Chronique

Chronique de VANF : 25 ans sur le métier

Si dysfonctionnement il y eut, ce n’est pas du côté de L’Express de Madagascar qu’il faut le chercher.
Peut-être auprès de la Police aux Frontières où le Président de la République s’est rendu pour une visite de remontrances. Car, à moins de bloquer tous les comptes Facebook ou désactiver Twitter, les témoignages de tracasseries importunes abondent qui dédouanent L’Express de Madagascar de l’accusation de désinformation.
Un jour, c’était le 19 mai 1958, le général de Gaulle avait joliment rétorqué à ceux qui se méfiaient de son retour bonapartiste au pouvoir : «Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ?».

L’Express de Madagascar avait été créé le 22 février 1995 par Charles Andriantsitohaina et Herizo Razafimahaleo. L’ADN du journal avait été posé ce jour-là : faire sérieux. Depuis novembre 1995 que je suis à L’Express de Madagascar, et que nous sommes encore trois piliers survivants de cette époque, pourquoi voulez-vous qu’à bientôt 25 ans sur le métier, nous commençions une carrière de désinformateurs ?

Cette affaire a eu le mérite de révéler notre profond attachement à la liberté de la femme malgache. À sa liberté d’aller et de venir.

À son autonomie vis-à-vis de toute entrave patriarcale et de toute laisse maritale. Au respect de son choix d’être mariée, divorcée ou célibataire.

Oui, Mesdames, c’est maintenant que l’affaire est du domaine public que vous pouvez être vraiment rassurées qu’aucune interprétation abusive n’attente subrepticement à vos droits fondamentaux. Et surtout à votre dignité de ne pas passer pour des putes, parce que Malgaches, parce que célibataires, parce que non accompagnées. Mais, il faut aussi saisir le moment pour le faire historique et oeuvrer à actualiser nombre de textes désuets qui peuvent cependant servir de base légale à l’archaïsme : sur la famille, sur le divorce amiable, sur l’avortement.

La femme malgache que je connais et fréquente, a fait des études souvent supérieures, très supérieures ; elle peut se passer de l’appoint d’un mari ou de la tutelle d’un père, choisit librement sa carrière professionnelle, et subvient à ses besoins ; elle jouit d’une absolue liberté religieuse, vestimentaire, alimentaire. J’ai été éduqué par ce genre de femme : ma mère. Et je tiens absolument à perpétuer cette liberté et cette autonomie, à ma fille.

Malheureusement, d’autres femmes malgaches subissent encore sévices physiques et torture morale, le plus souvent, sur fond d’extrême-misère. Ce sont celles qui se ruent vers l’aéroport international le plus proche, comme les Vietnamiennes s’entassaient sur les boat-people, que des femmes de toute l’Afrique prennent le risque de mourir dans la traversée de la Méditerranée, que des Comoriennes gagnent clandestinement Mayotte à bord de frêles kwassa-kwassa.

À une semaine des soixante ans de la République malgache, il faut se souvenir que, dès les années 1980s, les services consulaires français discriminaient les femmes malgaches voyageant seules vers La Réunion où sévissaient des brigades entières de putes d’origine malgache. Il semble que la filière, et le filon, aient migré de Roland-Garros vers Plaisance puisque le visa mauricien se délivre à l’aéroport. Au tournant de l’an 2000, leurs nouvelles destinations les conduisent à un travail subalterne aux Bahamas ou vers une servitude domestique dans les pays arabes.

La République malgache a soixante ans. Mais, elle peine à faire respecter les droits de ses ressortissantes devant une juridiction internationale voire dans les pays mêmes, nommément cités, où l’esclavage moderne est officiellement dénoncé par les autorités malgaches : Liban, Koweït, Arabie Saoudite et le Moyen-Orient
en général.

À l’occasion du cinquantième anniversaire du 26 juin, j’écrivais : «Putes, esclaves modernes ou bonnes à vraiment tout faire : le désir de s’en sortir doit-il donc passer par l’obligation de quitter Madagascar ? Le gâchis non-dit, méconnu, nié, du cinquantenaire du 26 juin 1960». Neuf ans plus tard, à l’occasion du soixantenaire du 14 octobre 1959, jour de la proclamation de la République malgache, le gâchis, les non-dits, le déni, restent d’actualité.

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