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Notes du passé

L’aide étrangère soutenue par une austérité stricte

Une vue partielle du premier conseil des ministres présidé par le général Ramanantsoa.

EN 1973, la politique tous azimuts du gouvernement Ramanan­tsoa et mise en œuvre par le ministre des Affaires étrangères, Didier Ratsiraka, s’oriente de plus en plus vers une ouverture accentuée en direction des pays de l’Est (européen) et vers l’affirmation de l’appartenance de Madagascar au camp des Non alignés.

De nombreux politiciens, observateurs et autres chroniqueurs s’inquiètent pourtant de cette position, notamment l’hebdomadaire catholique Lumière. Pour eux, ce rapprochement avec le camp oriental présente un trop grand danger, d’autant qu’ils mettent en doute la rentabilité économique de certains liens en particulier. Ce qui les conduit « inéluctablement à remettre en cause en grande partie cette politique et son promoteur » (Alain Escaro, La politique extérieure du gouvernement Ramanantsoa vue par Lumière, lire précédentes Notes). Pour certains, cette politique extérieure présente même quelques incohérences.

C’est surtout l’aspect économique de la nouvelle politique étrangère qui les interpelle. Ainsi, Lumière qui analyse en détail le commerce extérieur de la Grande île, en arrive à conclure que « le déficit de la balance commerciale tend à s’atténuer, mais qu’il faut en attribuer le mérite à la diminution des importations plutôt qu’à une augmentation des exportations ». Il constate aussi que les relations commerciales soviéto-malgaches restent faibles, mais les deux parties cherchent les possibilités de les intensifier. En Afrique, la Tanzanie, la Zambie…, visent la concrétisation, d’accords avec Madagascar.

Les relations avec les organismes internationaux sont autrement plus intéressantes. Comme l’écrit Rasedinarivo, « l’intérêt que portent à Madagascar les organismes internationaux, est l’un des fruits de la politique tous azimuts, car les efforts du gouvernement pour obtenir une aide extérieure sont visibles et effectifs ». Mais, estime-t-il, « même avec le secours de l’étranger, une politique intérieure d’austérité stricte est indispensable ».

Toutefois, pour que l’aide de la Banque internationale de la reconstruction et du développement (BIRD, groupe de la Banque Mondiale) soit vraiment efficace, il faut qu’elle se place dans un plan global intégré et «  non qu’elle soit le résultat d’une étude ou d’un projet conçu à l’extérieur ». En outre, « vouloir inviter des investisseurs étrangers nouveaux et rendre la vie impossible à ceux qui sont déjà sur place, c’est agir en pleine contradiction et aboutir à la catastrophe ».

Parallèlement, l’Italie, la Roumanie, la Russie reçoivent indifféremment des boursiers malgaches. L’URSS envoie une délégation du Comité des femmes soviétiques, l’Égypte étudie les possibilités de coopération dans le domaine des transports aériens, des mouvements d’ambassadeurs occidentaux se voient, deux diplomates de l’ambassade de Chine à Dar-es-Salam débarquent à Antananarivo… Et le ministre des Affaires étrangères poursuit son « safari diplomatique » qui dure deux mois. En Europe, il lie des relations avec la République démocratique d’Allemagne (Est) et la Pologne, deux nouveaux ambassadeurs sont nommés à Londres et à Bonn, tandis que le Fonds européen de développe ment envisage d’implanter la culture du thé à Madagascar. Puis, Didier Ratsiraka se rend au Congo, en Guinée, alors que l’Algérie et la Libye envoient des délégations à Madagascar.

En décembre 1973, durant son discours de fin d’année, le général Gabriel Ramanantsoa rappelle « la demande de révision des accords de coopération au gouvernement français ». Il mentionne surtout quelques perspectives d’avenir, résultats de la politique tous azimuts. Telles la possibilité d’exporter massivement de la viande au Japon, mais qui, en fait, s’avère dérisoire  ; la réhabilitation de la route Port-Bergé-Antsohihy financée conjointement par Madagas­car, la France et la République fédérale d’Allemagne (Ouest) se poursuit. Le FED aide à la réalisation d’autres projets, comme l’aménagement du delta du Mangoky, la culture du riz dans la plaine de Marovoay…

Cette même année 1973, l’observateur Sylvain Urfer, dans une série d’articles intitulées L’Afrique en quête d’elle-même, évoque les émancipations plus ou moins récentes ou probables dans le futur des pays africains et s’interroge «si elles ne sont pas prématurées ». Sur le plan politique, il pense que l’instabilité est « le fruit d’une inadéquation des structures et des pratiques politiques aux contraintes et aux besoins de ces pays ». Il retient comme « significatifs de régimes authentiquement africains, les exemples tanzanien et zambien qui tendent à mettre en œuvre une forme de socialisme inspiré des traditions africaines. Madagascar serait sur cette voie. »

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