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Violences sexuelles – Les viols d’enfants anéantissent leurs mères

Bien que Toliara connaisse une légère accalmie de violences sexuelles envers les enfants, des dénonciations sont quand même enregistrées. Des mères témoignent leur souffrance.

« Nous vivons le calvaire depuis le viol de notre enfant ». C’est en substance le fond des messages de trois mères de famille qui racontent leur calvaire quotidien après que leurs enfants aient subi des abus sexuels. Ce n’est pas seulement l’enfant qui vit les conséquences du viol, chacune des mères témoigne ne plus avoir goût à la vie. Elles vivent entre angoisse, chagrin et désespoir, et craignent que leur enfant soit maudit à jamais. Le Centre Vonjy de Toliara a enregistré soixante-trois cas de viols, dénoncés, depuis le mois de mars 2020. La plateforme de la société civile pour la Protection de l’enfant de Toliara incite chaque jour les communautés à dénoncer des cas de viols d’enfants et de ne pas accepter les « arrangements » proposés par les auteurs. « Les violeurs ne s’éloignent pas du cercle proche des enfants abusés et de leurs familles. Ce sont des oncles, des amis des parents, ou des voisins. Il est aussi remarqué que le viol d’enfant touche de plus en plus les couches vulnérables et les démunis » explique un intervenant social auprès du Centre Vonjy. Le centre en tant que « guichet unique » de traitement et de suivi des cas de viol, inclut les soins physiques et psychologiques des victimes, les poursuites des auteurs et les suivis des dossiers au niveau du tribunal.

Malmenée

Le tribunal collabore avec la plateforme de la société civile pour la Protection de l’enfant. Sur les trois cent dossiers de cas de maltraitance d’enfants suivis par l’entité, neuf cas de viol sont actuellement traités auprès du tribunal. La plateforme a appuyé des familles de victimes de viol ou de dé tournement ou exploitation sexuelle de mineures, dans le signalement des auteurs, et qui a résulté par le coup de filet d’arrestation de dix-neuf présumés auteurs de pédophilie au mois de novembre 2020 à Mangily.

Un présumé coupable, de nationalité française, parmi les cinq mis sous mandat de dépôt jusqu’ici dans l’affaire, clame et haut fort son innocence car selon ses proches, « Le dossier de poursuite à son encontre n’a pas de fond ». Il a maintes fois demandé une liberté provisoire, mais encore rejetée le 27 mars dernier. « Une entrevue a eu lieu avec le représentant des français de l’étranger de Madagascar. Il dit être en recherche de solutions pour libérer leur compatriote. L’affaire est entre les mains de la justice et la plateforme n’a pas de pouvoir à libérer qui que ce soit. Notre travail consiste à signaler des cas de violences sexuelles auprès des autorités compétentes » répond Haingo Randrianasolo, présidente de la Plateforme. L’avocate de la plateforme précise qu’aucun dossier n’est dit « sans fond » car tout dossier est mené au tribunal, parce qu’il est fondé. Les amis du français, soutiennent le contraire.

Des mères de famille témoignent

Trois mères de familles racontent le cauchemar presque quotidien de leur vie après que leur enfant ait subi des abus sexuels. Ce n’est pas seulement l’enfant qui vit les conséquences du viol, chacune des mères témoigne avoir perdu goût à la vie. Elles vivent entre angoisse, chagrin et désespoir, et craignent que leur enfant ne soit maudit à jamais. Témoignages de trois mères de famille, habitant Toliara, qui disent ne pas trouver de sens à la fête des mères.

Harivelo Rasoanandrasana – « Ma fille a perdu tous ses repères »

Princesse Sarah, 7 ans, est la fille unique du couple Rasoanandrasana. Le père de famille est fréquemment absent pour des déplacements professionnels dans la brousse. La mère de Sarah Princesse, coiffeuse, n’a pas les moyens de se payer les abonnements des chaînes par satellite. « Un de nos voisins est arrivé il y a trois mois, et s’est familiarisé avec tous, dans le quartier. Ma fille l’appelle « tonton » car celui-ci se montre très courtois et aimable et lui offre des petits biscuits ou des bonbons. Puisqu’il a l’abonnement satellite, il m’a demandé si ma fille voulait venir chez eux regarder des dessins animés par câble. Il m’a été difficile de refuser la proposition et presque chaque après-midi, ma fille regarde la télé chez notre voisin, qui a une femme et des enfants », raconte-t-elle. Les offres de goûter, que la fillette ramène à la maison commencent et se font fréquentes. Mais un soir, quand elle était rentrée, son comportement a changé. « Quel que chose semblait lui faire peur et c’est comme si elle voulait se terrer. Ma fille a fermé toutes les portes et fenêtres et s’est cachée sous le lit », poursuit Harivelo R. Apres que la mère ait posé des questions à sa fille sur les raisons de ce comportement, la fillette finit par lâcher :

« Tonton m’a fait mal entre les cuisses ».

Tentative d’arrangement

« Un jour, il n’y eut personne d’autre que le voisin chez eux. Il a alors demandé à ma fille de s’asseoir près de lui sur le canapé, et ensuite sur lui. Il a alors abusé de ma fille tout en l’empêchant de crier », sanglote la maman. Cette dernière est allée recouper les propos de sa fille en affrontant son voisin, qui, après tergiversations, avoue qu’ « il a été possédé par Satan et a demandé pardon pour ce qu’il a fait à la petite Princesse Sarah ».

Il a proposé 50 000 ariary à la maman pour étouffer l’affaire. L’agresseur, la cinquantaine, a été traduit en justice, et écope de huit ans d’emprisonnement et cinq millions d’ariary d’amendes, encore impayées jusqu’ici. Les faits remontent à un an, jour pour jour. « Le criminel a profité de l’innocence de ma fille. Depuis le viol, elle endure des problèmes de ballonnement du ventre, et le vagin ne s’est pas tout à fait cicatrisé. Nous en pleurons toutes les deux quand cela lui fait mal. Par ailleurs, elle a perdu toute sa vivacité et sa motivation à l’école, n’ose plus sortir, bref, elle a perdu tous ses repères » se plaint la mère de famille.

Julia Florine – « Ce viol signifie une condamnation à vie de ma fille »

« Je l’ai emmenée chez un médecin qui a confirmé le viol. L’affaire a été traitée au niveau du pacte communautaire Dinabe car Jorissa a pu dénoncer son violeur. Et il a été convenu à l’issue de palabres que le violeur allait nous payer 500 000 ariary et prendre en charge les frais médicaux », raconte Julia Florine. Mais rien n’a été payé et l’adolescente ne pouvait pas se tenir debout, un mois après le viol. Le 25 mars 2020, des proches ont recommandé à la mère de Jorissa, de soigner sa fille au Centre Vonjy de Toliara. Le violeur a été appréhendé et est actuellement en prison en attendant son procès. « Ma fille a déjà un handicap mental. À moins d’un appui particulier dans un centre d’éducation particulier, elle ne réussira jamais sa scolarité. À 16 ans, elle était encore en classe de 7e. Depuis notre arrivé à Toliara, elle ne va plus à l’école car elle n’a pas la tête à cela et son corps lui fait toujours mal. Elle ne sera jamais comme les autres enfants », crie silencieusement Julia Florine. Cette dernière demande de l’aide, car elle a dû laisser son travail à Sakaraha. « J’espère une aide financière ou une forme d’aide dans des centres d’accueil d’enfants violées avec leur mère. Les mères sont aussi victimes quand leurs enfants ont été abusés », finit la mère de famille.

Tsiazofanahy Razainampiana – « Mon petit garçon devient efféminé »

Le 6 novembre 2020, Alex, 9 ans, en pleurs, avoue à sa mère qu’il ne veut plus habiter chez la famille de son père. Ses parents étant divorcés, Alex vit avec son père et la famille de celui-ci. « Il me raconte alors qu’il ne dort pas, presque toutes les nuits car mon beau-frère, le frère du père d’Alex, lui demande des choses obscènes », raconte la maman d’Alex. « Le pire, c’est que toute ma belle-famille, est au courant car des fois la scène se passe dans le salon et Alex et son violeur sont tout juste recouverts de draps pendant ces sévices sexuels que mon enfant a subis », continue Tsiazofanahy R. Quand elle est allée demander des comptes à la belle famille, la belle-mère n’en pas cru un mot. L’enfant révèle que son père a été témoin de ces actes perpétrés par son propre frère. « Ma famille m’a conseillé d’approcher le Centre Vonjy de Toliara. Alex y a reçu des soins. Depuis, il a un comportement efféminé et a perdu son dynamisme d’avant. Il marche bizarrement. Il est à la traîne dans sa scolarité et il se plaint d’un mal de dos inexplicable », pleure la maman.

Fille aînée

« J’ai décidé de poursuivre mon beau –frère en justice. Malheureusement, celui-ci a obtenu une liberté provisoire et j’attends impatiemment la suite que le tribunal va donner à cette affaire », poursuit-elle. Travaillant dans un hôtel, Tsiazofanahy Razainampiana est actuellement en situation financière difficile vu que l’épidémie n’épargne pas le tourisme à Toliara. « Alex est à ma charge. Alors que je n’ai presque pas de travail. Mon autre problème est que ma fille aînée de 15 ans habite aussi avec la famille de mon ex-mari à Mahajanga. Je n’ai pas les moyens de la faire venir ici alors que je ne veux pas qu’ elle coure le moindre risque », finit-elle.

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