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Fermeture des frontières – Guides touristiques : changer de métier ou mourir

Jean Rhodin Rafidimanandray, guide touristique local de Ranomafana, avec la femme pionnière de la promotion du parc national de Ranomafana.

Des professionnels du Tourisme spécialisés dans la promotion de la beauté du pays sont obligés de se tourner vers d’autres activités pour survivre. D’autres attendent la bienveillance des mains bienfaitrices. Le redémarrage du Tourisme n’est pas encore pour demain.

« C’est mieux que rien » livre d’emblée Jean Rhodin Rafidimanandray. « Je me suis tourné vers autre chose, qui n’a rien à voir avec mon métier de guide touristique local parce que les activités touristiques ont pratiquement cessé depuis le mois de novembre» explique-t-il. Actuellement à l’aube de ses cinquante ans, le guide local a toujours travaillé au parc de Ranomafana, un parc renommé dans le Sud-Est, à cheval entre les régions Haute-Matsiatra et Vatovavy Vinany. Vu que le parc vit principalement des recettes des entrées des visiteurs, enregistrées à 37700 (trente- sept mille sept-cent) en 2019, il est aujourd’hui à l’arrêt. Les villages qui l’entourent vivent également cet arrêt. Les villages aux abords des deux principaux sites du parc Ranomafana, à savoir Talatakely et Vohiparara pouvaient faire abattre trois zébus par jour pour en faire vendre la viande aux hôtels et restaurants aux alentours, quand les touristes affluaient. Aujourd’hui, un zébu n’arrive même pas à s’écouler en une semaine. La situation s’annonce grave.

Quémander

« Nous sommes au nombre de cinquante-neuf, à Ranomafana, guides locaux et spécialisés. Chacun de nous est obligé d’exercer d’autres activités pour ne pas mourir de faim ». Ainsi, Jean Rhodin R. devient aujourd’hui commerçant de légumes. Il va les chercher à Fianarantsoa pour les revendre aux habitants de Ranomafana même. « Ce n’est plus très intéressant parce que d’autres m’ont déjà emboîté le pas mais je continue à en commercialiser, faute de trouver mieux» explique encore le guide touristique. Ses amis sont soit partis à Fianarantsoa, ou ont commencé à cultiver sur des parcelles encore disponibles, soit se sont convertis en chauffeurs, car ont transformé leur véhicule personnel en « taxi- village ». Notre guide local source a révélé par ailleurs, que suite à leur sollicitation envoyée à leurs contacts, exposant leur difficulté du moment, des clients bienveillants ont bien voulu leur envoyer quelques « tips» depuis l’étranger, malgré le confinement imposé en Europe notamment. « Cette aide financière nous a beaucoup aidés » confie le guide qui précise au passage qu’il n’a pas été possible pour lui et ses amis de recourir aux offres bancaires proposées par le gouvernement. « On nous a exigés d’avoir déjà possédé un compte bancaire auparavant et nous devions être affiliés à la Cnaps. Les conditions sont ainsi inaccessibles pour nous » souligne-t-il.

Les cinquante-neuf guides locaux de Ranomafana se sont éparpillés en attendant l’ouverture des frontières.

Revirement

Guide régional dans le Melaky, Honoré Andriatahina Solondrainy n’a pas d’autres choix. Cet élément incontournable pour guider les touristes dans les Tsingy de Bemaraha à Bekopaka, est quelque peu livré à lui-même. Ayant essayé de rejoindre Mahajanga pour trouver mieux en se balançant entre coiffeur, cordonnier, informaticien ou photographe, il est finalement revenu à Bekopaka pour rouvrir un petit multi-service dont les principaux cibles sont normalement les touristes. Aujourd’hui, ce sont les villageois même qui en sont les clients. «Cela me permet au moins de pouvoir manger du riz. Certains de mes amis guides ont eu l’habitude de transporter des zébus jusqu’à Belo sur Tsiribihina, en basse saison, mais cette activité est également bloquée actuellement» explique le guide de Bekopaka. Il est contraint d’attendre la nouvelle année pour pouvoir retrouver son vrai métier. Beaucoup de ses pairs sont retournés travailler les champs même si les productions ne sont pas attendues pour demain.

TahinaBekopaka comme tout le monde l’appelle, croit à un retour à la normale l’année prochaine.

Formation et recyclage

Bodomanana Rasolohery, quant à elle, est guide national anglophone. Il n’y a presque pas de répit pour elle pendant la haute saison touristique, courant de Mai-Juin à Novembre. Ses clients sont à 80% des groupes de touristes étrangers qui parlent la langue anglaise. « Depuis leur tout premier contact au sol malgache et jusqu’à leur départ à l’aéroport d’Ivato, je travaille » développe-t-elle. « Je leur explique tout ce qu’il y a d’intéressant sur notre pays et surtout, ce qui cadre avec le circuit qu’ils choisissent. Mais je donne une touche particulière à la « Wild life » des parcs nationaux qui font la renommée de Madagascar. Aimant la nature depuis son enfance, devenir guide touristique spécialisée en vie sauvage est tout simplement un rêve qui se réalise pour Bodo. « J’ai appris beaucoup de choses sur les spécificités faunistiques et floristiques du pays et je continue d’apprendre. Je cherche constamment des nouveautés sur les lémuriens dans des livres écrits en anglais par exemple. Si les espèces de lémuriens étaient à 33, ils sont aujourd’hui à 115 » détaille-t-elle. La mise à jour de la guide touristique passe également par de nombreuses formations et de renforcement de capacités tous les ans. « Ce sont soit des formations offertes par les groupements professionnels de notre métier, soit par d’autres entités dont les activités sont en complémentarité avec le tourisme comme le Secourisme par exemple. Nous payons également pour des formations que nous les jugeons indispensables pour notre métier » précise la guide touristique. La fédération nationale des Guides touristiques (FNG) travaille de près avec les universités, les historiens et des biologistes dans ces formations périodiques dispensées aux quelques deux mille cinq cent guides comptabilisés.

Requêtes

Bodomalala Rasolohery, en tant que guide touristique national, se constitue en entreprise individuelle vis-à-vis du Fisc. En tant que contribuable, elle évoque particulièrement la reconsidération des infrastructures routières qui sont en piteux état et qui entravent au Tourisme. « La plupart de nos touristes sont du troisième âge. Ils exigent ainsi des soins particuliers pendant leur séjour et leur déplacement. Les routes sont en si mauvais état alors que nous avons des timings à respecter. Le mauvais état des routes crée également de l’insécurité dont je ne vous détaille pas les impacts sur notre économie» fait-elle remarquer. Bien qu’elle soit dans le métier depuis plus de vingt ans, elle recommande le renforcement des formations pour les jeunes professionnels du Tourisme.

Bodomanana Rasolohery avec une touriste au Tsingy de Bemaraha.

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