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Questions à Dr Eric Andrianasolo – « Nous demandons des solutions aux parlementaires »

Le président de l’Ordre des médecins, le Dr Eric Andrianasolo, explique l’intérêt d’une loi sur l’interruption thérapeutique de grossesse. Après le rejet du texte, l’Ordre des médecins réclament des solutions aux parlementaires.

– Pouvez-vous expliquer la différence entre une Interruption thérapeutique de grossesse (ITG) et une Interruption volontaire de grossesse (IVG) ?

La première est thérapeutique et la seconde est volontaire. L’interruption thérapeutique s’effectue pour des raisons médicales. Et l’interruption volontaire émane de la volonté propre de la mère.

– Dans quel cas, l’IVG doit s’effectuer ?

Dans les cas de grossesses extra-utérines et de grossesses môlaires, entre autres. Mais il y a une longue liste de grossesses dangereuses. Ces grossesses doivent être éliminées, pour sauver la vie de la mère. Alors que notre loi interdit tout type d’avortement. L’article 317 du code pénal condamne les femmes qui mettent fin à leur grossesse ainsi que toutes les personnes qui les ont aidées.

– L’élimination d’une grossesse extra-utérine et d’une grossesse môlaire ne sont-elles pas déjà pratiquées à Madagascar, pourquoi insister sur une loi qui autorise l’ITG ?

Cette loi date de 1960. Depuis, beaucoup de choses ont évolué. Actuellement, deux à trois médecins, par semaine, se trouvent au banc des accusés. C’est dire que la poursuite des médecins est courante, de nos jours. Ceci dit, nous devons nous protéger. Car aucune loi ne nous protège, si nous pratiquons une ITG et qu’il y a un pépin. Je prends l’exemple d’une mère qui meurt à la suite d’ une grossesse extra-utérine. La famille va porter plainte, en s’appuyant sur l’article 317. Quelle loi va nous protéger, dans ce cas ?

– La grossesse issue d’un inceste ou d’un viol n’est pas obligatoirement dangereuse pour la vie de la mère, pourquoi est-il inscrit dans la liste des ITG ?

Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé veut aussi dire bien-être social et psychique. Prenons le cas d’une adolescente de 12 ans qui tombe enceinte après un viol perpétré par des bandits. Qu’en sera-t-il de son avenir ? Sur le plan médical, accoucher à l’âge de 12 ans s’avère compliqué. Elle va probablement subir une césarienne, pour mettre l’enfant au monde. Sur le plan psychologique, va-t-elle supporter tout cela ?

– Des médecins ont-ils été déjà poursuivis pour une interruption de grossesse à Madagascar ?

Non, pas pour le moment. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’une poursuite, en pratiquant une interruption thérapeutique de grossesse.

– Qu’est-ce qui va se passer, alors, après le rejet du texte sur l’ITG ?

A nous de réfléchir. Que ferons-nous si le problème se présente ? Nous n’allons pas prendre de risque. Lorsque la loi nous l’interdit, nous allons le respecter. Nous ne pouvons pas piétiner, le code pénal. Maintenant, nous demandons aux parlementaires de nous donner des solutions, en cas de grossesse dangereuse.

– Cela veut-il dire qu’en cas de grossesse extra-utérine, par exemple, vous allez rester les bras croisés ?

Voilà justement la question. Si nous laissons la mère, va-t-on nous poursuivre ? Si nous la sauvons, serons-nous condamnés ?

– Avez-vous d’autres propositions de solution ?

La révision de la loi est l’unique solution. Nous réclamons l’interruption thérapeutique de grossesse et non l’avortement volontaire. Nous partons d’une base scientifique et médicale.

– Le souci est qu’une loi sur l’ITG pourrait promouvoir l’avortement volontaire.

Si vous avez lu le projet de loi sur l’ITG, vous auriez vu qu’il n’a rien avoir avec l’IVG. Il est indiqué dans ce projet de loi les détails des grossesses dangereuses dont l’arrêt est autorisé. Un décret d’application donne plus de précisions sur les personnes autorisées à faire cet acte médical, et l’endroit dans lequel il peut être réalisé.

2 commentaires

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  • Considérer qu’une grossesse issue d’un acte incestueux ou d’un viol « n’est pas obligatoirement dangereuse pour la vie de la mère » illustre l’extrême misogynie de l’auteur de cette aberration, a t-il seulement pensé à la santé mentale de la victime !?
    On voit ici le degré d’archaïsme dont souffre le pays.