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Cuba Salva (3)

Cuba Salva, «Cuba sauve». La petite île a décidé de faire de l’éducation et de la santé un pôle d’efficacité vis-à-vis de sa population, et un label d’excellence à l’adresse du reste du monde. Depuis 1960, des milliers de médecins et infirmiers cubains sont à pied d’oeuvre sur des théâtres de crise humanitaire et sanitaire (ebola, choléra, Covid-19). À la fin des années 1980s, Cuba avait investi le domaine de la recherche pharmaceutique et de la biotechnologie, produisant l’Interferon Alfa 2b (1986), le CIMAvax-EGF (2011) ou l’Heberprot-P (2016). Cette projection à l’international et ce prolongement des études vers la recherche appliquée reposent sur le socle du devoir accompli en matière de santé publique locale.

En 1959, quand l’avocat Fidel Castro et le médecin Che Guevara prennent le pouvoir sur l’île de Cuba, La Havane concentrait la majorité des lits d’hôpitaux et plus de la moitié du corps médical et soignant y était établi. Un seul établissement hospitalier rural existait, mais une décennie plus tard, le pays comptait 59 hôpitaux ruraux.

Vingt-cinq des 30 ans gagnés en espérance de vie, tout au long du XXème siècle, l’ont été grâce aux actions de santé publique plutôt que dans l’amélioration des soins cliniques. À Cuba, les professionnels de santé ont d’abord mission d’éduquer à la santé et à l’hygiène: lutte contre le paludisme par assainissement de l’environnement, lutte contre la diarrhée par un changement dans les habitudes sanitaires et l’hygiène domestique, lutte contre certaines pathologies par un changement de style de vie.

Le concept de médecine générale intégrale cherche à combiner l’approche de santé publique et la médecine clinique. Une première priorité fut accordée à quatre program­mes: santé maternelle et infantile, maladies infectieuses, pathologies chroniques non transmissibles (diabète, maladies cardio-vasculaires, cancer) et gériatrie. Au service d’une approche préventive de proximité, le duo «Médecin généraliste + Infirmier» est ancré dans la proximité, pour ne pas dire le voisinage, afin qu’aucun patient n’ait à parcourir une trop longue distance jusqu’au personnel et aux services des premiers soins. Cet accès universel permanent aux soins primaires a permis de décongestionner les urgences et les services d’hospitalisation.

Sur une philosophie de décentralisation de la formation médicale et de l’incitation à s’établir dans leur région d’origine, Cuba lança en 1974 le concept de polyclinique de proximité, chacune constituée d’une «brigade» de spécialistes en gynécologie, obstétrique, pédiatrie, et certaines bénéficiant d’odontologistes.

En 2010, chacune des 488 polycliniques disséminées à travers l’île servait de 20 000 à 60 000 habitants. Chaque polyclinique supervise 20 à 40 duos de médecin-infirmier, chaque duo est responsable de la santé de 600 à 800 personnes, c’est-à-dire de 120 à 150 familles. Et, au sein de chaque polyclinique, l’équipe de base comprend le médecin-chef, un infirmier-chef, un interniste (spécialiste de médecine interne), un pédiatre, un gynéco-obstétricien, un psychologue. Toutes les provinces comptent au moins un hôpital général, une maternité, un établissement pédiatrique. En tout 215 hôpitaux: 4 dans la province de Cienfuegos, la plus petite avec ses 406 000 habitants, et 45 à La Havane et sa population de 2,2 millions. Au niveau provincial, 14 instituts conduisent des recherches tout en se spécialisant dans un domaine particulier.

Le quart du budget national cubain est investi dans le système de santé qui revendique 76 836 médecins, 14 694 dentistes, 88 364 infirmières, pour 11,1 millions d’habitants. Et quand, en juillet 2019, le ministre cubain de la Santé annonce le chiffre de 9 médecins pour 1 000 habitants, aucune voix ne s’élève pour crier à la propagande. Car, les pays développés d’Occident font moins bien. Le 15 novembre 2019, l’OCDE publiait les statistiques pour l’ensemble des pays membres (26 pays d’Europe, 2 d’Asie, 2 d’Amérique du Sud, États-Unis, Canada, Israël, Turquie, Australie, Nouvelle-Zélande). L’espérance moyenne de vie est de 81 ans. Les dépenses de santé se situent à une moyenne de 8,8% du PIB. Les pays OCDE ont 3,5 médecins pour 1 000 habitants et 8,8 infirmiers pour 1000 habitants.

Malgré l’embargo américain depuis 1959, Cuba a su mettre en place un cycle médical vertueux: excellence du personnel médical, éducation de la population, diagnostic précoce, service ambulancier, hospitalisation, infrastructures de recherches biomédicales ou «Comment faire toujours plus avec encore moins».

Poursuivant sa «diplomatie de la blouse blanche», et fort de ses 34 facultés de médecine, dispensant 55 spécialisations médicales, Cuba a créé en mars 1999 une université médicale internationale, la Escuela Latinoamericana de Medicina (ELAM): des étudiants sud-américains, africains et asiatiques, voire américains, s’y forment à la philosophie cubaine de la médecine intégrale.

Avec seulement 3% du PIB consacrés à la santé chez une population dont l’espérance de vie plafonne à 65/68 ans (OMS, 2014), Madagascar a encore beaucoup à apprendre. Et le «Soa Fianatra», premier de la classe, n’est pas l’Europe ou les États-Unis ni le Canada. Mais, Cuba.

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