La vente de produits importés, une activité fructueuse


C’est sur l’esplanade et au Zoma d’Analakely que les Tananariviens sont approvisionnés, dès fin XIXe-début XXe siècle, en denrées alimentaires de base, riz, fruits et légumes, produits d’élevage dont ceux des bœufs. Les besoins de la capitale en produits laitiers provoquent, en outre, la constitution d’un troupeau dans un rayon de 50 km autour de la capitale. En 1951, on compte environ dix mille vaches métisses sans bosse ou rana qui livrent plus de 5 000 litres de lait en saison des pluies. Une cinquantaine d’ateliers, près de Manjakandriana, produisent beurre et fromage, mais en quantités insuffisantes vu les besoins de la ville « qui se voit obligée de faire venir de l’étranger la moitié du beurre consommé ». Par ailleurs, d’après Charles Robequain (Tananarive, une capitale montagnarde en pays tropical, 1949) et Henri Fournier ( Le Zoma d’aujourd’hui ), bien avant l’occupation française, Antananarivo doit importer du bois pour la construction et la cuisson, mais ses besoins augmentent considérablement. Le bois représente en tonnage, la principale des marchandises déchargées dans les gares de Soanierana et de Soarano (plus de 360 000 tonnes par an). Le bois d’œuvre provient des forêts de l’Est, surtout de Moramanga, mais aussi d’Europe. Le bois de chauffe et le charbon de bois sont surtout fournis par les plantations d’eucalyptus qui se sont multipliées sur les Hautes-Terres et arrivent aussi en grande quantité par la ligne ferroviaire Tananarive-Antsirabe. Ainsi, la capitale se pourvoit abondamment en marchandises de toutes sortes. On évalue à près de 200 000 tonnes le total qu’elle reçoit par voie ferrée. [caption id="attachment_145295" align="alignleft" width="527"] La reconstruction du marché d’Analakely en 1935.[/caption] Sur ce chiffre, 40% environ représentent des importations par voie ferrée de Toamasina, et un tonnage presque équivalent correspond à des produits de la province elle-même. En revanche, « il existe une forte disproportion entre le tonnage des marchandises au départ d’Antananarivo et celui des arrivées qui est presque cinq fois plus ». Il faut préciser que « les ruraux préfèrent se rendre eux-mêmes à la ville pour faire directement leurs provisions. Et c’est finalement 600 000 à 800 000 personnes qui sont tributaires de Tananarive pour leur approvisionnement ». La distribution des produits importés d’Outre-mer est certainement l’une des plus fructueuses activités de la capitale et, dans une moindre mesure, de Mahajanga. Elle contrôle ainsi « le quart environ des importations de la Grande ile ». Plus de la valeur totale des marchandises importées est représentée par des tissus, en coton surtout. Viennent ensuite les ouvrages en métaux : pièces de charpente pour les constructions, machines et mécaniques, outillage et « toute cette quincaillerie et bimbeloterie qui prend une place de plus en plus grande dans le mobilier des Malgaches ». Quant aux exportations, elles sont assez réduites et ne représentent qu’un faible pourcentage de la valeur globale des importations. Elles se limitent à quelques produits de fabrication locale : vannerie, sparterie, tissus de raphia (rabanes), chapeaux, dentelles et pierres précieuses. Les opérations d’import-export sont pratiquées par des sociétés dont plusieurs ont leur siège social en France. Il s’agit notamment de la Compagnie lyonnaise de Madagascar, la Société industrielle et commerciale de l’Emyrne (Sice), la Compagnie coloniale, la Compagnie générale, les Établissements Gratry. À ces « sociétés anonymes aux actions cotées en Bourse », il convient d’ajouter un assez grand nombre de sociétés de personnes ou de sociétés à responsabilité limitée qui ont leur siège à Antananarivo. Leurs activités sont assez importantes pour atteindre et même dépasser des chiffres d’affaires de l’ordre d’un milliard de francs CFA.
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