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Rindra Hasimbelo Rabarinirinason – « 391 millions en devises non-déclarés au MID »

À quelques jours de l’ouverture de la session budgétaire du Parlement, Rina Hasimbelo Rabarinirinarison, ministre de l’Économie et des finances fait le point sur les sujets relevant de la compétence de son département.

Quelles sont vos priorités du moment ?

La priorité des priorités consiste à créer un environnement propice aux actions de relance de l’économie nationale, fortement impactée par la crise sanitaire. En libérant assez d’espaces budgétaires pour lancer des investissements porteurs de croissance et en privilégiant toute mesure en faveur de la croissance économique. Pour cela, il est incontournable d’améliorer les recettes de l’État, de restructurer les dettes, d’assainir en profondeur les finances publiques, tout en enrayant les malversations, à l’origine de la méfiance de l a population envers l’Administration financière.

Le principal outil pour l’assainissement des finances publiques sera la digitalisation car je reste convaincue que ce procédé offert par les nouvelles technologies de l’information et de la communication mène vers la transparence, diminue les marges d’erreur, élimine les malversations et facilite le suivi des mesures qui seront prises pour la relance économique.

La redevabilité envers la population, à travers la transparence de l’exécution budgétaire, fera également partie de mes priorités car une population qui se méfie de son administration financière est une population qui réfute facilement l’appel au civisme fiscal et à la participation citoyenne au développement.

Dans quel état se trouvent les relations de Madagascar avec les principaux bailleurs de fonds que sont le Fonds monétaire international, FMI, la Banque mondiale, l’Union européenne et la Banque africaine de développement.

Pour résumer, je dirais que Madagascar n’a pas de problème particulier avec ses partenaires en ce moment. Au contraire, les relations sont au beau fixe. Nous sommes sous programme officiel avec le FMI de 2021 à 2023. Nous sommes également sous programme officiel avec l’Union Européenne de 2021 à 2027. Nous avons beaucoup de programme en cours avec la Banque mondiale et la Banque Africaine de Développement. Je ne veux pas m’étaler dans les détails qui peuvent remplir des pages entières d’un journal.

Après l’obtention des 312 millions de dollars de la Facilité élargie de crédit, FEC, du FMI, quelle sera la prochaine étape.

Notons d’abord que les décaissements de cette FEC obtenue du FMI sont réparties sur trois ans, jusqu’en 2023. Chaque déblocage est conditionné par une liste de repères et de critères de performance, des réformes à adopter par le gouvernement. La prochaine étape est donc de réaliser ces réformes, d’atteindre ces critères de performance pour pouvoir demander le deuxième décaissement. Le premier décaissement déjà reçu en avril 2021 est actuellement en cours d’évaluation par l’équipe du FMI.

Il est important de faire le distinguo entre la FEC, des Facilité de crédit rapide, FCR et des Droits de tirages spéciaux, DTS, qui sont tous des financements reçus du FMI.

Où en êtes-vous dans la préparation du projet de loi de finances initiale pour 2022 ?

Nous avons sillonné les 23 régions pour recueillir les idées des autorités locales. Nous avons présenté les projets recueillis auprès des 22 gouverneurs. Nous avons fini le dialogue public privé avec le secteur privé. Nous avons réuni les membres de la société civile à Mananjary. Nous avons reçu les programmations de la part des Ministères et Institutions. Nous sommes donc presque prêts. Il nous reste l’arbitrage au niveau du gouvernement et du Conseil des ministres avant de présenter le projet de loi de finances auprès des deux Chambres du Parlement. Le Sénat et l’Assemblée nationale.

D’ores et déjà, est-ce que les grandes lignes ont été tracées ?

Les grandes lignes sont celles de la Politique générale de l’État. La loi de finances 2022 sera le reflet de cette Politique et va décliner les programmes du gouvernement en projets prioritaires, conformément aux aspirations des autorités locales.

Le taux de pression fiscale,ramené au Produit intérieur brut, PIB, reste bien en deçà de la moyenne africaine. Avez-vous des propositions pour l’améliorer davantage ?

L’amélioration du taux de pression fiscale devient inéluctable. La digitalisation des services fiscaux me semble être l’outil le plus approprié que nous allons utiliser pour ce faire pour remédier à cette carence.

Mais la méfiance de la population vis-à-vis de la gestion des finances publiques constitue aussi un problème qui mérite une attention particulière car un contribuable qui a payé ses impôts mais qui ne voit pas le lien entre ce qu’il a consenti et les services qui lui sont rendus, se décourage vite pour contribuer au développement du pays. Il est primordial de rétablir cette confiance des citoyens pour un meilleur civisme fiscal.

Parlons des dettes. Sont-elles encore soutenables par l’économie nationale ?

Le niveau d’endettement de Madagascar demeure encore modéré. Les dettes ne deviennent problématiques que lorsqu’elles sont destinées à des dépenses qui s’évaporent dans des actions sans résultats palpables. Il en est ainsi des dépenses de fonctionnement. D’où d’ailleurs l’appel fait par le président de la république, Andry Rajoelina, de ne plus contracter des dettes de fonctionnement. Mais lorsqu’elles sont structurées vers des investissements porteurs de croissance, les dettes sont des outils efficaces pour développer un pays. D’ailleurs, nous notons que les pays développés ont un niveau de dette très élevé. A titre d’exemple,les USA sont à 107% de dettes par rapport à leur PIB, le Japon est à 236% et Madagascar n’est qu’à 40% de dette par rapport à son PIB.

Comment faire pour endiguer la perte de valeur de l’ariary au Marché interbancaire de devises, MID ?

Diverses raisons sont à l’origine de la perte de la valeur de l’Ariary. Il faudra donc s’attaquer à ces causes pour endiguer cette perte.

La première cause est le non rapatriement des devises nées des exportations. Il convient de noter que la loi portant code de change oblige les exportateurs à rapatrier les devises issues de leurs exportations. À ce jour, les rapatriements de devises exigibles s’élèvent à 2 206milliards d’ariary, soit environ 566 millions de dollars. Ce qui pèse automatiquement sur la valeur de l’ariary.

La non cession des devises nées de ces exportations sur le MID est une autre cause de cette perte de valeur de l’Ariary. Rappelons que l’arrêté n°13371 du 28 juin 2016 exige la cession des 70% de recettes d’exportation sur le marché des changes dans un délai de 30 jours sous peine de sanctions. Ce qui n’est pas fait par les détenteurs des devises. Je précise qu’aujourd’hui 391millions de devises sont retenues dans des comptes bancaires et non cédés sur le MID. Une telle retenue a un impact considérable sur la valeur de l’ariary.

Des sanctions et des saisines judiciaires sont en cours de préparations pour ces infractions au codede change.

Un projet de décret est par ailleurs en cours pour préciser ces modalités de vente de devises sur le MID. Le code de change quant à lui fait également l’objet d’une réforme par un projet de loi qui sera soumis prochainement en Conseil des ministres.

La constitution de la réserve de l’or a-t-elle une quelconque influence sur ces parités avec l’euro et le dollar ?

La constitution de la réserve d’or aura une influence sur la parité de l’Ariary avec le dollar et l’euro quand notre stock sera affiné pour être transformé en Or Monétaire d’une part et quand nous commercialiserons cet Or Monétaire pour acheter des devises étrangères et approvisionner le MID avec les devises achetées d’autre part.

Ce qui pourrait avoir une influence directe et immédiate en ce moment est la reprise de l’exportation de l’or par des opérateurs légaux et officiels. Ces opérateurs, évalués conjointement par le ministère des Mines et des ressources stratégiques, par le MEF et par la Banque centrale de Madagascar, BFM vont collecter de manière légale, vont exporter de manière légale et formelle, vont s’engager à rapatrier les revenus d’exportation et surtout vont céder ces revenus d’exportation sur le MID.

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  • Des généralités que tout ministre des finances aurait tenu logiquement comme discours à son poste . L’assainissement des finances publiques , le service de la dette et la pression fiscale s’inscrivent dans toute politique étatique afin d’asseoir une croissance économique soutenue pour vaincre la pauvreté . Les relations avec les institutions financières internationales et les bailleurs de fonds traditionnels ne s’altéreront pas avec les régimes successifs tant qu’on reste dans le concert des nations respectant les engagements pour la bonne gouvernance . Miser sur la réserve de l’or au niveau de la banque centrale reste pour l’instant une chimère avec cette politique minière bancale . Le ratio d’endettement de notre pays aux environs de 35% par rapport au PIB reste certes raisonnable mais attention si on parle de l’union Européenne avec leur banque centrale les taux d’intérêts sont zéro pour cent permettant à des pays comme la France d’opter pour le creusement de leur déficit budgétaire avec le  » quoi qu’il en coûte  » face à la récession post -crise sanitaire.
    Il ne faudrait pas se perdre en conjectures car l’enjeu dans l’immédiat c’est la relance économique avec un plan de soutien financier vers les secteurs vitaux de l’économie . Le fonds souverain et le plan Marshall du PEM avec les infrastructures non structurantes non créatrices de richesses et d’emplois , sont un pavé dans la mare d’un vrai réalisme économique . Il n’y aura pas d’investissements à attendre surtout avec cette fermeture dilatoire et incompréhensible des frontières . L’île Maurice vient d’injecter 250 millions de dollars pour relancer son tourisme .
    La gestion de la crise sanitaire n’est pas du reste dans cette approche avec une campagne de vaccination vraiment massive mais que voulez-vous quand le président de la république se déplace à Ivato pour la réception des vaches laitières mais n’a pas jugé nécessaire pour les vaccins , cherchez l’erreur !