Editorial

Malthus ou Darwin?

Un choc. La déclaration du ministre de l’Economie et des Finances à propos de la nécessité de freiner l’essor démographique a causé de virulentes réactions sur les réseaux sociaux. La plupart condamne cette éventualité de limiter les naissances arguant que les pays les plus puissants économiquement sont les plus peuplés à l’image de la Chine, des États -Unis, de la France, du Nigeria… La population constitue à la fois une force productive et des consommateurs en puissance. Il est donc inutile de penser à limiter les naissances alors qu’on ne sera que de 50 millions en 2050 et que la densité de la population reste faible en dehors des grandes agglomérations. L’exode rurale massive incontrôlée depuis les années 70 donne l’impression d’une surpopulation dans les grandes villes en particulier à Antananarivo où on aime s’entasser dans les embouteillages, dans les stades, dans les prisons, au marché, dans les églises, dans les restaurants, dans les hôpitaux, dans les taxi-be. Une illustration de l’échec cuisant de la politique de décentralisation. Tout reste concentré à Tana.

Pourtant dès qu’on sort à 30 km de la ville, quelle que soit la direction, c’est presque le désert. Des espaces à perte de vue où il n’y a âme qui vive.

Le fait est qu’on se trouve actuellement dans une situation à la malthusienne. La population grandit deux fois plus vite que la production créant une situation d’extrême pauvreté. La corruption et, la mauvaise gouvernance aggravent la situation et creusent davantage l’écart social déjà incommensurable entre riche et pauvre. La richesse est mal répartie entre toutes les couches composant la société. Les richissimes et les plus démunis vivent ensemble dans une société où, contrairement au rêve de Ratsiraka, la justice et l’équité ne règnent pas.
Le président Rajoelina a fait le pari de gagner le pari de l’autosuffisance alimentaire à l’ouverture de la foire agricole Fier Mada. Une vieille rengaine empruntée à l’époque Ratsiraka qui avait promis la même chose en 1990. Ratsiraka avait suggéré de remplacer le riz par la concombre de mer alors que Rajoelina préconise de changer le riz par d’autres produits comme le manioc ou le maïs. Mêmes causes, mêmes effets? On l’ignore toujours est-il qu’il est facile de lancer des paris fous, il serait plutôt mieux de commencer par du réalisme. Pour pousser l’agriculture, il faut interdire les remblais, aider les paysans, limiter les importations, mécaniser la culture…Il faut revenir à la théorie d’Andrianampoinimerina sur la production. Autrement, Malthus aura toujours raison aussi longtemps que l’on continue dans ce système.

Va-t-on laisser alors la théorie de Charles Darwin faire son effet? La sélection naturelle éliminera les moins aptes, les plus vulnérables dans cette société sans pitié au grand bonheur du ministre de l’Economie, des Finances et du Budget. Sauf que le taux de croissance est de très loin supérieur au taux de mortalité malgré les épidémies de peste, de rougeole, les inondations, les cyclones et les chutes de rocher. Le drame est que l’essor démographique et l’ignorance de la population sont deux grandeurs directement proportionnelles. Une population sans éducation, comme c’est déjà le cas, donne lieu à un pays ingérable, ingouvernable, imperméable à toute politique de planning familial.

Une équation compliquée dans une situation qui ne ressemble point à celle vécue par les nations où la population constitue plutôt un levier qu’un poids.

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