Editorial

Vieux démon

Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. L’émeute de Maroantsetra aura été la goutte qui aura fait déborder le vase. On ne peut commettre des exactions à l’infini sans être puni d’une manière ou d’une autre. La police semble avoir oublié son histoire pour renouer avec un vieux démon. Cible de la colère de la foule durant les événements de 1972 où les Forces républicaines de sécurité avaient tiré sur les manifestants et régulièrement objet de la vindicte populaire par la suite pour ne rappeler que l’incendie dont a été victime le commissariat central de Tsaralalana à plusieurs reprises durant l’époque révolutionnaire, la police a mis du temps pour retrouver sa crédibilité auprès de l’opinion publique. Retrouvant une certaine vigueur à défaut d’une rigueur, la police figure parmi le corps le plus corrompu selon le dernier rapport publié par l’enquête Afrobarometre. Le concours d’entrée à l’école de la police est réputé être le chantre d’une corruption systématique.

Les exactions de la police sont légion pour ne citer que le meurtre en pleine audience du juge Rehavana à Toliara en novembre 2010, l’incendie de tout un village à Antsakabary en 2017, l’arrestation d’un policier venant de participer à un cambriolage à Andoharanofotsy il y a un mois, les exécutions sommaires de soi-disant bandits . Des affaires dans lesquelles le corps de la police s’est empressé de défendre bec et ongles ses éléments au lieu de faire profil bas et reconnaître les faits à l’image de ce que fait la gendarmerie. C’est bien de déclarer que la police n’accepte pas d’être un repaire des malfaiteurs, c’est mieux de le traduire par des mesures pénales et non seulement disciplinaires.

On ne peut qu’être indigné de voir un haut dignitaire de la police tenir une conférence de presse pour oser disculper un des siens arrêté par la gendarmerie pour cambriolage alors qu’il a laissé tomber son fusil sur le champ de bataille.

Le vent du changement doit aussi et surtout concerner le corps de la police. Si le pouvoir compte vraiment mettre un terme à l’insécurité, il doit faire un sérieux coup de lifting au sein de la police. Il ne suffit pas de relever les fautifs de leurs postes et de les affecter ailleurs où ils continueront leurs méfaits, il faut carrément les radier. La police ne mérite pas d’abriter d’aussi sinistres personnages. La gendarmerie entame son assainissement sans aucun état d’âme et sans considération de grade ou de fonction. Le tarif et le même pour tout le monde et on paie cash. Certains croupissent à Tsiafahy comme tout autre criminel.

On ne peut continuer dans cette pratique et se faire accepter par la population. C’est d’autant plus vrai que les gens ont appris depuis le coup d’Etat de 2009, que rien ne peut résister à un mouvement populaire. C’est le contre-coup de la prise de pouvoir par la rue. Aujourd’hui il est difficile de persuader la population d’accepter l’ordre établi au point de refuser de faire vacciner ses enfants. C’est dire à quel point on est tombé très bas. Autant ils n’ont plus peur des virus, autant la police ne les fait plus reculer.

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