Editorial

Mars ou crève

Une grève de trop. Non, il ne faut pas en rajouter. La situation de la Jirama est assez critique pour qu’on la complique davantage avec cette grève de l’intersyndicale qui revendique la réintégration d’employés licenciés et le départ du directeur général. On ne voit pas comment cela peut améliorer la situation financière de la Jirama placée sous perfusion depuis plusieurs années.
Le directeur général a été recruté en 2017 sur appel à manifestation d’intérêt. Il a laissé son poste doré dans une grande société internationale pour venir au chevet de la Jirama. Il a hérité d’une société pourrie ainsi que des contrats signés avec les fournisseurs bien avant.
Le problème est tout simple. Il s’agit d’un problème économique et financier. L’Etat n’a plus les moyens de combler le gouffre à la Jirama et continuer à engraisser les fournisseurs. On peut changer de directeur général toutes les minutes, cela ne changera rien à la situation. D’ailleurs il est peu sûr qu’on puisse en trouver un d’aussi fou que celui qui est en poste pour vouloir tirer les marrons du feu.
Quand on réalise que parmi les meneurs de l’intersyndicale figure un membre du conseil d’administration de la Jirama, on en conclut que la grève est tout sauf des revendications d’employés. Il y a forcément un fort relent politique. Être membre du conseil d’administration signifie être du côté de la direction de la société et sans doute pas mener une lutte syndicale. Cela mérite tout simplement une éviction du conseil d’administration et une radiation. Mais on n’est pas à un non sens près.
S’il devait y avoir une grève, elle devrait être l’œuvre des abonnés de la Jirama privés de la moindre considération et du minimum de respect depuis longtemps. Ailleurs un gel des factures de la part des abonnés aurait été initié. Des violences contre les infrastructures de la Jirama avaient été observées en certains endroits où la population était excédée par la permanence du délestage mais on a vite compris que c’était cracher dans la soupe que de s’attaquer au groupe ou à la centrale thermique.
L’Etat est en train de revoir les contrats signés avec les fournisseurs où la Jirama paie la puissance qu’elle n’a même pas consommée. La situation devrait donc s’améliorer même si on doit mettre du temps pour tout remettre en ordre. Pendant plusieurs années, en particulier depuis 2009 étant donné qu’en 2008 le compte de la Jirama était encore nettement créditeur, la société a servi de vache à lait à plusieurs combinards qui ont monté les contrats dont les aberrations sautaient aux yeux. Outre le fait de payer la puissance affichée, la Jirama achetait également le gazole plus cher que le prix à la pompe et payait des travaux fictifs au profit de prestataires fictifs.
Des responsables de la Jirama avaient été convoqués au Bianco et à la chaîne pénale mais depuis l’affaire semble avoir été classée étant donné qu’elle impliquait certaines personnalités dont le statut leur garantit une impunité.
Assainir la situation de la Jirama, revoir les contrats avec les fournisseurs c’est bien, punir les responsables indélicats c’est mieux. Mars ou crève.

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