Opinions Texto de Ravel

L’art de la guerre

Les engins de l’entreprise Jiuxing Mines ont été déplacés progressivement depuis lundi. Il était difficile de croire que le combat était fini. Pire encore, beaucoup ont eu peur que ce retrait était fait dans le but de protéger le matériel avant des répressions plus musclées. Le calme avant la tempête ou une ruse pour faire retomber la vigilance des villageois  ?

Jeudi dernier, malgré ces faits, les paysans étaient encore là, les femmes ont pris le relais par stratégie ou par défaut. Et l’on apprend « officiellement » que la société renonce à ses projets. Selon les dires du ministre des mines « l’affaire a été politisée alors que les procédures légales avaient toutes été respectées ». Ce geste est « dans l’intérêt de tous pour assurer la stabilité de la zone ». Les interprétations vont bon train, chacun a ses analyses et ses pronostics concernant le réel départ de l’entreprise, la vraie volonté d’apaiser la situation.
Le sommet de la Comesa approche. Francophonie sonne à la porte. Les médias internationaux sont à l’affût. Pour le reste, il est permis de douter qu’en haut lieu on n’a que faire d’une poignée de misérables paysans, sans armes ni potion magique et qui font face à des militaires bien équipés. Car des terres gorgées d’or, il y en a des milliers de kilomètres à Madagascar, des no man’s land où personne ne viendra filmer les petits villageois qui ne résisteront même pas.
« Les procédures légales avaient toutes été respectées », un bis repetita qui nous fait penser à un autre projet minier très controversé sur la côte Est de l’île. Le dirigeant est content quand on lui offre l’opportunité d’inaugurer des générateurs électriques sans prendre le temps d’écouter les cris d’alarme de la population locale, des organisations internationales et locales. Tout a un prix, dit-on. Le prix d’une communication, le temps d’un mandat présidentiel, est la sécurité de toute une zone et de toute une population.
Faire tache d’huile, c’est ce que l’on espère de Soamahamanina. Car ce n’est pas les sujets d’indignation qui manquent dans ce pays. C’est le culot, le courage, la volonté de nous tous. En attendant que d’autres esprits se réveillent, il ne faut pas oublier les enseignements de Sun Tzu dans « L’art de la guerre ». Il dit : « si l’armée ennemie a une mesure de grain dans son camp, ayez-en vingt dans le vôtre ; si votre ennemi a cent vingt livres de fourrage pour ses chevaux, ayez-en deux mille quatre cents pour les vôtres. Ne laissez échapper aucune occasion de l’incommoder, (…) diminuez ses forces le plus que vous pourrez, en lui faisant faire des diversions, en lui tuant de temps en temps quelque parti, en lui enlevant de ses convois, de ses équipages, et d’autres choses qui pourront vous être de quelque utilité ».
Des paysans sont encore détenus derrière les barreaux et la tactique de l’oubli marche toujours car après le « show », quand l’adrénaline retombe, que les rideaux sont fermés, les spectateurs repartent à la recherche de faits divers pour y déverser leurs ras-le-bol quotidiens sans pour autant agir pour de vrai. Les engins sont déplacés, mais le permis est toujours là, de braves gens détenus en prison et du jour au lendemain tout peut recommencer. Allons jusqu’au bout des choses, le mode d’emploi de « L’art de la guerre » a été retrouvé à Soamahamanina.

Mbolatiana Raveloarimisa

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