecture des numeros de l’international herald tribune (iht), chichement disponibles devant la poste d’antaninarenina. À paris, la ville de sa fondation, ce journal «both truly american and truly international» etait distribué dans la rue par de jeunes filles accortes. L’iht, quoique propriété de deux grands journaux americains, avaient su se faire une personnalite distincte du new york times et du washington post. En 2003, le times prit le contrôle total de l’international herald tribune et lui imprima un trait nettement americano-americain au détriment de tout ce qu’on lui aimait : l’international.

Si «Le Monde» était une lecture quasi obligatoire de mes études de droit, je ne devais découvrir réellement l’International Herald Tribune qu’en 1994. Le Centre Culturel Américain avait alors un programme de développement de la presse et des médias avec l’USAID. Et Robert Donahue, «editor of the editorial pages» de l’International Herald Tribune, et ancien de l’Agence France Presse, fondée par Charles-Louis Havas en 1835, fut l’animateur de la session du 20 au 30 septembre 1994.

Pour celui qui aime s’exprimer en «Je», la découverte d’une double page d’éditoriaux, de chroniques, de papiers d’opinion, s’apparente au Graal. «On ne va pas non plus faire un journal de chroniques», me reprochait Christian Chadefaux. Et bien si, c’est possible, surtout dans les journaux anglo-saxons.

Robert Donahue m’avait demandé un «papier» à soumettre à l’IHT, mais je ne m’y suis jamais résolu, mon anglais n’étant désespérément pas de taille à tenir une column. Vingt-deux ans plus tard, la situation, de ce côté-là, n’a pas beaucoup évolué.

Vingt-deux ans, c’est également le temps que Robert Donahue fut responsable des pages éditoriales du Herald Tribune. À 65 ans, il remit sa démission en 2003 quand le New York Times devint seul propriétaire d’un journal dont il partageait l’actionnariat avec le Washington Post depuis 1967. Le redchef des pages «Opinions» craignait que le journal perde sa personnalité propre et l’avenir allait lui donner raison quand, dix ans plus tard, le Herald Tribune fut rebaptisé International New York Times. Comme la fin d’une époque, en cette année 2013, le dernier numéro de l’International Herald Tribune comportait un cahier spécial collector des principaux sujets de ses 125 premières années.

Né en 1887 sous le nom de New York Herald, édition européenne à destination des Américains expatriés, le journal deviendra «The New York Herald Tribune» en 1935. C’est le nom que portait le journal dans le film «À bout de souffle», titre bien visible sur le tee-shirt de l’actrice Jean Seberg vendant un numéro à Jean-Paul Belmondo, à la recherche d’improbables horoscopes dans le très sérieux Herald Tribune : «l’horoscope, c’est l’avenir. J’ai envie de connaître l’avenir». Suspendu en 1966, le journal renaît donc un an plus tard sous le nom de International Herald Tribune avec actionnariat conjoint du New York Times et du Washington Post.

Octobre 2016, l’International New York Times quitte Paris, ville de sa naissance, pour être édité et fabriqué à Hong Kong et New York. Madagascar figurait parmi les 180 pays de diffusion de l’Herald Tribune grâce aux crieurs devant la Poste d’Antaninarenina qui proposaient ponctuellement ce «broadsheet» en six larges colonnes noir et blanc. C’était une époque où on aimait se procurer les journaux en papier et les lire malgré les contorsions qu’imposait le format «big size» des «Broadsheet Newspapers».

Les journaux «broadsheet» sont physiquement en format large. Sur le contenu et l’approche, ce sont des journaux sérieux et sobres avec une approche plus intellectuelle à l’adresse d’une population éduquée de la classe moyenne supérieure. À la différence des «tabloïd», originellement désignés d’après leur format plus petit, une presse de sensationnel et de scandales privilégiant «sex, gossip, people».

Les journaux les plus mondialement respectés sont des «broadsheet» : depuis les plus anciens, The Guardian (depuis 1821), le Daily Telegraph (1855), le New York Times (1851), le Washington Post (1877), le Correre della Sera (1878), jusqu’aux relativement plus récents, Le Monde (1944), Frankfurter Allgemeine Zeitung (1949), El Pais (1976). Mais, l’ancêtre des «broadsheet» est le quotidien londonien «The Times», qui porte ce nom depuis 1788. En 1931, le journal voulait un caractère d’imprimerie plus lisible et mieux économiseur d’espace. Le concepteur en sera Stanley Morison, directeur artistique chez Monotype, et le designer, Victor Lardent, du département artistique du Times. Cette police, c’est le «Times New Roman», sous vos yeux.

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