Editorial

Eaumicide

Suicide involontaire. Les difficultés de la capitale à se débarrasser des eaux de pluie ont commencé, il y a quarante ans. À chaque orage, Ampefiloha était déjà un fleuve dans les années 80. Les habitants de la cité située derrière l’hôtel Carlton avaient toutes les peines du monde pour pouvoir accéder à leurs foyers. Le problème a empiré d’une année à l’autre puisqu’on l’avait minimisé. On manquait de vision, on n’avait pas le sens de l’anticipation.

L’augmentation de la population conjuguée aux remblais a aggravé la situation. L’exode rural a fait qu’aujourd’hui la capitale s’est campagnardisée. Aujourd’hui, Antananarivo est peuplée à 80 % d’anciens campagnards alors que les vrais citadins ont choisi de construire leurs pénates dans les banlieues et les périphéries où l’air est encore pur et vivifiant, le calme n’est pas un luxe, les saletés une espèce rare.

Ainsi, la capitale est confrontée à un crucial problème de civisme et de respect des normes et des règles régissant une grande ville pour ne parler que de l’utilisation des bacs à ordures.

C’est d’autant plus compliqué que la population manque de plus en plus d’éducation, comme en témoigne la baisse du taux de réussite aux examens. Elle est imperméable à toute sensibilisation sur l’hygiène et la propreté, deux notions qui ne signifient pas grand-chose quand on a quitté l’école très tôt ou quand on n’a jamais été assis sur un banc. Les choses se compliquent quand il faut attendre un déluge pour voir à quoi ressemble l’eau depuis que les robinets sont asséchés et que la population fait sa lessive dans le canal Andriantany. Le futur maire d’Antananarivo aura ainsi du pain sur la planche pour redresser la situation. La gangrène est telle qu’il ne suffit plus de mettre un placebo mais de procéder à la manière forte, si on veut redresser la capitale. Il est impossible d’instaurer un dialogue quand on ne parle pas le même langage. Dans ce cas, la seule manière de restaurer l’ordre, la discipline, l’autorité est d’imposer une ligne de conduite.

Le drame est que la population semble se complaire dans ce capharnaüm. Elle est réfractaire à toute réforme, à tout assainissement, à toute discipline. Toute décision prise pour remettre de l’ordre se heurte à une manifestation de contestation. Une interdiction de jeter les ordures dans les caniveaux et égouts pourrait souffler le maire de son siège quand des politiciens trouvent que c’est anti-constitutionnel. On en est arrivé à ce stade où l’ineptie la dispute à la bêtise. Mais tout le monde s’étonne de l’atrocité de l’eaumicide dont tout le monde est l’auteur. Les uns par inconscience et ignorance, les autres par démission et manque d’engagement.

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