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Jean Luc Dama – « Le marché du girofle mérite une régulation particulière »

Jean Luc Dama président du CEGM s’inquiète.

La campagne de girofle bat son plein sur la côte-Est. Mais Jean Luc Dama, président du Groupement des exportateurs de girofle et autres épices de Madagascar, GEGM, exprime des appréhensions compréhensibles.

Où est en est-on avec la campagne du girofle?

Elle est ouverte depuis le 29 septembre pour les régions Atsimo Atsinanana, Vatovavy, et Fitovinany. Le 5 octobre pour Analanjirofo qui assure la grande majorité de la production nationale, acheminée au port de Toamasina pour être envoyée à l’étranger.

Les relations, disons tumultueuses, du GEGM avec l’État?

Depuis notre création par l’arrêté 30423/2014, le GEGM qui rassemble 98% de ceux qui font des exportations, nous avons eu une collaboration étroite avec l’État. Nous étions consultés pour l’élaboration de la listé des sociétés autorisées à exporter. Mais ces dernières années, cette franche collaboration a été quelque peu mise entre parenthèses ou mise en sourdine. Il s’agit d’un rôle régalien de l’État. Il lui appartient d’en décider. Alors que le GEGM pouvait donner son avis et ses appréciations sur la crédibilité douteuse de certains acteurs dits principaux. Nous avons mis aussi à la disposition des autorités compétentes une grille de contrôle qui s’est faite sur le terrain pour chaque société agréée. Qu’en est-il du bâtiment, des infrastructures existantes, de l’hygiène et des conditions de sécurité au travail? C’est à partir de ces inspections que les projections du tonnage à exporter se calculent. Je dirais alors que cette filière mérite une régulation particulière.

Mais des intrus ont pu quand même passer au travers de ces mailles dissuasives?

Hélas, c’est bien le cas. D’autant que des règles ont été aussi imposées. Ceux qui ne paient pas leurs impôts à Madagascar et passent outre l’obligation du rapatriement de devises doivent en être exclus. Mais l’État se montre souvent indulgent pour accepter les demandes des nouveaux venus qui se disent prêts à travailler. En, fait ce sont des amateurs n’ayant aucune connaissance de la filière. Car nous, au sein du GEGM, nous avons nos propres statistiques et nous pouvons déceler ces importuns. Même pour l’année dernière sur les 95 sociétés admises, 40 industrielles et 55 artisanales, 40 ont exporté, soit entre une et 100 tonnes.

Comment se conçoit cette catégorisation?

C’est par rapport au volume exporté. En dessous des 10 tonnes, elles sont classées artisanales. En dessus, elles ont la qualification d’industrielles. En fait, pour avoir ce statut, elles devraient exporter 100 à 150 tonnes.

Qu’en est-il de la qualité?

Par le travail en profondeur que nous avons effectué avec le Centre technique horticole de Toamasina, CTHT, un système de contrôle qualité sur toute la chaîne de valeurs a été imposé. Mais plus tard, l’État a ouvert aussi son propre laboratoire. Un partage des tâches a été instauré. Ce qui a perturbé l’organisation déjà bien établie. Nous voulons simplement avoir des statistiques sur ceux qui passent au conditionnement, en dehors du circuit que nous avons tracé avec le CTHT. En tout cas, le girofle malgache a pu tenir son rang en termes de qualité sur le marché international. Je peux affirmer avec fierté que tous ont pu atteindre la qualité-standard CG3. Il existe aussi la qualité supérieure et le HPC, un marché à part.

Et l’éternelle bataille sur les prix?

C’est le marché qui dicte le prix. Tout dépend de deux paramètres essentiels pour simplifier. L’Inde est notre principal client. Son prix d’achat dépend de la production indonésienne. Pour cette fois, l’Indonésie ne va produire que dans les 50 000 tonnes , au lieu de 80 000 à 100 000 tonnes en moyenne. Face à cette chute de la quantité, les spéculations commencent à s’organiser ici à Madagascar. Les frustrés de la vanille se rabattent sur le girofle pour se refaire une santé financière. La maturité du girofle devrait être acquise au plus tôt le 15 octobre, mais ces « rapaces » font déjà des offres mirobolantes pour acheter. Pour cette campagne, le kilo oscillerait entre 15 000 et 16 000 ar. Car l’exportateur va encore supporter les coûts du séchage, du triage et du conditionnement. Personne ne sait à quel prix de référence l’Inde achèterait nos exportations. Il arrive que des personnes arrivent à acheter au prix fort localement et arrivent à vendre en dessous du marché international. Elles ont déjà disparu de la circulation. Qu’on arrête ces manœuvres spéculatives insensées.

Vos avez des solutions face à cette zizanie manifeste

Je souhaite que tous agissent en tant que professionnels pour trouver le juste équilibre. L’exportateur peut toujours vendre le girofle. L’intervention de l’État serait aussi la bienvenue, avec l’appui du secteur privé que nous sommes. En fait, le respect des gages de la grille que j’ai évoquée auparavant, peut nettoyer la filière. Des Chinois et de Sri-lankais viennent sans respecter ces obligations. Sous prétexte qu’ils sont des investisseurs. Puis ils s’évaporent dans la nature.

Vous insistez sur quoi?

Comme le nombre des bâtiments, l’aire de séchage, les normes d’hygiène bien définies. Ces exigences, une fois respectées, suffiraient à faire un nettoyage de cette liste des controverses. Que tout monde soit logé à la même enseigne. Je rappelle pour conclure que le girofle, après la vanille, avec 12 000 à 15 000 tonnes exportées, constitue le second produit de rente qui rapporte le plus de devises à l’exportation. Notre meilleure performance remonte en 2017-2018 où Madagascar a pu déverser sur le marché international 25 000 tonnes de girofle.

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