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Editorial

Étiage avant remblais

Dès 1999, avec l’ancien Premier Ministre Pascal Rakotomavo, on reliait tranquillement Ambohitsimeloka à Antsofinondry : via Fiakarana dans le Marovatana, le «bout de piste» derrière l’aéroport d’Ivato, le regretté INPF (Institut National de Promotion et Formation), la digue du lac d’Ivato vers Ambodifasina, et cette piste qui reliait déjà le Laniera à la RN3 en passant au pied du village de Namehana.

À l’époque, la digue d’entre deux-eaux cheminait dans un paysage bucolique de carte postale. Vingt ans plus tard, il serait curieux que les autorités venues inaugurer ces cinq kilomètres, désormais pavés, entre Laniera et Antsofinondry, n’aient pas remarqué la sécheresse toute sahélienne des lieux : le lit à sec des rivières laisse à nu une terre qui se craquelle en deux autres voies qu’on dirait également pavées. En cette saison de COP26, la Ministre de l’Environnement aurait sans doute eu l’oeil qu’avait ailleurs son homologue des Travaux Publics.

Des canards qui s’y ébattaient joyeusement, on n’en aperçoit les derniers survivants que dans le dernier kilomètre avant Laniera : dans une pauvre mare boueuse où les palmipèdes inconscients de la catastrophe imminente devaient avoir pied.

On appelle développement toutes ces rocades qui coupent en deux les eaux, autrefois d’un immense lac qui avait permis à la fille d’Andriamasinavalona de voguer sur un radeau depuis Alasora jusqu’à Anosimanjaka. Au lieu dit justement d’Andranotapahina (le lac-amputé), d’immenses travaux en cours déversent des tonnes de roches et de terres dans les eaux au pied de la colline d’Ambohidratrimo pour sans doute aménager une autre voie automobile : les vieilles propriétés pied-dans-l’eau vont se retrouver avec la pollution de la circulation et les constructions parasites qui ne manqueront pas de coloniser ces anciennes berges.

L’autoroute de la Francophonie, dans le Laniera, dessert déjà des milliers de titres fonciers qui attendent d’être valorisés en lotissements sur remblais. Plus loin, vers l’Ouest, passé le lamentable spectacle de ces engins à l’oeuvre pour étouffer un autre lac (après au moins celui de Dorodosy au pied d’Imerimanjaka), un beau tapis vert de rizières s’étend encore entre Ambohidratrimo et Andriantany. Ultimes lambeaux en sursis d’une saga rizicole qui fut tout autant d’exploit d’ingénierie hydraulique : un soi-disant «développement» réécrit désormais autrement l’Histoire de ce qui avait pu être le Betsimitatatra et son Imerina.

Le grand public casanier ne saura pas s’orienter dans cette géographie de mémoire : Imerimanjaka, Alasora, Antsofinondry, Namehana, Ambodifasina, Laniera, Andranotapahina, Ambohidratrimo, Andriantany, Anosimanjaka. Contrairement à ceux qui, dès les premiers projets de rocades et bypass envisagés, avaient préempté chaque hectare limitrophe, nécessairement contigu, «en bord de route principale», quand le tracé pouvait opportunément épouser les moindres desiderata. Mais, c’était déjà bien longtemps avant 1999.

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