Editorial

Lire et délire

Des dictionnaires haut de gamme frappés du sceau de la République, des cahiers de qualité floqués des paroles de l’hymne national, le tout produit ou presque par une entreprise locale, une tablette dans un kit scolaire . Soit du dix en un si c’était du shampoing. Il fallait y penser. On gagne sur tous les tableaux. L’objectif est de redonner aux jeunes le goût de la lecture et d’étoffer leur culture.

Si le yaourt avait fait la notoriété d’un ancien président, cette fois, on nourrit plutôt le cerveau que le ventre. Il y a de quoi, vu la situation dans laquelle se trouvent l’enseignement et l’éducation. L’heure est grave et il fallait empoigner le problème à bras le corps. Le taux de réussite à la session spéciale du baccalauréat de l’enseignement général estimé à 18 % atteste davantage de l’urgence du problème. La majorité des candidats au baccalauréat n’ont pas compris l’énoncé d’un sujet et sont incapables de construire une phrase. On passe sur le manque cruel de culture générale qui est une autre paire de manche. Une situation qui va s’aggraver d’une année à l’autre étant donné qu’entre la session ordinaire et la session spéciale, le taux de réussite s’est effrité de 22%.

Ce n’est certes pas un dictionnaire qui va pouvoir renverser la tendance et tenir un miracle du jour au lendemain mais il fallait faire un premier pas et éradiquer le mal à sa racine. Tous les signaux et messages envoyés aux élèves et jeunes actuellement indiquent qu’il n’est pas nécessaire de faire de longues études pour devenir milliardaire.
C’est ainsi que s’expliquent l’ampleur du banditisme, les nombreux détournements de deniers publics, la multiplication des kidnappings, les fréquents braquages. L’illusion de l’argent facile relègue au second plan toute volonté d’entamer des études approfondies.

A l’époque où il suffit d’aller sur Google pour trouver le sens d’un mot, il n’y a pas beaucoup qui préfèrent feuilleter les pages d’un dico, mais c’est justement le challenge relevé par cette initiative présidentielle. Cela peut paraître prétentieux de vouloir redonner le goût de la lecture à travers un dictionnaire aussi bien fait fut-il, mais l’ancienne école a procédé ainsi avec les résultats que l’on sait.

L’effort nécessite du temps. Il ne faut pas s’attendre à des résultats immédiats. Au contraire, il faut s’attendre à retrouver ces dictionnaires de la République sur les étals des bouquinistes à Ambohijatovo. Vu leur qualité technique et rédactionnelle, des bénéficiaires pourraient être tentés d’en faire une bonne affaire. Ce qui serait dommage et pourrait faire obstacle à l’objectif recherché par cette belle initiative du président de la République. Eh oui, si d’aucuns rêvent de lire, d’autres préfèrent toujours le délire.

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