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Notes du passé

Une impossible fuite de Ratefy vers Maurice

Jean Valette se réfère à trois lettres écrites  Jen aout-septembre 1828, par le prince Ratefinanahary au gouverneur de Maurice, Sir Charles Corville, en tant que sources d’information sur le décès du gouverneur de Toamasina, comme les Notes le relatent dans leur dernière livraison.
Datée du 13 septembre et de Toamasina, la troisième lettre est « tragique en sa brièveté ». Ratefy vient alors de recevoir l’ordre de se rendre à Antananarivo, d’où il n’est pas sûr de revenir et « il fait en quelque sorte ses adieux au gouverneur de Maurice ». Selon l’archiviste paléographe, cette missive comme les précédentes est signée Ratefy et son épouse, Rabodosahondra. Toujours d’après Jean Valette, Corville ne semble réagir qu’en recevant, le 24 septembre, la lettre datée du 7 septembre.
Il y répond le 27 septembre. Tout en acceptant d’offrir à Ratefy et son épouse un court séjour à Maurice, si le besoin s’en fait sentir, il lui fait comprendre qu’il ne peut le recevoir à titre définitif, « en raison des incidences qu’un tel geste pourrait avoir sur les relations entre la Grande Bretagne et la nouvelle reine ». Cette lettre sera portée à Toamasina et remise à Ratefy par le capitaine Polkinghorne, commandant du navire de guerre « Sparrowhawk », dont la mission est simplement de renseignement. C’est d’ailleurs ce navire qui amena à Maurice, le
9 octobre, la lettre de Ratefy du 13 septembre qui, « en raison de la menace qu’elle contenait sur le sort de Ratefy, constituait en quelque sorte la fin de la correspondance Ratefy-Colville.»
L’archiviste paléographe cite également le témoignage du Rév. Bennet qui assiste en aout 1828, aux funérailles de Radama Ier à Toamasina. Il quitte la capitale vers le 20 aout, porteur d’une lettre de Lyall à Colville, en compagnie des Rév. Griffiths et Cummings et de l’épouse de ce dernier. Bennet rapporte : « À Amboitamanga (Ambato­harana), environ au milieu de notre voyage, nous apprîmes que le prince Ratefy et sa femme… étaient dans ce village, en route pour la capitale où ils avaient été appelés par le gouvernement. » Bennet fait part des sentiments de Ratefy. « Il sentait que son sort était scellé et il cherchait un moyen pour y échapper. »
Le prince et son épouse envisagent alors de s’enfuir sur la côte dans l’espoir d’y trouver un bateau pour les transporter à Maurice. « Je leur assurai que le gouverneur leur accorderait sa protection jusqu’à ce que des
dispositions puissent être prises pour leur retour en sécurité à Madagascar… » Bien que le couple réussisse à gagner la côte, il n’arrive pas à obtenir le passage sur un transport de bœufs et il doit se cacher dans les bois. C’est alors que Ratefy et Rabodosahondra dorment dans une case, éreintés, les envoyés de la reine les découvrent.
« Ils transpercèrent Ratefy à coups de sagaie et ils emmenèrent sa femme
prisonnière. Celle-ci fut misérablement massacrer par la suite. »
Autre témoignage, celui du commandant Verchère-Raffye qui se trouve sur la côte Est, à Foulpointe puis à Toamasina en septembre 1828, et rencontre Ratefy. C’est le 5 septembre qu’il se rend dans cette ville. De l’entretien qu’il a ce jour-là avec le général Robin, il note : « Le général Rafeta (Ratefy), père du prétendant (Rakotobe), vient de monter à Antananarivo pour appuyer les droits de son fils. » Pourtant, durant son séjour (du 5 au 11 septembre), il mentionne : « J’ai vu le prince Rafeta. Il m’a paru doué d’un grand caractère… Dans ce moment-ci, il est très chagrin et surtout fort inquiet depuis que son fils a été assassiné. Il craint d’être sacrifié si ce gouvernement ombrageux lui soupçonne des idées de vengeance. Il se ferait volontiers chef de parti s’il en trouvait l’occasion. » D’après Jean Valette, la contradiction ne doit être qu’apparente et que c’est pendant le séjour de Verchère-Raffye à Toamasina que Rafety, venant d’Ambatoharana, revient au port où il se trouve effectivement, le 7 septembre.
Enfin, l’agent français Dayot, chargé de la curatelle à Toamasina et « officieux » agent du gouverneur de Bourbon, parle de la mort de Ratefy dans un rapport rédigé le 22 octobre 1828. D’après lui, c’est à Nosiarivo, à quelques kilomètres de la capitale, que sont arrêtés depuis octobre, Ratefy et Rabodosahondra. Cette dernière, à laquelle il est reproché d’avoir quitté son lieu « d’exil perpétuel », Vohiboazo, où Radama la fixe, y est renvoyée sous peine de mort en s’éloignant. « Elle existe en ce moment, mais dans un état pitoyable étant malade des fièvres. » Quant à Ratefy, on l’accuse d’avoir quitté son poste sans un ordre spécial de la Cour. Il cherche à se disculper, mais ses arguments ne lui évitent pas sa condamnation à périr par le feu.
Dayot conclut qu’après cette sentence, il est décidé de s’en remettre en définitive à une assemblée du peuple qui se tient le 8 octobre. Comme Lyall, Dayot indique qu’au cours de ce grand Kabary, il est accusé de tenter de se mettre en relation avec Ramanetaka et Ramananolona pour faire échec à Ranavalona Ire. Au cours de cette assemblée, le précédent verdict est confirmé. La reine se contente de commuer la peine de feu en exécution par la sagaie.

Pela Ravalitera

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