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Chronique

Les Archives de L’Express de Madagascar

Le Musée de L’Express de Madagascar est une initiative privée. Si les deux mots de «privé» et de «politique» n’appartiennent pas au même registre d’association d’idées, il serait évidemment naïf de croire à une totale herméticité entre les deux mondes. Les invités «étatiques» de l’inauguration du Musée ont-ils saisi l’ironie de la situation : L’Express de Madagascar fut plus souvent dans la critique qu’ au service des pouvoirs successifs depuis février 1995. Dans ses colonnes, on a plus fréquemment pointé du doigt l’aveuglément au pouvoir que participé au culte du «Leader» vénéré. Et, quand bien même, le journal s’y serait momentanément fourvoyé, l’histoire le rappela bientôt à l’ordre.

Ce n’est pas l’illusion des Unes, sans doute collector pour les vanités ainsi flattées, qui serait indicateur de quoi que ce soit, mais bien l’histoire un peu plus longue que l’actualité immédiate, à la lecture patiente des archives. Ci, dans cette collection reliée, gît l’histoire des presque trente dernières années. Les accommodements avec la Constitution, les trahisons de l’intérêt général, les détournements privatifs des biens publics. Avec le recul, au-delà des lignes éditoriales jamais dénuées de subjectivité, il suffit d’associer les faits aux annonces et l’on y voit mieux. Qui a déjà trahi, qui s’apprête à le faire. Qui s’est déjà vendu, et qui vendra père et mère au plus offrant. Et même ceux qui ont bradé la devise «Tanindrazana» pour une poignée de dollars.

Les banques, Telma, Solima, Jirama, Air Madagas­car, Secren, Sirama, etc. : une brève et un entrefilet peuvent devenir très bavards quand ils sont associés à un banal appel à manifestation d’intérêt. Il faut se méfier d’une collection de vieux journaux. Si les bandes sonores de la Radio nationale ont été «autodafées», le 26 janvier 2009, les numéros de L’Express de Madagascar ont l’éternité de la chose imprimée à des milliers d’exemplaires.

Finalement, dans un quotidien, la course à «l’actualité» fait la part belle à l’éphémère. Aux côtés des gros titres, aussi sensationnels que fugaces, d’autant plus insigni­fiants qu’ils sont excessifs, d’ailleurs déjà périmés avant l’édition du soir, il faut savoir «lire» ces détails qui racontent une époque. La date de cette inauguration, la liste des invités, le catalogue des photos-souvenirs, sont déjà bien moins importants que les Archives du Musée et leur usage. Il faut que les pages jaunies et poussiéreuses aient atteint l’âge de l’archéologie, pour solliciter notre mémoire. Comme une sorte de pudeur à ne pas violenter le présent. Ménager un temps, recul pour soi et coup adoubé pour autrui.

Censure, mais quelle censure. Liberté, et quelle liberté ! On pourra toujours spéculer sur la compatibilité du journalisme d’investigations avec notre sens social. Ou quand le «Fihavanana» confine à la faute professionnelle, voire l’erreur historique.

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