Politique

I-toroka – Une nasse contre la grande corruption

I-Toroka est un projet mis en place avec le GIZ.

Un système de doléances des faits de corruption en ligne, a été présenté, hier. Garantissant l’anonymat de ses utilisateurs, il vise surtout, à booster les dénonciations de la grande corruption.

I-Toroka. Tel est le nom du système de doléances en ligne mis en place par le Bureau indépendant anti-corruption (Bianco), en partenariat avec la GIZ, entité financée par le gouvernement allemand. Une démarche de dénonciation 2.0 accessible sur le site www.doleances.bianco-mg.org, qui vise à renforcer la pêche aux gros poissons.

Occultée durant la cérémonie de lancement officiel du dispositif, hier, au Carlton à Anosy, l’ambition de renforcer la traque aux grandes corruptions est affirmée dans le communiqué de presse partagé par le Bianco. « L’objectif est de viser beaucoup plus les grandes corruptions et les gros poissons », y est souligné.
« Nous espérons que ce système encouragera les personnes qui affirment connaître des faits de grande corruption et détenir des dossiers à les dénoncer de manière formelle », indique un responsable du Bureau d’Ambohibao, en marge de l’événement d’hier. Pour amener les intéressés à s’adonner à la dénonciation et, surtout, les rassurer, la garantie de l’anonymat a été mis en avant durant la présentation d’I-Toroka.

Dénonciation abusive
Le système élaboré à partir du logiciel Global Leaks est présentée comme offrant une plateforme de « dénonciations anonymes sécurisées », devant préserver les dénonciateurs d’éventuelles représailles. Un exposé du dispositif affirme que « la dénonciation via la plateforme numérique garantit la confidentialité de l’identité du dénonciateur au point que même les investigateurs du Bianco ne pourront pas l’identifier sans son consentement ».

I-Toroka permettrait, toutefois, une interaction entre le dénonciateur et les enquêteurs. « Ils peuvent échanger sur la plateforme afin d’avoir de plus amples informations au sujet de l’affaire dénoncée, ou des éléments pouvant aider à l’enquête », explique le responsable du Bianco. Les utilisateurs de la plateforme se verront attribuer un code afin qu’ils puissent y revenir lors d’éventuels échanges nécessaires avec les enquêteurs, ajoute-t-il.

Face à la presse, Jean Louis Andriamifidy, directeur général du Bureau d’Ambohibao, a mis l’accent sur la fiabilité de système I-Toroka, surtout, concernant la préservation de l’ano­nymat des dénonciateurs. Le numéro un du Bianco met, notamment, en avant le fait que d’autres pays utilisent des dispositifs similaires à I-Toroka, élaboré à partir du logiciel Global Leaks et que « les résultats sont concluants ».

Une conférence-débat a marqué la cérémonie de présentation d’I-Toroka, hier. Parmi les panélistes, Brice Lejambe, secrétaire exécutif du Comité de sauvegarde de l’intégrité (CSI), a fait remarquer que « la culture de la dénonciation ne vient pas spontanément ». Selon ses dires, il faudrait que les doléances soient suivies d’acte concret et résultat, car « des dénonciations sans résultats seront décourageantes ».

Selon Jean Louis Andria­mifidy, « effectivement, sans un mécanisme de redevabilité, si la personne n’est pas informée à temps ou pas du tout, sur la suite de sa doléance, cela peut le décourager ». Toutefois, l’interaction entre les dénonciateurs et les enquêteurs, proposée par I-Toroka, devrait permettre aux citoyens de savoir si leur initiative a eu l’effet escompté ou non. Ce dispositif 2.0 a amené le Bianco à prévoir un système de filtrage afin d’éviter les dénonciations abusives.
L’anonymat lors de la doléance devrait, de prime abord, préserver les dénonciateurs des représailles. Une faille pourrait cependant s’ouvrir lorsque l’affaire se trouvera au niveau de la justice. La réticence des témoins rendrait difficile le traitement judiciaire des affaires de corruption. Il a été indiqué, hier, que le Pôle anti-corruption (PAC), accepte les « témoignages anonymes ».

Mais le chef du siège de second degré du PAC d’Anta­nanrivo, a indiqué que « souvent l’avocat de la défense nous demande qui accuse leur client, ou qui a témoigné contre lui. Dans ce cas, il nous est difficile de ne pas lui répondre ». Outre la protection des dénonciateurs auprès du Bianco, le système de protection des témoins, lors des procédures judiciaires, s’avè­re aussi nécessaire.