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Editorial

Immobilité urbaine

Colossale. Quatre milliards d’ariary de pertes par jour pour l’économie globale. À cause des embouteillages. C’était l’estimation de la vice-primature chargée des Transports et des travaux publics dans les années 2000. Une évaluation tout à fait plausible quand, pour parcourir un kilomètre dans la Capitale, il fallait une ou deux heures de son précieux temps. La situation a évolué depuis. Avec de nouveaux axes routiers qualifiés de voies rapides. By-Pass, Boulevard de l’Europe, Tsarasaotra, et la Rocade d’Iarivo. S’y rattachent des brettelles adjacentes, secondaires, des déviations « structurantes » pour s’extirper des labyrinthes du centre-ville. Mais parallèlement, le nombre des voitures neuves ou d’occasion en circulation a décuplé. Ce qui a « freiné » cet élan accélérateur.

Du côté de la Commune urbaine d’Antananarivo, CUA, de nouveaux parcours ont été improvisés au détour des ronds-points. L’efficacité de telles innovations demeure relative. «Les responsables communaux ont déplacé les bouchons sans les résoudre», se désolent les automobilistes otages de ces désagréments au quotidien. De jour comme de nuit, les goulots d’étranglement s’articulent d’un bout à l’autre de la ville. D’Analamahitsy à Anosizato, d’Ankorondrano à Ampasampito, d’Ankadimbahoaka à Itaosy, d’Ambanidia à Ankatso, aucune échappatoire ne s’offre aux automobilistes désespérés mais résignés.

De son côté, par dépit qui se fait acquit de conscience, la CUA, dans un communiqué, en appelle à la conscience (ou à l’inconscience) des usagers des rues étroites de la Capitale, éventrées en maints endroits par des travaux d’intérêt public de la Jirama. Ainsi, les chauffeurs des taxis-be sont priés de respecter les abris des arrêts intermédiaires, de ne pas abandonner les passagers en cours de route, de travailler jusqu’à vingt heures. Les charretiers ont l’obligation d’observer leurs horaires (ou horreurs) de travail. De dix à midi dans la matinée et de quatorze à seize heures l’après-midi. Les parents d’élèves sont invités à déposer leurs enfants devant l’école et de ne pas transformer les rues alentours en parkings gratuits.

Cette initiative de la CUA a le mérite d’exister. Sachant l’indiscipline notoire des conducteurs et receveurs de taxis-be. Depuis toujours, ils foulent aux pneus les obligations, pourtant énumérées par le Cahier des charges. Les charretiers, quant à eux, ont caillassé la caserne de la Police municipale à Anosipatrana pour exprimer leur refus catégorique de toute idée d’organisation, accusant la CUA de dictature à l’encontre des «madinika» prolétaires. Ailleurs, quand il devient impossible de garer la voiture à proximité de l’école des enfants, de nombreux parents montent la garde dans des rues passantes adjacentes. Avec le spectre du kidnapping, qui a longtemps plané, la prudence n’a jamais été aussi mère de sûreté.

Le bout du calvaire ne se profile pas encore à l’horizon. Antananarivo, aux infrastructures publiques obsolètes, étouffée par l’exode rural, en proie à l’insécurité ambiante, chargée d’une atmosphère polluée, attend une nouvelle ère. De l’air, de l’air.

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