Chronique

Chronique de VANF : Les Jésuites et Madagascar

Expulsée du portugal (1759), de France (1764) ou d’Espagne (1767), la Compagnie de Jésus finira par être supprimée par le pape Clément xIV en 1773 avant d’être rétablie par le pape pie VII en 1814. l’année 1829 vit l’élection de Jean Roothan comme supérieur Général des Jésuites. Quarante ans de dissolution de la Compagnie de Jésus, dans les états européens avec des conséquences jusque dans leurs possessions d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique, avaient fait fondre les effectifs. Bien que son ordre fût réduit à un contingent de 2000 «soldats du Christ», le nouveau «Général» accepta dès 1840 d’envoyer des Jésuites à Madagascar, mais les six premiers ne s’embarqueront à destination de Bourbon (actuelle la Réunion) que le 24 septembre 1844.

La mission malgache sur la «Grande Terre» et la mission coloniale sur les «Petites îles» (Mayotte, Nosy-Be, sainteMarie) devaient rester distinctes, mais la mort à Dzaoudzi du vicaire apostolique, lui-même ancien supérieur Général du séminaire du saint-Esprit, le 12 décembre 1849, entraîna une réduction de la voilure : le vicariat de Madagascar fut suspendu et la préfecture apostolique confiée aux Jésuites. la nomination de louis Jouen, le 8 août 1850, comme préfet apostolique de Madagascar et des îles adjacentes non françaises, suivie de la nomination, le 22 décembre 1850, d’un autre Jésuite, Marc Finaz, comme préfet apostolique des petites îles, allait conférer une sorte de monopole de fait aux Jésuites à Madagascar, jusqu’en 1896.

L’île de sainte-Marie peut revendiquer le titre d’avoir la plus ancienne «église en dur» bâtie à Madagascar. l’église d’Ambodifotatra remonte aux premières années d’évangélisation du père pierre Dalmond, 1837-1838. À sainte-Marie, 30 garçons et 30 filles seront régulièrement inscrits aux écoles. sur l’île de Nosy-Be, en 1879, les Jésuites réunissaient 150 élèves et les soeurs de saint-Joseph, une centaine. Déjà, en 1847, le roi sakalava de Fasena avait confié à pierre Dalmond, préfet apostolique depuis 1842, deux de ses enfants pour être éduqués à saint-Denis (la Réunion, anciennement île Bourbon) : l’un d’eux, Basilide Rahidy, deviendra le premier prêtre malgache. son neveu, Venance Manifatra, entré chez les Jésuites, devait prononcer l’éloge funèbre aux funérailles de Mgr Jean-Baptiste Cazet en 1918.

Le 29 mars 1880, Jules Ferry, ministre de l’instruction publique, faisait expulser de France les Jésuites et imposait aux autres congrégations religieuses une demande d’autorisation d’enseignement. En 1879, les Jésuites avaient transmis aux pères du saint-Esprit et du saint-Coeur de Marie leur oeuvre sur Nosy-Be, mais sainte-Marie, terre française sous la juridiction religieuse de l’évêque de saint-Denis, sera atteinte par le décret d’expulsion des Jésuites qui durent quitter l’île le 30 septembre 1881.

Les noms de ces Jésuites, qui oeuvrèrent à Nosy-Be ou sainte-Marie, seraient restés méconnus du grand public s’ils n’étaient pas venus travailler sur la «Grande Terre» (Tanibe), des années plus tard. par exemple, Jacques Berthieu qui avait été missionnaire à sainte-Marie, de 1875 à 1881 et qui mourra sur les bords de la rivière Mananara, dans le Nord-Est de l’Imerina, assassiné par les Menalamba le 8 juin 1896.

Cette époque vit les Jésuites travailler au partage d’un vicariat jusque-là unique : janvier 1896, le territoire au sud du 22ème degré de latitude fut confié aux lazaristes ; juin 1898, le territoire au Nord du 18ème parallèle cédé aux pères du saintEsprit ; en 1899, les pères de Notre-Dame de la salette acceptaient la charge du territoire de Betafo-Antsirabe ; mai 1913, l’arrivée des Jésuites de la province de Champagne permit d’autonomiser en vicariat apostolique la Mission du Betsileo.

En mars 1897, souhaitant diminuer l’influence des Jésuites, le général Gallieni s’était néanmoins opposé à leur expulsion souhaitée par le Ministre des Colonies qui voulait un clergé séculier, soustrait à l’autorité de la propagande, nommé et institué selon le droit concordataire. sur les instances du général Gallieni, le Ministre des colonies et le supérieur Général des Frères des écoles Chrétiennes signent la convention du 8 avril 1897 prévoyant l’envoi à Madagascar de Frères qui allaient devenir instituteurs officiels moyennant une subvention annuelle. Mais, déjà en 1866, les Jésuites avaient d’eux-mêmes fait appel aux Frères de des écoles Chrétiennes tandis qu’à leur première entrée dans Antananarivo, en 1861, deux soeurs de saint-Joseph de Cluny les accompagnaient.

Arrivé en 1965 en terre malgache, Jean-Baptiste Cazet personnifie ces premières décennies fondatrices. En mai 1883, il avait failli refuser d’évacuer Antananarivo, et d’abandonner écoles et églises, lors de la guerre que clôtura le traité du 17 décembre 1885. Jean-Baptiste Cazet, qui avait été fait évêque le 5 mai 1885, retournait à Antananarivo le 23 avril 1886. Après 13 ans comme préfet et 26 ans comme vicaire apostolique, il mourut dans la Capitale le 6 mars 1918, à 91 ans, non sans avoir été contraint une seconde fois de quitter Madagascar lorsqu’éclata la seconde guerre contre les Français : il sera absent de la Capitale du 2 novembre 1894 jusqu’au 18 décembre 1895, après la capitulation d’Antananarivo. les autorités coloniales lui refuseront l’honneur de reposer dans la crypte de la cathédrale, sorte de consécration de ses 53 ans de mission à Madagascar.

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