A la une Chronique

Voyage – Que chercher à dix mille kilomètres ?

Le phare de Cap Sainte-Marie dans l’extrême Sud de la Grande île.

Pour valoriser Madagascar, comment par exemple faire l’impasse sur des cérémonies rituelles comme le Fitampoha? « La lune sera alors pleine et le soleil mourant rouge, comme pour ajouter une touche d’irréel au lancinant enchaînement de chants, de danses, de lutte traditionnelle… Lors du bain des reliques sacrées, moment fort de la cérémonie, il est interdit de traverser la rivière Tsiribihina… ». Et l’incroyable diversité du pays de l’Anosy ? « La découverte prend ici tout son sens avec la vallée du Mandrare, les immenses plantations de sisal, le lac Anony en symbiose avec la mer, l’incontournable Berenty où il est de bon ton de se faire voir des sifaka… ». Et le Cap Sainte Marie, à l’extrême Sud de l’île, que les anciens navigateurs avaient hâte de doubler ? « Au-delà de ces eaux balayées par le vent, plus une terre, plus une rive si ce n’est la banquise de l’Antarctique… »

L’espace nous manque de nous attarder sur les grands classiques comme l’Isalo ruiniforme, Nosy Be que l’officier anglais Robert Hunt avait baptisé Assada au XVIIe siècle, l’observation des oiseaux ou des baleines, l’art Zafimaniry dont la notoriété lui a valu d’être plagié à l’infini… Moins motivées par le spectaculaire sont les notions très actuelles de tourisme équitable ou de tourisme durable, mais toutes répondent à une quête d’autres réalités que les siennes propres par le voyageur. Il est à Madagascar, et nulle part ailleurs.

Il n’y a néanmoins pas de vérité immuable dans un univers aussi mouvant que le tourisme international. À preuve, le géant malaisien de l’hôtellerie haut de gamme Berhad a eu l’idée à première vue loufoque de construire en pleine forêt tropicale, près de Kuala Lumpur, un grand complexe sur le modèle de la ville alsacienne de Colmar. Le but avoué était de trouver un lien sortant de l’ordinaire entre deux civilisations, occidentale et orientale. C’est ainsi que Colmar, et son architecture du XVIe siècle a été choisie comme ville à « cloner ». Le projet a été confié à l’architecte français Jean Casssou, un habitué de la Malaisie. Les huit plus belles maisons de la ville alsacienne ont été sélectionnées, et reproduites exactement à l’identique, à quarante minutes en voiture de Kuala Lumpur. Colmar Tropicale était née…

Une atmosphère hybrique

L’ensemble s’étend sur une trentaine d’hectares où sont répartis les divers bâtiments d’une capacité totale de deux cent soixante chambres. Ils portent tous le nom d’une fleur en hommage au pays-hôte : azalée, dalhia,fuchsia, camélia… Le tout baigne dans une atmosphère hybride à la fois française et orientale, à commencer par la décoration comprenant des armures, des tableaux, des horloges à coucou… Les grandes baies vitrées donnent sur la forêt, au point que parfois toute notion de géographie se perd, et qu’il n’est pas aisé de faire la part du rêve et de la réalité de l’instant présent. Les restaurants et autres snacks et salons de thé rappellent eux aussi la lointaine Europe avec leurs appellations allant de La Cigogne au Blason Coffee House. Il ne manque pas une zone de magasins avec son comptoir de vin. Quant aux amateurs de spectacles, ils ont à disposition la Place Colmar où sont programmés pièces de théâtre et concerts avec des artistes venus du monde entier. L’Alsace n’exerce néanmoins pas une emprise exclusive, puisque le complexe possède aussi un superbe jardin japonais. Méticuleusement entretenu, il a en son milieu une Maison du thé où il est possible de participer au rituel dédié à ce breuvage mythique. Quant aux déplacements des clients, ils se font en fiacre très vieille Europe.

Il est enfin inutile de préciser que le 14 juillet est fêté traditionnellement au Colmar Tropicale par la communauté française de Malaisie au son de l’accordéon…