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Dossier – La responsabilité sociétale de l’entreprise au cœur des défis du développement durable

Lucy Ramanoara, enseignante à l’ISCAM. 

Les statistiques sur l’empreinte écologique nous disent que d’ici 2050, il nous faut 2,5 fois la planète Terre pour pouvoir vivre à notre rythme actuel. En effet, chaque jour, on compte 244 000 nouvelles personnes de plus dans le monde, soit à peu près 2,7 par seconde. En attendant les résultats du dernier recensement à Madagascar, ces chiffrent nous rappellent les grands enjeux de la croissance démographique dans le monde. De même pour le changement climatique avec 710 catastrophes climatiques ou géologiques extrêmes qui ont été enregistrées en 2017, quasiment deux par jour, soit nettement plus que la moyenne de 605 événements climatiques enregistrés depuis 2007, et qui se manifestent chez nous. Citons par exemple, l’intensification de la force des phénomènes cycloniques, devenue l’un des plus grands défis du développement. Et enfin, et pas le moindre, les statistiques sur l’épuisement des ressources naturelles qui nous interpellent que, d’ici la fin du XXIème siècle, on peut s’attendre à la fin du pétrole, du gaz, de l’or, du sable, … 1 Ces trois grands défis – la croissance démographique, le changement climatique et l’épuisement des ressources naturelles – nous font poser des questions sur l’héritage que nous laissons à la génération future et nous ramènent au concept de développement durable et à sa déclinaison au niveau des entreprises : la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE).

Développement durable dites-vous ?
Lorsque nous parlons de Développement Durable (DD), nous avons tous en tête l’environnement, l’écologie et la préservation des ressources. Toutefois, le DD est bien plus vaste que cela. Face au capitalisme qui a montré ses limites, nous parlons plus d’Économie Sociale et Solidaire, où l’aspect humain et le bien-être sont les axes majeurs du DD. Aussi, les besoins de durabilité et de pérennité sont-ils les soucis au quotidien, appelant à une démarche citoyenne et à des projets économiques viables et solidaires.
Le DD sous-entend l’implication de trois parties prenantes clés : l’État en tant qu’organe de régulation, la société comme acteur responsable de son développement, et les entreprises en tant qu’unité productrice et principale utilisatrice des ressources.
Ainsi en septembre 2015, après plus de deux ans de réflexion, les États membres des Nations unies se sont rassemblés dans l’Agenda 2030 afin de mettre en place les Objectifs de Développement Durable (ODD), en remplacement des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

ODD : Positionnement de Madagascar
Selon les critères en termes d’indice ODD, Madagascar se situe à la 140ème sur 149 pays 2 . Face aux enjeux du Développement Durable, Madagascar a intégré dans sa politique de développement les ODD et a défini ses priorisations dans son Rapport National de Priorisation des Objectifs du Développement Durable (2018). Les priorisations de Madagascar sont notamment liées à la lutte contre la pauvreté et la politique pour avoir des emplois décents et pour une meilleure croissance économique.
Cependant, force est de constater que pour la réalisation de ces objectifs, les parties prenantes directes font face chacune à de grands défis, notamment, l’État, la société mais aussi les entreprises tous secteurs confondus qui impactent sur l’économie du pays et son développement.

Enjeux du DD et de la RSE
Prenant compte de ce nouveau regard, du besoin et des attentes, de nouvelles approches et de nouveaux modes de vie commencent à s’instaurer. Nous pouvons constater que notre mode de communication et de sensibilisation a évolué. Cela appelle à la recherche de nouvelles approches et démarches. Notre environnement et la société sont en pleine mutation. De ce fait, afin de pouvoir mieux appréhender le futur et le marché potentiel dédié à cette nouvelle génération, les entreprises ont à évoluer et à développer.
La RSE est un des axes majeurs qui permettent à ces dernières d’agir pour le développement durable. L’implication des entreprises dans la RSE se traduit par la mise en place d’une politique RSE et par sa mise en œuvre.
Cependant, la perception de la RSE et du DD diffère d’une entreprise à une autre. Si auparavant, ce domaine était exclusivement dédié à l’environnement, la compréhension de son rôle et de ses enjeux commence à changer.
En tenant compte des parties prenantes et de l’environnement actuel, les enjeux liés au DD sont des enjeux sociaux, environnementaux et numériques.
– Enjeux sociaux : l’entrepreneuriat social ayant un impact sur une communauté et la société est en plein développement. Les activités ayant un impact social sont privilégiées par les entreprises, bien que cela tend à être mieux développé et orienté

– Enjeux environnementaux : Madagascar étant une île avec des ressources spécifiques et endémiques, il est utile de pouvoir optimiser les ressources. Le DD a toute sa place pour pouvoir développer l’économie verte et l’économie bleue. Les problématiques énergétiques actuelles poussent les consommateurs à réfléchir à l’utilisation d’énergies renouvelables.

– Enjeux numériques : l’évolution des nouvelles technologies et leur utilisation par la nouvelle génération appellent à de nouvelles compétences numériques et une meilleure utilisation du numérique pour un développement durable. La politique du zéro papier fait partie des défis des entreprises qui ressentent aussi le besoin d’investir plus dans le numérique.

Secteurs et types d’entreprises s’intéressant à la RSE
Suite à un entretien avec la fondatrice du Salon RSE à Madagascar et se référant à l’Enquête sur la RSE dans le pays 3, il a été vu que, par rapport aux enjeux de la RSE, les secteurs et entreprises les plus concernés sont :
– Les secteurs miniers, énergétiques et ayant un impact sur l’environnement ;
– Les entreprises et industries souhaitant se développer à l’international, face aux exigences des clients et des consommateurs (notamment les industries agroalimentaires et textiles) ;
– Les entreprises filiales de grands groupes à Madagascar et intégrant la politique de l’entreprise mère ou celle du groupe ;
– Les régions où les entreprises font face aux problématiques environnementales et sociocommunautaires

Il est à noter que 83% des 108 entreprises enquêtées pratiquent la RSE. Ces pratiques concernent notamment les activités faites en faveur de la communauté par le biais de l’appui à l’éducation ou aux personnes vulnérables.
La RSE est une nouvelle démarche qu’essayent d’intégrer les entreprises au sein de leur organisation. Les principaux facteurs de motivation cités qui poussent les entreprises à mener les activités RSE sont l’amélioration de l’image de l’entreprise, la mise en place d’une politique RSE et de politique de gouvernance 4.

Des démarches de mutualisation des efforts
Face aux défis actuels, des rencontres régulières s’organisent à travers le monde. Dernièrement, une Rencontre Internationale du Développement Durable (RIDD 2018), organisée par le Club Export La Réunion, s’est déroulée dans cette île en novembre 2018. Cette rencontre a vu la participation d’une quinzaine de pays, dont Madagascar. Durant cette RIDD, les représentants des divers pays ont pu présenter les défis liés au DD, allant dans l’implémentation d’une ville responsable (Smart City), où l’aménagement de la ville prend en compte l’utilisation d’énergies renouvelables et de nouvelles technologies, à la problématique de la gestion des déchets au niveau des pays de l’océan Indien. Ces problématiques et nouveaux défis sont des pistes de réflexion où l’on attend des propositions et demandent de nouvelles compétences.
Afin d’impliquer les jeunes à ces enjeux, un concours de jeunes entrepreneurs sur le thème du DD a été organisé. Il a vu la participation de jeunes Malgaches. Le meilleur projet innovant a d’ailleurs été récompensé et le gagnant s’est vu primé d’un accompagnement et coaching pour la mise en œuvre de son projet.
En bref, pour une meilleure pratique de la RSE et du DD, il est primordial que toutes les parties prenantes adhèrent à la démarche. Plus précisément, sans implication et engagement mutuel, les efforts seraient vains et se traduiraient par une mauvaise coordination des actions menées. La démarche de la RSE est tout d’abord une démarche responsable et qui pousse tout à chacun à revoir son approche par rapport à l’utilisation des ressources. Cette démarche responsable en termes d’achat, d’investissement, d’innovation ou même de consommation, permettrait d’utiliser les talents, de bien orienter les intérêts de chacun et de gérer de manière optimale les ressources existantes. Cela fait appel à de nouvelles compétences et profils dans différents métiers relatifs à différents secteurs d’activité. La bonne pratique du DD devrait amener les entreprises et le pays à une bonne gouvernance et à une conduite responsable où l’éthique joue un rôle important.

1 Statistiques issues du site www.planetoscope.com
2 Rapport National de Priorisation des Objectifs du Développement Durable, PNUD, 2018
3 Rapport RSE à Madagascar, UNICEF, 2011
4 Rapport National de Priorisation des Objectifs du Développement Durable, PNUD, 2018

Cahier du management
par ISCAM en collaboration avec l’Express de Madagascar

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