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Chronique

Le Tour de France

J’aime le Tour de France. Pour l’instant, cycliste et télévisuel. Avec le rêve de faire les routes de France, dans le sillage de la caravane, fort de la liberté nomade qu’offre un Kombi VW.

Ce que nous montre France Télévision depuis les années Hinault suffit à se faire une idée. La «certaine idée de la France» en images d’Épinal: le clocher de l’église, la boulangerie, la boucherie-charcuterie. Celui qui imagine et décide chaque année d’un parcours différent du Tour de France fait office, à la fois de Ministre de l’Aménagement, Ministre du Tourisme, Ministre des Relations Internationales. Sans oublier le Ministère de tutelle du «BNB», bonheur national brut.

Les images cartes postales plantent le décor. Aux cyclistes d’écrire le drame. Étapes marathons, longues échappées en solitaire, irrésistibles ascensions. Blessures d’amour-propre et vrais hématomes, sursaut d’orgueil ou défaillance physique. Quand certains moulinent souplement en danseuse, d’autres surplacent en catatonie dans une pente à 8%.

Un peu, beaucoup, d’humanité au-delà de la démesure des 34 victoires d’étape, que compte le quintuple vainqueur Eddy Merckx, longtemps inaccessibles depuis 1977, mais que talonne désormais Mark Cavendish. Les jours de gloire, il est blotti dans le sillage de ses coéquipiers qui le mettent idéalement en orbite, comme pour le sprint final à Valence. La veille encore, il était en pleurs, arrivé in extremis dans les délais avec une marge infime d’une minute et vingt secondes après cinq heures d’efforts. L’image du revenant de 36 ans, tracté par les mêmes coéquipiers, dévoués pour lui éviter l’exclusion, figurera parmi les nombreuses belles histoires de la 108ème édition.

Loin, très loin, dans les profondeurs du classement général, se traîne un ancien quadruple vainqueur, Christopher Froome. Naviguant dangereusement à quelques mètres devant la voiture-balai, on imagine difficilement le 166ème du général, relégué à une heure trente, intégrer un jour le club des cinq des quintuple vainqueurs: Bernard Hinault, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Miguel Indurain. Le nom de Lance Armstrong, sept fois consécutivement vainqueur entre 1999 et 2005, ayant été radié des tablettes pour cause de «dopage le plus sophistiqué de l’histoire du sport».

Ayons une pensée pour Primo Roglic, Maillot Jaune jusqu’à l’ultime contre-la-montre, mais dépossédé d’une victoire sur les Champs-Élysées pour une poignée de secondes. Deuxième du Tour 2020, et grand favori 2021, avant une chute à contusions multiples: largué, égaré, isolé. Avant l’abandon inéluctable, raisonnable.

D’autres histoires d’amour finissent mal. Après sa victoire d’étape, le Néerlandais Mathieu Van der Poel n’était plus que le petit-fils du Français Raymond Poulidor. Les médias français furent extatiques sur le fiston qui décrochait un Maillot Jaune que n’avait jamais pu endosser Papy. Mais, quand le Franco Néerlandais décidera d’abandonner, pour se ménager en vue des Jeux Olympiques, les mêmes superlatifs inversement proportionnels dénoncèrent un manque de respect envers l’épreuve la plus prestigieuse du calendrier cycliste.

À l’arrière du peloton, plus proches de l’abandon que du podium, les anonymes gagnent l’empathie des spectateurs, apprennent l’humilité de soi, et partagent la solidarité des modestes. On y découvre aussi des grimpeurs one-shot qui se réfugient dans le Grupetto pour récupérer entre deux holdups. Mais, ce sont plus habituellement les sprinteurs qui y font le dos rond en attendant de jours meilleurs. Et d’autres, tellement d’autres, équipiers anonymes mais indispensables à la tactique collective. Forçats des Alpes et galériens des Pyrénées.

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