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Editorial

Proposition indécente

La proposition de loi sur l’interruption thérapeutique de grossesse continue de faire des vagues. Elle crée une véritable crise d’urticaire dans certains milieux. C’est pourtant une proposition de loi pour préserver des vies en sacrifiant d’autres dont on sait d’avance qu’elles pourront mettre en péril la vie de la mère. C’est aussi simple que cela. La députée Goulamaly est la principale initiatrice de cette proposition de loi déjà déboutée par les députés en 2017. La deuxième tentative s’est heurtée d’abord à la réticence de l’Exécutif qui voulait tout simplement étouffer la proposition gênante. Finalement, elle est passée à l’Assemblée nationale où elle a été tout simplement abusée. Elle n’a pas été admise à l’ordre du jour. Le bureau permanent s’est tout simplement arrogé de l’écarter sans la moindre discussion.

Il aurait été plus simple de suivre les procédures d’usage en l’occurrence passage en commission puis en séance plénière et vote. C’est juste la forme démocratique d’une assemblée digne de foi. La proposition de loi n’a aucune chance d’être adoptée étant donné que la majorité est contre son vote. C’est d’autant plus vrai que les rares députés assidus à Tsimbazaza sont acquis à la cause de la majorité.

Cela aurait donné plus de crédibilité à une Assemblée nationale dont le blason reste à redorer. On a du mal à comprendre l’attitude du bureau permanent qui semble vouloir abuser de son autorité. Pire, le FFKM s’en est mêlé en lançant un vibrant appel pour la mise à l’écart définitive de cette proposition de loi. Un avis qui frôle la provocation et le mépris, loin très loin de la parole de raiamandreny que le FFKM est censé représenter et dont c’est l’image au sein de l’opinion.

Les hommes d’église ont manqué une occasion de se taire pour un sujet délicat où son avis n’est pas a priori prépondérant. Il y a d’autres sujets plus importants et urgents qui concernent la majorité de la population sur lesquels le FFKM reste étrangement silencieux comme les enlèvements, les trafics d’or, la corruption, l’insécurité… Pour rester dans le terrain que le FFKM a choisi, on peut énumérer plein de sujets similaires où il est resté sans voix à l’image des viols commis récemment par des hommes d’église, la pédophilie dans un couvent à Antsirabe qui a défrayé les chroniques, la mise à mort des jumeaux chez les Antambahoaka…

Voilà donc l’Église qui dicte à l’État sa volonté. Bien évidemment, on ne saurait pas y déroger sous peine d’être privé des voix des croyants à l’épreuve des urnes dans un an. On assiste ainsi à une confusion de tous les pouvoirs dans cette affaire où l’Église et l’État font chambre commune dans une Constitution qui reconnaît la laïcité.

Parfois, il suffit de faire de la comédie, de faire un make up pour donner un semblant de légalité à un rejet pur et simple d’une proposition jugée indécente. Cela ne constitue pas un péché. Même pas véniel.

1 commentaire

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  • Il fallait un éclairage sur cette tendance de l’Église à s’immiscer là où elle n’a strictement rien à faire, merci pour cette clarification bienvenue.
    Et honte à ces hommes d’Église qui se croient au dessus de tout, leur arrogance et leur mépris sont totalement indignes de leur fonction.