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Diana – La mangrove ou l’or vert de la région

Il est Interdit de pénétrer dans cette zone de reboisement des mangroves.

Les mangroves de la Baie d’Ambaro, dans le district d’Ambilobe, sont officiellement le 21e site Ramsar de Madagascar après un long processus porté par l’État et appuyé par le World Wild Found (WWF). Elles font partie des deux milliers de sites mondiaux répartis dans les cent soixante-et-onze pays membres.

La baie est localisée au sud du Parc national d’Ankarana et longe la zone littorale couverte d’une vaste superficie de mangroves qui s’étendent sur toute la côte et sont parmi les plus préservées et les plus abondantes de la Grande ile. Abritant une faune et une flore uniques, elle fait partie du Canal de Mozambique, entre l’île Nosy Faly (Ambanja) et Bobasakoa (AntsirananaII), en passant par le Port Saint-Louis (ex-Sirama d’Ambilobe). Une partie de la Baie se trouve dans la Basse-Mahavavy, un bassin hydrographique alimenté par le fleuve Mahavavy. Cette zone fait partie du paysage « Northern Mozambic Chanel », un paysage prioritaire pour les zones d’intervention de WWF Madagascar.

Inscrites comme zones humides d’importance internationale par la convention de Ramsar, ces mangroves couvrent quelque 54 000 hectares des côtes Nord-ouest de Madagascar. Elles jouent un rôle essentiel dans le quotidien des populations environnantes, de la ville d’Ambilobe à l’île de Nosy Be en passant par tous les villages riverain. Ainsi, les mangroves, connues localement par l’appellation «Ala Hônko » et formées en grande partie de palétuviers, fournissent des produits halieutiques et du bois tout en soutenant l’agriculture et l’approvisionnement en eau.

Cette reconnaissance mondiale est importante car la baie d’Ambaro abrite de nombreuses espèces d’animaux et de végétaux menacés. Sur les cent espèces d’oiseaux qui y vivent, quarante-quatre vivent uniquement dans les zones humides et y sont endémiques. Certaines de ces espèces iconiques sont malheureusement en danger d’extinction. Entre autres, le Pygarque de Madagascar ou l’Aigle pêcheur de Madagascar connu par son nom scientifique «Haliaeetus vociferoïdes» ; ou le Microcèbe de la Sambirano (Microcebus sambiranensis)…

«L’inscription des mangroves de la Baie d’Ambaro parmi les sites Ramsar, notamment d’importance internationale, nous permet de les protéger davantage et de rehausser leur valeur car elles sont un capital nature à préserver pour Madagascar », affirme Mihary Raparivo, directeur région al du WWF d ans l a région Diana, lors de l’officialisation du site qui a coïncidé avec la célébration de la Journée mondiale des zones humides à Ambilobe. Un certificat a été remis au chef du district d’Ambilobe, Ravaka Andriamanana, pour attester que le site Mangroves de la Baie d’Ambaro a été désigné zone humide d’importance internationale.

Toutefois, la vie des mangroves est actuellement dévalorisée et subit différentes formes de menaces répétitives. Elles subissent chaque année des destructions, la surpêche des crabes, crevettes et poissons, le charbonnage sauvage, le défrichement et les coupes illicites… Et surtout le trafic des bois qui devient une menace dominante pesant surtout sur Nosy Be.

En matière de pêche, la Baie d’Ambaro est riche en ressources halieutiques de qualité et en quantité, pour ne parler que des crabes et crevettes ainsi que du fameux Mahaloky… Mais ces ressources sont également exposées à des risques majeurs et menacées de l’épuisement de ses ressources dû à plusieurs facteurs  : non- respect et faible application des textes réglementant la pêche, utilisation de matériels de pêche destructifs. Et surtout la difficulté à maitriser la migration interne est l’un des facteurs d’épuisement des ressources naturelles, marines ou côtières.

L’équipe du WWF en tournée dans les mangroves.

La balance à crabe, un savoir-faire local

Dans le village d’Antsatrana de la commune rurale Beramanja Ambilobe, de nombreux pêcheurs se sont tous convertis, depuis 2017 à l’utilisation d’un matériel de pêche amélioré fabriqué par le savoir-faire local. Il s’agit d’une simple invention d’Anicet Rabesoa, qui fait partie des cent trente-et-un pêcheurs du village. Constituée de deux cerceaux, cet outil de pêche circulaire, ayant la forme d’une balance et fait avec des mailles de 12 cm, permet aux pêcheurs de ne capturer que les crabes de plus de 11 cm. Les pêcheurs locaux l’ont surnommé dans leur dialecte par double « Garigary » qui permet potentiellement de doubler les captures tout en réduisant l’effort physique de la pêche. Elle permet également d’augmenter les rendements de la pêche avec des spécimens de gros calibre.

Cette initiative est appuyée par WWF, avec le soutien du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du développement (BMZ).Pour partager cette bonne pratique aux autres pêcheurs, l’inventeur a organisé une série de formations sur la fabrication et l’utilisation du « double garigary » dans les villages environnants. Une centaine de pêcheurs issus de quatre villages ont bénéficié de son expertise. Bref, ils ont la volonté d’augmenter la quantité de leur pêche.

«Auparavant, nous avions utilisé une méthode similaire à la pêche à la ligne et la simple ‘garigary’, mais le rendement était faible. Maintenant, avec cette double balance à crabes, nous pouvons pêcher jusqu’à 60kg de crabes dans une moyenne de cinq à six heures de pêche. C’est donc un outil de pêche durable qui assure un rendement très intéressant pour notre communauté », explique Jean Christian, premier secrétaire du KMD ou « Komity Mpampihatra ny Dina ». D’après lui, les captures sont envoyées à des opérateurs chinois d’Ambanja qui les achètent à 7 000 ariary le kilo. Sinon des mareyeurs viennent sur place pour les acquérir à 4 000 ariary le kilo. Un prix qui ne satisfait pas tout à fait les pêcheurs.

Quoi qu’il en soit, les membres de la communauté s’organisent pour combler leurs besoins quotidiens, surtout en période de fermeture de pêche. Ils adhèrent à une structure appelée Groupe d’épargne communautaire (GEC) auprès de laquelle ils peuvent emprunter de l’argent remboursable dans trois mois. Les membres paient une cotisation de 5 000 à 10 000 ariary par mois et les sommes collectées renforcent la caisse sociale de la coopérative. Grâce à la hausse de la production, les revenus des VOI ont augmenté et leur niveau de vie s’est amélioré : on constate que de nouvelles maisons sont construites et la technologie arrive dans le village à travers le canal satellite et les panneaux solaires.

Gestion communautaire

Depuis 2014, ces communautés locales avec l’appui de l’antenne de WWF dans la Baie d’Ambaro et de son bureau régional de Diana, œuvrent pour promouvoir la gestion durable e t la conservation de cet écosystème important. À cet effet, outre son engagement dans les démarches relatives à l’inscription de la Baie d’Ambaro dans la convention de Ramsar, le WWF soutient financièrement et techniquement l’utilisation et la gestion rationnelle, durable de ces zones humides à travers différentes activités de conservation. Pour ce faire, son équipe travaille avec les communautés de base ou Vondron’olona ifotony (VOI), chargées de la gestion durable du site. Principaux acteurs impliqués dans le processus de désignation, et même après cette reconnaissance mondiale, elles seront aussi chargées d’assurer la gestion durable des ressources des mangroves de la Baie d’Ambaro.

La VOI est une association constituée par les membres volontaires d’une communauté qui vit autour d’un espace qui renferme des richesses naturelles. C’est par un contrat de Transfert de gestion des ressources naturelles (TGRN) de l’administration de la forêt et de la pêche que la communauté devient gestionnaire d’un site respectif. Ce contrat est régi par la loi Gelose (Gestion locale sécurisée) de septembre 1996. En retour, la nature donne l’opportunité aux membres de la communauté d’apprendre et de construire des projets pour le développement local. Aujourd’hui, certaines communautés de la Baie d’Ambaro ont déjà établi des visions, des textes et des lois sur la gestion durable de ressources naturelles et les mangroves en particulier.

Actuellement, la détermination du WWF à gérer durablement ces 54 000 hectares de richesses pour le bénéfice commun des populations ainsi que des espèces animales et végétales qui y vivent, a porté ses fruits et les succès de conservation des communautés gestionnaires des ressources naturelles, dont les mangroves, sont mises en valeur.

Polisinala, des Rangers forestiers

L’application du « Dina » (convention ou pacte social) mis à part, les communautés locales de base ont engagé des rangers forestiers dénommés « Polisinala » pour effectuer des patrouilles dans les forêts de palétuviers quatre heures par jour. Il s’agit de volontaires issus du village et ils se sont engagés pour protéger les mangroves et les espèces animales et végétales qui les ont choisies pour habitat. Ils travaillent étroitement avec le Vondron’Olona Ifotony ou le Komity Mpampihatra ny Dina. L’effectif dépend de chaque village, mais en général, ils sont au nombre de huit personnes divisées en deux groupes dont une femme. Hollande Fringa, 28 ans, s’est lancée le défi d’apporter sa contribution dans la gestion des ressources naturelles en se portant volontaire pour être la «femme ranger» de son village. Aujourd’hui, avec l’appui du WWF, la contribution des femmes dans la gestion commu­nautaire des ressources naturelles a prouvé encore une fois l’importance de la participation de tous les acteurs dans la gestion communautaire des ressources naturelles.

« Je suis convaincue de l’importance des mangroves. Aujourd’hui, les produits de mer sont rares à cause du défrichement des mangroves, il faut aller plus loin au large pour pêcher. C’est pour cette raison que je me suis lancée le défi de contribuer à la protection et de mobiliser ma communauté », affirme-t-elle.

Ainsi, les polisinala sont formés et appuyés financièrement par le WWF. Ils reçoivent une indemnité journalière. Certes, ils ne peuvent pas tenir le rôle du gendarme, mais ils travaillent tous pour protéger le monde naturel. La conser­vation ne pourrait se faire sans eux. Lamina Anicet d’Antsatrana explique qu’à chaque fin de soirée, les agents forestiers mesurent la taille et le poids des captures des pêcheurs. Ils informent également le comité local de base une fois qu’ils constatent des irrégularités ou des infractions. C’est ce dernier qui prend la décision finale. « Quand on appréhende des pêcheurs illégaux dans les mangroves, nous les conduisant au village pour répondre de leurs actes selon le ‘dina’  », précise Maka Solo Angelot.

À Angodorofo, village voisin d’Antsatrana, des pêcheurs, conscients de l’impact néfaste de la destruction des mangroves, ont fabriqué trois embarca­tions, de leur propre initiative, pour leur permettre d’effectuer des patrouilles à l’intérieur de leurs périmètres de pêche. Auparavant, ils patrouillaient à pied et n’avaient pu attraper quiconque, car les destructeurs et les voleurs utilisent de petites barques. D’où leur récente initiative, car leur rôle consiste à gérer durable­ment les richesses de la zone puisqu’ actuellement, les produits halieutiques se raréfient.

Dans le village de pêcheurs d’Ankazomborona situé à 10 km d’Ambilobe, les rangers forestiers sont équipés de GPS. Cela leur permet de localiser plus facilement les défricheurs. Aujourd’hui, les efforts déployés ont porté leurs fruits avec la réduction des surfaces défrichées depuis l’année dernière. « Maintenant, les villageois nous respectent, ils n’osent plus couper illicitement les palétuviers. En cas de besoin, surtout pour appliquer le droit d’usage, ils doivent suivre les procédures recommandées par la communauté », affirme Solo Avenace, agent polisinala d’Ankazomborona.

Outre ces activités de patrouille, les VOI participent aussi à la reforestation de leur forêt des mangroves, suivant les normes. Les villageois ont déjà commencé en 2012 mais comme ils n’avaient pas encore eu le transfert de gestion, ils avaient connu des difficultés. Depuis 2014, les résultats sont palpables lorsque le WWF a apporté son appui. En fait, la sensibilisation et la mobilisation des communautés à prendre en main la protection de la biodiversité contribuent davan tage à les impliquer dans le développement de leur localité. Au total, trente hectares de surface ont été reboisés.

Des activités génératrices de revenus

Beaucoup pensent que les ressources halieutiques ne tarissent jamais, or les impacts négatifs sont là. Il faut donc limiter la pêche en créant d’autres activités alternatives pour que les pêcheurs puissent avoir sources revenus. C’est la raison pour laquelle, le WWF développe, depuis 2017, des sources de revenus alternatives durables pour les communautés. Ces activités génératrices de revenus, à l’exemple de l’apiculture, de l’élevage (caprin ou aviaire gasy), ont pour objectif d’améliorer les conditions de vie des familles et faire baisser les pressions sur les ressources naturelles. Ces activités ont permis à des ménages d’engranger des revenus supplémentaires.

L’apiculture est la filière la plus appréciée car il s’agit d’un emploi durable pour la préservation des mangroves. La pratique de l’apiculture a contribué à la réduction des pressions sur les mangroves dans la zone, car grâce à ces forêts littorales, les habitants ont maintenant une source de revenus supplémentaires et ils sont déterminés à la préserver.

Dans le village de Bekona, commune rurale Beramanja, vit Betinainy, un père de famille de 50 ans et père de treize enfants. Sa famille vit à l’orée des mangroves, dans la baie d’Ambaro. Comme les dix-neuf personnes formées e t appuyées par le ministère fédéral de la Coopération économique allemande depuis 2017, il a aussi bénéficié de formations continues en apiculture. Pour lui, l’apiculture est un travail simple, qui ne nécessite pas de grandes dépenses, ni beaucoup de temps. D’ailleurs, les encadrements techniques qu’il a reçus, son esprit innovateur ainsi que sa motivation lui ont permis d’élargir à grande vitesse sa production.

C’est pourquoi il a transmis ses acquis à ses enfants. Aujourd’hui, son fils Julio possède déjà huit ruches et commence à vendre son miel à 15 000 ariary le litre, comme son père qui s’est déplacé à Sambava pour le vendre le sien. Selon les explications, une ruche peut produire jusqu’à 15 litres. « L’apiculture est un vrai métier, une activité passionnante. Ainsi, elle est un emploi durable, un métier qui contribue à la protection des mangroves », affirme Julio, tout en avouant que les feux de brousse ont connu une baisse considérable depuis la mise en place du système de protection villageois.

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