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Editorial

Sans toit ni roi

L’épouvante. C’est l’image reflétée par les villes de Sud Est après le passage du cyclone Batsirai. Elles sont complètement anéanties. Mais il fallait s’y attendre. Des constructions faites de bois et de feuilles pour la majorité ne pouvaient pas résister à des rafales de vent de 235 km/h. La population a été livrée à elle-même s’en remettant au coup du sort, impuissante et démunie. Même le site retenu pour mettre les habitants en sécurité n’a pas résisté à cette furie irrépressible. Après le passage du météore, ils ont tout perdu. Il ne leur restait que la vie. Certains remercient le ciel d’avoir survécu, d’autres en veulent à Dieu de leur avoir infligé une telle punition qui vient aggraver leur extrême pauvreté. Ils ont du mal à comprendre qu’on puisse encore en rajouter au coronavirus, au délestage, à la malnutrition, à l’insécurité.

À quelque chose malheur est bon, Batsirai a mis à nu de façon implacable et flagrante les réalités d’un développement déséquilibré. En 60 ans, les villes du Sud-Est n’ont jamais senti l’effluve du progrès. On dirait des villes du Moyen âge. À Nosy Varika, la nouvelle EPP Manarapenitra figure parmi les rares constructions restées intactes. À se demander si le cyclone a été trop puissant ou ce sont les constructions qui étaient trop molles. Exceptée la construction des ponts de la RN 12 lors de la seconde République, les villes du Sud-Est ont été royalement abandonnées. Pas très touristiques bien que productrices de café, de banane, de litchis, d’or, de bois précieux, elles n’ont jamais figuré dans les programmes de développement. Les politiciens y viennent simplement pour quérir la bénédiction des Ampanjaka pendant les périodes électorales. Aujourd’hui, Manakara, Mananjary, Nosy Varika, Vohipeno… n’ont ni toit ni roi.

Les priorités ont été toujours ailleurs dans d’autres projets. On sait pourtant que les villes du littoral est sont naturellement exposées aux cyclones. Les dégâts sont aujourd’hui les mêmes qu’il y a soixante ans puisqu’on construit avec les mêmes matières et les mêmes méthodes. Peut-être pire avec la pauvreté inénarrable de la population. En 60 ans on n’a guère daigné renverser la tendance, formater la culture dans une région accrochée à ses traditions et construire des logements qui peuvent offrir un minimum de sécurité à la population. Jusqu’à quand le BNGRC jouera-t-il le rôle d’éboueur et de médecins après la mort. Anticiper c’est réduire au maximum les risques. Les sinistrés doivent être une exception, quelques habitants absolument nécessiteux et non pas la majorité de la population.

Les bailleurs de fonds devraient financer un projet de logements sociaux dans tout le pays au lieu de jouer le bon samaritain en perpétuant l’assistanat à travers des vivres qui ne durent que le temps d’un repas. Si l’argent des bailleurs de fonds était investi à bon escient depuis quarante ans, on n’en serait pas à ce « thriller » aujourd’hui.

La reconstruction va recommencer puisqu’il faut continuer à vivre mais il faut en profiter pour bâtir des édifices qui vont durer. Comme le bon Dieu ne cherche qu’à faire du bien, cette punition est certainement une obligation à faire mieux pour ne plus avoir à vivre l’enfer sous les eaux. On espère que le message transmis en langage des anges sera bien compris aussi bien par la population que par les dirigeants. Amen.

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