Economie Magazine Régions

Colonel Rodney Rehosy Fanampera : « Base Toliara a ignoré l’importance des consultations »

Gendarme reconnu dans la région Sud-Ouest pour avoir apporté la paix et la sécurité dans les années 90-début 2000, le colonel Fanampera se dresse aujourd’hui contre le projet minier de Ranobe.

On vous a vu aux côtés de l’artiste Théo Rakotovao, se disant défenseur de la forêt Mikea et refusant le projet minier, êtes-vous motivé par les mêmes raisons ?
Je protège aujourd’hui l’intérêt de tous ceux qui vivent dans cette région, touchés directement par ce projet d’exploitation minière. Primo, qu’en est-il des pêcheurs d’Andabohy, contraints d’aller ailleurs car leur zone de pêche est menacée par la mise en place d’une jetée ? Aller plus loin signifie pour eux des risques pour leurs
revenus, les produits de leur pêche coûteront plus cher. Alors que nous tous, de diverses ethnies, consommons ces produits. Cette menace ne concerne pas les seuls Vezo, ethnie pêcheur. Secundo, les communautés de base des zones rurales n’ont pas toutes fréquenté l’école et tout le monde profite d’eux, autorités comme porteurs du projet.
Qu’en est-il de leurs droits, c’est de la terre de leurs ancêtres dont il est question. Personne ne les protège.

Mais leurs avis ont été respectés, aux explications de la société Base Toliara, les cinq communes concernées directement par le projet, adhèrent déjà à l’exploitation.
C’est ce que le projet vous dit. Mais les réalités du terrain sont autres. Le projet n’a pas consulté les bases communautaires, mais des maires et quelques représentants d’autorités coutumières. Les « Vahoaka », les populations n’ont pas été appelées, il n’y eut pas de discussions en bonne et due forme, mais des impositions et de la dictature. Je pense que c’est un signe de non respect des us et coutumes et des droits de ces communautés de la part de esase Toliara. Si leurs avis ont été considérés, nous n’en serions pas là.

Les discussions devront se porter sur quoi exactement ?
Comme je vous l’ai dit, ces populations sont pour la plupart des illettrées. Des explications simples et pratiques sur l’intention du projet, sur le devenir de leurs terres, de leur environnement, de leurs activités font grandement défaut. Le projet ne parle que du côté positif du projet, mais qu’en est-il de la question de radioactivité à impacts dangereux ? Tout n’est pas dit, ou tout est volontairement occulté. Faites-nous savoir les détails du cahier des charges au moins. Normalement, si une seule personne n’est pas d’accord sur la mise en place du projet, rien ne devrait démarrer. Tant que rien n’est clair, rien de doit se faire.