Chronique Opinions

Monsieur le Président, je vous fais cette lettre

Monsieur le Président, avec des amis comme ceux-là, vous n’avez pas besoin d’ennemis. Des amis encombrants à souhait. Des amis qui ne savent pas se tenir. Des amis qui n’ont aucun sens de la mesure. Et c’est quoi ce ministre de la Justice que désavouent aussitôt ses pairs du Syndicat de la Magistrature ! Et c’est quoi ce Sénateur du parti au pouvoir qui prétendait entrer par effraction au siège du BIANCO avant qu’on lui signifie que son immunité parlementaire, dont manifestement les premiers intéressés ne savent ni la portée ni les limites, s’arrête en-deçà des limites du Bureau indépendant anti-corruption !
Monsieur le Président, ce n’est certainement pas avec une telle armée d’éclopés moraux que vous allez espérer restaurer cette confiance dont la carence caricature chacune de vos actions auprès de l’opinion publique.
Monsieur le Président, donnez l’ordre solennel que toutes les instances anti-corruption, ne parle-t-on pas de «chaîne» et n’envisage-t-on pas un «pôle», puissent travailler dans la stricte indépendance de leur mission et dans la sérénité de leur difficile sacerdoce. Ce ne serait, après tout, que la mise en conformité de vos actes à vos paroles du discours du Nouvel An quand vous parliez de «mpamosavy malemy», ces vers dans le fruit, ces traîtres structurels à l’intérêt général et au mieux-être de la population, ces courtisans qui ne militent que pour les prébendes (situation lucrative obtenue par faveur, dit le Larousse) et jamais pour les responsabilités envers le pays, dont c’est la condition avant d’en être la contrepartie.
Monsieur le Président, que la procédure aille à son terme, que l’instruction suive son cours, et vous ne feriez qu’appliquer ce que nos constitutions successives ont hérité de la Constitution française de 1958 (je suis absolument rétif à cette vraie-fausse constitution malgache de 2010, adoptée dans les conditions que l’on sait), en son article 64 et ses alinéas 1 et 2 : «Le Président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire. Il est assisté par le Conseil supérieur de la magistrature».
Monsieur le Président, vous pourriez profiter de ce sursaut, symbolique mais significatif du BIANCO, pour donner une impulsion décisive à des procédures en stand-by sur plusieurs autres affaires : trafic industriel du bois de rose, trafic quasi-quotidien d’or et de pierres précieuses, trafic tout aussi régulier de faune endémique, trafic sur les milliers d’hectolitres de carburant destinés à la Jirama, assassinats toujours non-élucidés de plusieurs officiers et soldats dans des actions contre le trafic de bovidés, extorsions «d’écolages» et trafics de diplômes dans les écoles administratives, appropriation privative du domaine public jusque et, y compris, les «tany miaramila tsy azo aleha». Et la liste, malheureusement, n’est pas exhaustive.
Car, Monsieur le Président, les affaires remontent loin dans le temps. Jusqu’où peut-il y avoir prescription quand il s’agit de pillage systématique et d’appauvrissement méthodique de tout un pays   Pour des affaires qui avaient pu faire la Une des journaux (cargaison saisie à l’île Maurice à destination de la Chine, containeurs de bois de rose en partance pour l’Inde, filière transitant par Zanzibar), combien d’autres scandales fonciers, immobiliers, miniers, dont la résultante aura été la relégation de Madagascar, du rang de «pays d’avenir» à celui de PMA, pays les moins avancés, en l’espace de dix, vingt, trente, quarante, cinquante ans
Monsieur le Président, je vous fais cette lettre, que vous lirez peut-être, parce que vous devez en avoir le temps. Tant qu’il est encore temps.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja

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