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Editorial

Vendredi honni

L’Avenue de l’indépendance est déserte à l’heure du couvre-feu. Pas un chat ni une chatte à l’horizon. La vie est dure pour les vendeuses de charme dont la boutique ferme à l’heure dite. Le vendredi joli en vigueur depuis plusieurs décennies est désespérément morne. Au moins cela va encore durer une semaine mais à l’allure où ce killer de Covid-19 massacre les gens à la tronçonneuse, on peut gager qu’on est de nouveau parti pour un 15×15.

Mais il n’y a pas que les fetards qui en bavent. Tout le monde doit rentrer mais à la maison la télé et le foot sont les seules distractions possibles. Les parties de belote, de rami, de poker, de domino ou de loto sont déconseillées. D’ailleurs il est fortement recommandé de ne pas se rendre visite pour limiter les risques. C’est vraiment le monde à l’envers. Jadis, on rend visite à ceux qu’on aime, naguère on se garde de rendre visite à ceux qui sont chers.

La pandémie chamboule ainsi les habitudes, dérange les programmes, bafoue les traditions, perturbe les valeurs.

Les bars et les karaoke ont perdu leurs clients pour un bon bout de temps. Ce qui explique le mauvais classement de Madagascar dans la consommation d’alcool ces derniers temps. On a perdu de précieuses places tout comme les Barea. Et cela a une conséquence sur l’économie car il ne faut pas oublier que les buveurs d’alcool sont les meilleurs contribuables du pays. Pour chaque centilitre de bière ou de rhum bu, ils versent l’équivalent d’un litre de soda à l’État. Et cela cause également un désastre au niveau des entreprises productrices de rhum ou de bière. La Star a dû fermer ses usines pour surproduction alors que Dzama a dû dégraisser son personnel. Voyez, le pays a besoin de ses buveurs et les bars n’ont pas tout à fait tort de réclamer une réouverture.

Les enterrements se font dare dare sans aucune formalité, sans pleurs ni couronnes des fois sans linceuls avec un sac mortuaire comme seul accoutrement. À se demander si les morts de Covid-19 pourront un jour revenir à la vie sans essuyer un cinglant rejet des gens normaux. On se fera tout de suite remarquer avec la « tenue ».

Mais il fallait faire un choix. Préserver la santé et la vie en prenant toutes ces mesures restrictives et privilégier l’économie en laissant faire et laisser aller. On voit que quelles que soient les mesures prises, il y a toujours des côtés auxquels on n’y a pas pensé. Le trou de mémoire est une séquelle de la Covid-19.

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